Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dixieme): La Henriade: Poeme — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen. Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90793692]

Page: 162
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ï6z LA HENRIADE.
Tous deux sur l’herbe unie, et de sang colorée,
S’élancent loin des rangs d’une course assurée.
Sanglans, couverts de fer, et la lance à la main,
D’un choc épouvantable ils se frappent soudain.
La terre en retentit, leurs lances sont rompues:
Comme en un ciel brûlant deux essroyables nues,
Qui, portant le tonnerre et la mort dans leurs flancs,
Se heurtent dans les airs et volent sur les vents,
De leur mélange assreux les éclairs rejaillissent ;
La foudre en est formée , et les mortels frémissent.
Mais loin de leurs coursiers, par un subit effort,
Ces guerriers malheureux cherchent une autre mort.
Déjà brille en leurs mains le fatal cimeterre.
La Discorde accourut; le démon de la guerre,
La mort pâle et sanglante, étaient à ses côtés :
Malheureux, suspendez vos coups précipités!
Mais un destin funeste enssamme leur courage;
Dans le cœur l’un de l’autre ils cherchent un passage,
Dans ce cœur ennemi qu’ils ne connaissent pas.
Le fer qui les couvrait brille et vole en éclats ;
Sous les coups redoublés leur cuirasse étincelle ;
Leur sang qui rejaillit rougit leur main cruelle;
Leur bouclier, leur casque arrêtant leur effort,
Pare encor quelques coups et repousse la mort.
Chacun d’eux étonné de tant de résistance
Respectait son rival, admirait sa vaillance.
Enfin le vieux d’Ailly, par un coup malheureux,
Fait tomber à ses pieds ce guerrier généreux.
Ses yeux sont pour jamais fermés à la lumière;
Son casque auprès de lui roule sur la poussrère.
D’Ailly voit son visage; ô désespoir! ô cris!
11 le voit, il l’embrasse, hélas! c’était son fils.
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