Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 25.1901

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CORRESPONDANCE DE BELGIQUE

I

NTRE les faits mémorables de la dernière année du siècle,
une place appartient de plein droit à l’un des plus récents,
la célébration par l’Académie royale des Beaux-Arts de
Bruxelles du centenaire de sa fondation ou, pour mieux
dire, de sa rénovation. On s’explique aisément que l’occa-
sion d’événements de ce genre soit rare dans un pays né à
la vie autonome il y a moins de trois quarts de siècle, et
dont les institutions, pour vénérable qu’en soit souvent
l’origine, ont dû forcément se rajeunir et se transformer en vue de leur adapta-
tion à un ordre de choses lui-même renouvelé. Plus d’une Académie de dessin et
de sculpture, entre les nombreuses et assidûment fréquentées que compte la
Belgique, se glorifie d'une origine bien plus que séculaire. La fondation de celle
d’Anvers remonte à 1663 ; David Teniers, un nom peu académique, en vérité, en
fut le promoteur. Suivent, dans l’ordre des dates : Bruges (1717), Gand (1751),
Courtrai (1760), Bruxelles et Malines (1767), Audenarde (1773). 11 convient
d’observer que, sauf Anvers, qui date du régime espagnol, toutes sont contem-
poraines de la domination autrichienne. C’est de ce régime également qu’émane
l’ordonnance affranchissant les artistes peintres et sculpteurs de l’obligation de
se faire admettre dans les corps de métiers, ordonnance rendue par l’impératrice
Marie-Thérèse en 1773 seulement. S’il y eut, dans les Pays-Bas autrichiens,
quelques artistes estimables, leur rôle fut effacé, nonobstant la protection fort
libérale du prince Charles de Lorraine. Les noms de Verschoot, de Chapel, de
Deladrier ou de Detournay, respectivement directeur et professeurs de l’Académie
au moment de sa fondation, ne diront rien à personne.

Se reporter à cent ans, pour le Belge, c’est évoquer la période la plus déso-
lante, la plus vide de son histoire en ce qui concerne les arts. Littéralement, le
pays avait été drainé de ses trésors artistiques. A la suppression des Jésuites et
à l’aliénation qui s’ensuivit du vaste ensemble d’œuvres picturales amassées par la

XXV. — 3" PÉRIODE.

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