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L' Exposition de Paris (1900) (Band 1) — Paris, 1900

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https://doi.org/10.11588/diglit.1358#0190
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1G2

ENCYCLOPEDIE DU SIECLE

guet,, assaillis par une multitude armée, devaient
honteusement battre en retraite. 11 aurait fallu une
véritable expédition militaire et l'extermination de
ce vilain peuple, pour en venir à bout. Pendant long-
temps on se contenta de réprimer les agissements
des mendiants et des voleurs au dehors et on les
laissait, à peu près en paix, dans leurs refuges.
Cette situation humiliante ne pouvait convenir à
Louis XIV et à son esprit d'ordre et d'autorité. En
mai 1637, après l'ouverture de l'hôpital général
pour mendiants invalides, les Cours des Miracles
furentfouillées et évacuées de force, sans que leurs
hôtes intimidés eussent tenté une résistance
sérieuse.

M. Colibert, en reculant sa restitution jusqu'en
1400, a voulu nous montrer une Cour des Miracles
plus colorée et plus pittoresque. L'œuvre est
en voie d'achèvement ; les croquis que nous
reproduisons ont été exécutés après la maquette
en plâtre, à petite échelle, et nous y reviendrons,
avec des détails plus précis, comme texte et comme
gravures, dès que les travaux seront achevés.

Dans le quartier, ainsi rééditîé, que clôturera une

enceinte crénelée, des scènes seront représentées
par des acteurs, des écuyers et une nombreuse
figuration. On y verra une entrée royale suivie
d'un tournoi entre chevaliers bardés de fer, une
pantomime d'après Noire-Dame de Paris, de
Victor-Hugo, etc. ('.. Moynkt.

LA PEINTURE FRANÇAISE

PENDANT LE COURS DU SIÈCLE
(suite et fin) (I)

D'autres portaient dans la notation des spectacles
communs un goût de vérité naïve, d'émotion simple
à la suite deM. Dagnan-Bouveret, de précision avec
M. priant, de généralisation pittoresque avecM.Roll,
épris aussi de la matière des chairs lumineuses.
Mais en vain chercherait-on cette volupté froide
chez les plus réalistes : chez M. Baphaelli, qui dé-
couvrait les paysages pelés, l'herbe violâtre de la
banlieue,s'arrêtait aux besognes vagues des errants,
donnait, du curactérisme, mieux que des formules

(1) Voir page 154.

La peinture française pendant le cours du siècle. — Jeune fille au Pardon (Bretagne).

Tableau de M. Dagnan-Bouveret.

littéraires : la notion de portraits robustes ou dé-
licats. Ce pessimisme se nuançait de pitié chez
M. Jcanniot, s'exaspérait chez M. de Toulouse-
Lautrec en notations tragiques ou d'élégance quin-
tessenciée, en rosserie dans les peintures plates do
M. Forain.

Cependant l'impressionnisme avait pénétré
l'école. Un portraitiste exquis, minutieux etcom-
préhensif, Bastien Lepage, avait ouvertau plein air
ses paysages lorrains ; sa volonté tenace s'y em-
barrassait peut-être encore de détails trop appuyés;
mais quelle n'eût pas été l'œuvre du peintre des
Foins, si une mort précoce ne l'était venue inter-
rompre ? Le renouvellement se poursuivait par
d'autres voies. Cependant que MM. Jules Breton
Ilarpignies s'en tenaient aux anciens moyens pour
réaliser leurs visions idylliques, et que M. Pointe-
lin épiait la quiétude douloureuse et les lourds
silences planants du soir, M. Cazin, sans emprunter
à l'impressionnisme plus que ne réclamait la repré-
sentation des formes indécises et des clartés diffuses,
s'acheminait vers le symbolisme. Elire, pour idéal
unique, l'idée, n'user des formes que pour atteindre
à son expression, tel sera le principe nouveau. Déjà
M. Cazin éveille, au hasard de la route, les larges
harmonies de l'âme universelle, les affinités de
ta nature physique et morale, à la faveur de mé-
lancolie voilée, de la persuasion des tons atténués.
Si sommaire quedevienne l'idéal symboliste,quand
les théoriciens de la Rose Croix et les peintres de
l'âme et leur chef subtil, M.Maurice Denis,l'édicté-
ront, il s'en faut que chez ses précurseurs et ses
maîtres, sans doute, il embarrasse de souvenirs
préraphaélites le songe envolé.

A figurer le drame de la Matière (la Vie naissant
de la Mort) dans le triptyque de l'amphithéâtre de
chimie à la Sorbonne. M. Besnard donne, à l'art,
la majesté des hautes hypothèses scientifiques.
Peintre d'un âge scientifique, le voici encore dans
. ses études de phénomènes lumineux, depuis les
reflets fondant l'opale des chairs, jusqu'à l'évoca-
tion des tourbillons ignés dans l'espace planétaire
(plafond du salon des sciences à l'Hôtel de Ville),
résumant en synthèses ardentes la splendeur des
paysages, l'exceptionnel de la chair, la saveur su-
rexcitée des apparitions livides, brutales, somp-
'ueuses, décoratives.

Cas propice à marquer la transition entre l'im-
pressionnisme et le symbolisme. De même la tra-
dition classique, par le souvenir des primitifs, par
l'objet même de son érudition, devait être tentée
de s'y laisser entraîner. Les mythes antiques et les
légendes orientales prêtent, à la curiosité du peintre
et à la philosophie du poète, le prétexte de décors
merveilleux, la vérité profonde de leurs hypothè-
ses. Custave Moreau, qui passait hautain et muet
dans le siècle, comme son Poète parmi les Satyres,
en tira la raison de ses évocations mystiques. C'est
la loi de l'instinct créateur et tortionnaire du
monde qui pousse Hélène, dans la désolation des
remparts de Troie, qui jette la tète et la lyre d'O-
phée aux rives de Lesbos ; c'est elle encore qui
rythme les secousses de la chair pâle de Salomé et
lient Venise fiévreuse et captive, sous la pourpre
lourde et sombre de ses ailes ouvertes. Il faudrait
redire toutes ces images glacées. Le geste eût été
vain pour exprimer de telles émotions. C'est pour-
quoi Moreau voulut ces attitudes sereines, harmo-
nieuses et mornes, le calme de la mort et l'indici-
ble effroi de la vie dans la mort. D'où le recours,
encore, aux mille suggestions de la magie rigide
des architectures, des gels des pierreries, des
lueurs défaillantes, des émaux sanglants, dans ses
peintures et ses aquarelles.

Et de même, encore, \espaysagistcs devaient me-
ner leur dernier disciple, Puvisde Chavannes, par
les terres du rêve. Il a défini lui-même son art
« une transposition des lois naturelles ». On pour-
rait suivre la genèse de son œuvre décorative, de-
puis la recherche du thème et de l'adaptation aux
murailles, jusqu'à la synthèse pure des formes, jus-
qu'au symbole précis des lignes calmes, des cou-
leurs lumineuses et tendres, de l'ensemble logique,
harmonieux; on verrait la piété naturaliste du des-
 
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