Bulletin du Musée National de Varsovie — 25.1984

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Janina Michalkowa

PATIENCE

A PROPOS D’UN TABLEAU DE JACOB DE RACKET?

Récemment le Musée National de Varsovie s’est enrichi d’un tableau à premier abord énignaa"
tique (fig. I)1. Le thème obscur fut reconnu par Jan Białostocki comme une image de Patientim-
L’auteur du tableau, Jacob de Backer, fut identifié par Maria Kluk. Qu’ils me pardonnent de
tirer profit de leurs découvertes.

L’attribution à Jacob de Backer (1540/5 — avant 1600) ne fait pas de doute. Dans sa mono-
graphie de l’artiste, Justus Millier Hofstede affirme que Backer représentait à Anvers la manière
florentino-romaine de Zucchi, Michel-Ange et Bronzino2. Il existe peu d’ouvrages certains et
signés de cet artiste, mais sa „manière italienne” est assez caractéristique et facile à reconnaître.
Le propre de Backer étaient les nus féminins ainsi que les thèmes allégoriques et moraux,
plus rarement religieux en un sens traditionel. La comparaison de notre tableau avec des ouvrages
certains de Backer comme Le Jugement Dernier à’Anvers (réplique d’atelier au Musée National
de Varsovie)3, la composition connue par la gravure d’Antoine Wierix (fig. 8) ou les tableaux
Le fardeau des ans de l’Ermitage et ïAllégorie de la sagesse à Bamberg, donnent des preuves
qui me semblent suffisantes pour justifir l’attribution de notre tableau à Backer. Particulière-
ment convaincante est la comparaison avec ces deux derniers tableaux. Le fardeau des ans est
une allégorie spécifique de l’existence humaine, avec des figures caractéristiques proches des
nôtres: L’Espoir, la Patience et le Temps4 5. Le Temps cruel ajoute au vieillard fatigué un nouveau
poids — celui des ans. Quant à l’Allégorie de la sagesse de Bamberg, de dimensions proches de
notre tableau, il se peut, quelle appartient arec notre tableau à la même série des Vertusi.
Notre tableau correspond donc aussi bien à la tendance de Backer à utiliser un langage
allégorique et métaphorique qu’à son intérêt pour le nu lourd féminin.

Le sujet de notre tableau est Patientia6. Elle ne se rangeait pas, il est vrai, dans les sept vertus
majeures (quatre cardinales et trois chrétiennes). Mais le rôle de la Patience pendant le pèlerinage
terrestre de l’homme étais toujours accent :é. Son image allégorique est connue depuis l’existence
de la philosophie morale et des sciences de l’Eglise. Limitons nous pourtant aux représentations
de ce thème au XVIe siècle.

Voici en exemple la Patience de Sebald Beham de 1540, image émouvante et purement reli-
gieuse de cette vertu (fig. 2)7. C’est réellement la Patientia Christiana, représentée comme une

I. Huile sur bois; 107,5 x75,5; inv, n° DH 309. Le tableau est originaire de la collection de Stanislas Auguste Poniatowski;
T. Mańkowski, Galerja Stanisława Augusta, Lwów 1932, n° 361: ,,Ste Agnès”. Le tableau fut transféré au Musée parle
Département des Finances de la Ville de Varsovie. Il appartenait en dernier lieu à Leon Dygas. Une autre Patientia de
Backer, mais sans Clironos (huile sur toile, 100 X 69), se trouvait en 1975 sur le marché d’art (photo au Müsée du Louvre).

.2. J. Müller Hofstede, „Jacques de Backer. Ein Vertreter der florentinisch-rômischen Maniera in Antwerpen”, Wallraf-
-Richartz-Jahrbuch, XXXV, 1973, pp. 227—260.

3. Jugement Dernier de Backer signé et daté 1571, au Musée des Beaux-Arts d’Anvers, et une réplique de 1591 à la Cathédrale
d’Anvers, Millier Hofstede, op. cit., p. 229, figs 1 et 5. Réplique à Varsovie publiée dans Malarstwo europejskie. Katalog,
Muzeum Narodowe w Warszawie, Warszawa, 1967, n° 35.

4. J.S. Held, ,,The Burdens of Time, a Footnote on Abraham Janssens”, Bulletin des Musées Royaux des Beaux-Arts, I,
1952, pp. 11—17; Miiller Hofstede, op. cit., pp. 249—250, fig. 25.

5. Huile sur bois, 106x79; Stâdtische Galerie, Bamberg; Millier Hofstede, op. cit., p. 249, fig. 23.

•6. Parmi les principales études sur le thème de Patientia, citons: R. Wittkower”, Patience and Chance: The Story of a Poli-
tical Emblem”, Journal of the Warburg Insâtute, I, 1937, pp. 171—177; S.C. Chew, The Pilgrimage of Life, New Haven
and London, 1962; G J. Schiffhosrt-(ed.), ,,The Triumph of Patience”, Médiéval and Renaissance Studies, Orlando, 1978;
K.G. Boon,,,Patientia dans les gravures de la Réforme aux Pays-Bas”, Revue de l’Art, 56, 1982, pp. 7—24.

J. Gravure sur cuivre (copie) au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque de l’Université de Varsovie, Porte-feuille Royal.
Je remercie Mlle Teresa Sulerzyska pour avoir attiré mon attention sur ces gravures ; F.W.H.Hollstein, German Engravings
Etchings and Woodcuts, Amsterdam, III, (1954), p. 81.

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