Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dixieme): La Henriade: Poeme — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen. Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90793692]

Page: 82
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82 LA HENRIADE.
Joyeuse, né d’un sang chez les Fiançais insigne ,
D’une faveur si haute était le moins indigne :
Il avait des vertus; et si de ses beaux jours
La parque en ce combat n’eût abrégé le cours ,
Sans doute aux grands exploits son ame accoutumée
Aurait de Guise un jour atteint la renommée.
Mais nourri jusqu’alors au milieu de la cour,
Dans le sein des plaisirs , dans les bras de l’amour,
Il n’eut à m’opposer qu’un excès de courage,
Dans un jeune héros dangereux avantage.

Les courtisans en soule attachés à son sort,
Du sein des voluptés s’avançaient à la mort.
Des chiffres amoureux, gages de leurs tendresses ,
Traçaient sur leurs habits les noms de leurs maitresses;
Leurs armes éclataient du feu des diamans,
De leurs bras énervés frivoles ornemens.
Ardens , tumultueux, privés d’expérience,
Ils portaient au combat leur superbe imprudence:
Orgueilleux de leur pompe , et fiers d’un camp nombreux
Sans ordre ils s’avançaient d’un pas impétueux.
D’ UN éclat différent mon camp frappait leur vue.
Mon armée en silence à leurs yeux étendue
N’offrait de tous côtés que farouches soldats,
Endurcis aux travaux, vieillis dans les combats,
Accoutumés au sang et couverts de blessures ;
Leur fer et leurs mousquets composaient leurs parures.
Comme eux vêtu sans pompe, armé de fer comme eux,
Je conduisais aux coups leurs eseadrons poudreux;
Comme eux, de mille morts affrontant la tempête ,
Je n’étais distingué qu’en marchant à leur tête.
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