Le Roy, David
Les ruines des plus beaux monuments de la Grèce — Paris, 1758 [Cicognara, 2705]

Page: A_II
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ij Discours sur la nature des principes
mes: par'tous les "peuplês--dé là'terre, pour produire dans'notre ame, à leur aspeâ, les idées de
grandeur , de noblessè , de majesté & de beauté ; il paroît que celui des Grecs a été préféré
généralement par tous ceux' qui ont patte ou qui panent, pour avoir été ou pour être les plus
éclairés ; mais il n'a pas été adopté généralement par tous les hommes : ils ont préféré quelque-
fois l'Architeâure Gothique à l'Architeâure Grecque. La beauté que nous admirons dans l'Archi-
teâure Grecque, ne- peut' donc- pasTef pour une-b'eauté'essentielle,& les principes qui tendentà
produire cette beauté, ne peuvent passer pour des axiomes; mais cette Architeâure & ses princi-
pes paroissent tellement unis- au- systême général sormé par les Grecs sur les Sciences & sur lès
Arts-, &- adopté depuis paF tant de Nations éclairées ; & ils en acquérent tant de force, que s'ilesr.
douteux qu'un Sauvage de l'Amérique préférât l'Architeâure Grecque à l'Architeâure Gothique,
il paroît certain qu'un homme-doué d'un jugement sain & d'organes délicats , instruit des prin-
cipes des Grecs sur la Philosbphie, de l'ordre & de la division qu'ils mettent.dans les Sciences, &
des règles qu'ils observent dans-les-Arts,.excepté celui de l'Architeâure, seroit asfeâé plus agréa-
blement parles Monuments d'Architeâure Grecque, que par toute autre eipece d'Architeâure.
Que'l'on examine lés-préceptes contenus dans l'Art Poétique d'Horace; ceux, que Vitruve nous
a laisse sur l'Architeâure ; ceux qui sont contenus dans le Poëme de Dufrenoi sur la Peinture ;
enfin ceux que Rameau nous a donné sur- la Musique,-on remarquera aisément que les plus gé-
néraux & les principaux sont presque les mêmes : » Un- Edisice trop chargé de divisions, dit M.
» de Montesquieu (?) est une énigme pour l'œil, comme un Poè'me confus l'est pour l'esprit.»
On peut ajouter, à ce que dit ce-grand homme , que l'habitude de juger par un de nos-
séns, inssue beaucoup sur la manière de'juger par d'autres sens; & on pourrait presque assurer.que
il lé systême dune Nation" cria'ngeoit sur trois des beaux Arts, il changerait aussî sur le quatrième.
Par exemple', si une Nation admettait qu'un Poëme Epique- ou une Tragédie doivent être- com-
posés d'un grand nombre d'aâions détachées-, sans qu'il y en eût aucune principale qui dominât;
qu'un tableau ou- un bas-relief doivent représenter un grand nombre de siijets ou d'idées nulle-
ment analogues ; qu'un' morceau de Musique ne- doit être qu'une suite de sins sins ordre ni choix,
une telle nation admettrait infailliblement que la symmétrie, quand elle ne contribue pas à la soli-
dité, est une chose ennuyeusè dans les bâtiments.; qu'un côté d'une façade, dune porte, ou d'une
croisée, ne doit pas être décoré comme l'autre; que les cartouches ou autres ornements devraient
être de travers ; ensin cette Nation accoutumée à regarder le caprice comme la seule règle dans
la Poésie, la Peinture & la Musique, n'admettrait comme beaux que les Monuments qui, par leur
composition, répondraient à son goût général. Nous conclurons de-là, que si nous admettons le
systême général de' quelques peuples sur la Science humaine , nous devons aussî admettre leur
syslême sur On Art" en particulier, & que lier, par exemple, au corps des sciences des Grecs, le
goût de la Peinture Chinoise , ce seroit comme si on unissbit au corps d'un animal, la jambe-
d'un autre animal qui ne lui resTembleroit aucunement. Audi voyons-nous que les Romains pri-
rent successîvement les Loix des Grecs, leur Philolbphie, & enfin leurs préceptes sur les Arts.
L'Empire Romain ayant étérenversé, la Grèce ravagée, & l'ignorance s'étant répandue
par toute l'Europe, on ne suivit plus aucun systême régulier dans les Arts ; mais dès que la lumière
reparut en Italie; que l'on étudia les livres des Grecs & des anciens Romains; que l'on s'accoutuma
à rassembler un certain nombre d'idées sous des points de vue généraux, & à admettre le systême
général de ces deux Nations sur la Science humaine, on admit aussî bientôt leur systême particu-
lier sur la préférence qu'ils accordoient à une sorte d'Architeâure, & on étudia leur doârine sur
cet Art, dans l'ouvrage de Vitruve & sur leurs Monuments.
Ce passage del'adoption de certaines idées générales à l'adoption d'autres idées partial-
es Dictionnaire Encyclopédique, Article, Gousx,
lieres,
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