Le Roy, David
Les ruines des plus beaux monuments de la Grèce — Paris, 1758 [Cicognara, 2705]

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DISCOURS

Sui



R LH1STOIRE DE L A RC HIT E CTU RE CIVILE.

X—/ES découvertes que les premiers hommes ont fait dans l'Architeâure, ne dévoient pas
être-fort au-dèssus de ce que l'inslind enleigne aux animaux, pour se garantir des injures de l'air,
& elles e'toient sans doute aussî variées. C'est en vain, qu'on chercherait à découvrir dans l'obscurité
des premiers âges du monde quels étoient précisément ces essais, & combien de siecles s'écoulèrent
avant que les différentes sortes de cabannès, imaginées par les hommes, eussent acquis quelque
degré de perfection. Loin de pouvoir pénétrer dans ces temps si reculés, nous n'appercevons pas
même , par le secours leul de l'Histoire, la chaîne qui a conduit un Peuple très-célebre à des idées
plus relevées. Nous sommes d'abord frappés, en lisant les écrits des Auteurs anciens, des grandes
entreprises des Egyptiens dans l'Architeâure , sans découvrir l'origine de leurs connoissances dans
cet Art : mais si nous nous transportons dans l'Egypte même, si nous fouillons dans ses plus anciennes
ruines, nous y découvrons ces pensées, qui annoncent dans l'Architeâure les premiers pas vers la
décoration. Nous voyons les Egyptiens faire des colonnes à l'imitation des troncs d'arbres, n'ayant
qu'une pierre ronde pour base, & une pierre quarrée, la plus (impie, pour chapiteau (a). Nous les
voyons railler dans les roches des colonnes (b) qui ne présentent d'autre idée à-1'esprit, que
l'imitation de l'assemblage de plusieurs petits arbres réunis ensemble par des liens.
Cette derrière ide'e, toute simple qu'elle esl, porte cependant déjà ce caraâere de
grandeur, que les Egyptiens ont répandu dans toutes leurs produâions. On y découvre que leurs
arbres seuls , à caufe de leur peu de grosieur, ne pouvant porter des fardeaux considérables, ils en
unirent plusieurs ensemble, afin de former de gros piliers, & de faire des choses grandes & colossales.
Aussi dans l'impatience d'arriver au grand & à l'étonnant, les Egyptiens ne se donnerent-ils pas
le temps de perfeâionner leur Architedure ; ils trouvèrent toutes les décorations de colonnes,
toutes les formes des chapiteaux ou d'entablements bonnes , & parlèrent rapidement des premiers
ésTais en Architeâure à l'exécution des plus vastes projets.
Les Grecs au contraire, mesurant leurs entreprises sur leurs connoisfances dans l'art de bâtir,
plus lents à donner des marques de génie, marchent à pas plus certains vers la perfeâion. Ils suivent
les loix de la nature, ils commencent par les idées les plus simples, se conduisent de découvertes
en découvertes à des entreprises plus considérables, produisent enfin les pensées les plussublimes,
& donnent des loix & des règles à toute la terre. Hérodote, Diodore de Sicile, Pline, Strabon
& autres, nous ont fait des tableaux magnifiques des Monuments des Egyptiens; la description
de ceux des Grecs, & particulièrement l'hisloire de leur Architedure, par son caraâere & par ses
passages successifs d'une perfeâion à une autre, qui ne peuvent être bien observés que par ceux
qui ont une assez grande connoisfance de cet Art, paroît appartenir aux Arphiteâes. Ainsi , ren-
voyant aux Auteurs anciens qui ont décrit avec la pompe & la magnificence qui leur convient ;
les villes de Thebes & de Memphis en Egypte , le fameux Tombeau d'Osimemdué, le Lac de
Moeris, le Labyrinthe, & ces Pyramides surprenantes qui subsislent encore entières, & qui attellent
la vérité de ce qu'ils nous ont dit des autres Monuments dont on ne voit plus que quelques ruines ;
renvoyant à ces Auteurs pour les descriptions de Ninive, de Babylone, de Pèrsépolis & d'autres
grandes villes, bâties par différents .Peuples; je me reslraindrai à l'hisloire de l'Architeâure des
Grecs. Je n'entreprendrai pas même de parler de l'origine, & de suivre les progrès de chaque es-
pece de Monument ; le peu d'étendue que je me luis prescrit dans ce Discours ne me le permet
(') Pococke, Description de l'Egypte, Planche LXVII, page 317.
(►)!«<!. Planche XI.VII, page iij.
/, Parue, , e
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