Revue égyptologique — 11.1904

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Le roman-thèse d'un philosophe nihiliste.

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de Phibfhor, chrétien secret et employant encore les expressions se rapportant aux anciens
mythes d'Égypte. Il fait semblant de croire qu'il a affaire simplement à un partisan du vieux
culte, à un adorateur de Thot, d'Osiris, etc., et il en bénéficie pour poursuivre de ses rail-
leries cette religion démodée, dont la vie n'était plus alors qu'apparente. Les abus que les
Asiatiques et les Grecs avaient introduits jusque dans les rites égyptiens lui fournissaient un
prétexte facile pour tout nier et même pour entraîner dans la chute des superstitions celle
de la foi et de la morale.

La lutte ainsi conduite est donc intéressante et nous croyons qu'on ne peut pas séparer
nos deux livres — d'autant plus qu'ils ont été rédigés et copiés en démotique dans le même
siècle. Certaines variantes tracées en marge du Koufi prouvent d'ailleurs qu'il eut plusieurs
éditions successives, comparables à celles de Virgile, qui sont citées par Aulugelle dans les
Nuits critiques. A ce point de vue encore, cette œuvre très littéraire est curieuse.

En ce qui touche le fond, si Phibfhor est le dernier des moralistes de l'ancienne
Egypte, celui qui a imaginé le Koufi n'est pas le premier des incrédules de ce pays, pour
lequel la morale ait été un nom vide de sens.

La lutte entre le mouvement spiritualiste et théiste (je dirai même évangélique) d'une
part, et, d'une autre part, le mouvement matérialiste et athée, que nous nous sommes pro-
posés de décrire, au premier siècle de notre ère, est une lutte qui existait depuis longtemps
en germe et que nous verrons désormais se reproduire de siècle en siècle toujours avec la
même énergie. Sur le domaine de la morale, comme sur celui de la philosophie, il n'y a,
en effet, que deux solutions en définitive : celle des spiritualistes et celle des matérialistes.
C'est ce qu'a dit, de son côté, dans une communication faite naguère à ^Institut, le si distingué
professeur de l'École normale M. Evellin. En philosophie, M. Evellin nomme cette lutte :
« Conflits de l'imagination et de la raison. » Il incline à croire que les deux doctrines aux-
quelles il réduit tous les systèmes anciens et modernes sortent tout naturellement de la pré-
pondérance accordée à l'une ou à l'autre des deux grandes facultés humaines : l'imagina-
tion et la raison — en donnant au vocable «imagination» une portée plus large que celle
qui est généralement admise. Ainsi s'expliqueraient, selon lui, fort aisément les perpétuelles
discussions entre les partisans de l'idée et ceux du fait brutal, dont M. Basch, dans ses lec-
tures à l'Académie, parallèles à celles de M. Evellin, a fait un tableau si vivant en Allemagne,
^ propos de la philosophie quintessenciée d'hegel et de ses adversaires, athées, socialistes
et nihilistes.

Les adversaires de l'idée, ce sont aussi ceux de la morale qui, il y a près de deux
mille ans, avaient découvert tout ce que nous croyons avoir inventé, jusque et y compris le
système darwinien du struggle for life.

C'est ce que nous allons essayer de démontrer aujourd'hui. Mais auparavant disons
quelques mots des questions de méthode et de rédaction qui séparent les deux moralistes
dont nous nous occupons en ce moment.

Le sage Phibfhor, procédant en raison pure, avait fait, nous l'avons vu, un traité ré-
gulier bien ordonné et bien conçu sur les questions de morale et de mystique. Il avait com-
battu les impies dans l'armée régulière. Le critique qui lui répond et auquel le terrain

imaginatif convient mieux — ce qui pourra peut-être faire plaisir à M. Evellin — procède

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