L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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DOCUMENT NOUVEAU

SUR

SÉBASTIEN BOURDON

MINUTE DE SON CONTRAT DE MARIAGE AVEC LA SŒUR DE LOUIS DU GUERNIER

PEINTRE MINIATURISTE (1641)

armi les oubliés et les dédaignés qui ont joué un rôle considérable pendant
le grand siècle et qui ne sont plus que poussière aujourd'hui, il faut citer Louis
du Guernier. Ce nom, qui a été celui de l'un des plus célèbres peintres en
miniature de son temps, ne réveille de nos jours aucun souvenir, excepté parmi
les amateurs les plus érudits en matière de beaux-arts. Mais il ne saurait être
rattaché à des œuvres connues, et, s'il subsiste encore, c'est grâce à Félibien,
l'historiographe de l'Académie de Peinture, qui lui a consacré l'un de ses plus
longs et plus intéressants Entretiens. Le biographe officiel a payé à la mémoire de l'artiste un véritable
tribut d'admiration et de respect. Il fallait que du Guernier eût une bien grande autorité dans le
Corps dont il faisait partie, pour exciter tant de regrets et d'éloges, bien qu'il fût calviniste. Cette
restriction, qui revient plusieurs fois, gâte un peu le panégyrique, mais elle ne fait qu'ajouter à la
couleur du temps. En somme, l'on était sous le règne de la miniature : c'était le genre à la mode,
et du Guernier était souvent mandé à la cour. Félibien raconte qu'il fit « plusieurs portraits du roi et
de toutes les personnes de la première qualité » ; et comme s'il voulait jeter à la fin un grain de sel dans
son Entretien, il le termine par ce renseignement peu édifiant : « Lorsque le duc de Guise alla à
Rome, il emporta un livre de prières où du Guernier avait représenté en saintes toutes les plus belles
dames de la cour peintes au naturel. » — C'est frivole et léger; mais c'est un trait piquant pour
l'histoire. Félibien, qui ne manque pas une occasion de réprouver l'hérésie, n'ajoute pas un mot de
blâme en cette circonstance1.

Nous ne nous étendrons pas plus longtemps sur les œuvres de du Guernier, d'autant plus que
nous n'en pouvons montrer aucune. C'est un phénomène analogue à ce qui s'est produit pour quelques
poètes de l'Antiquité que cet artiste du xvne siècle qui se présente à nous avec un nom célèbre et
pas une œuvre. Pourtant ces merveilleux portraits, d'une ressemblance parfaite et « d'un volume si
petit » qu'en sortant des mains de l'artiste, ils étaient enchâssés dans des chatons de bagues, n'ont pu
être tous anéantis ou perdus. Il y a eu de tout temps des amateurs de miniatures. Celles de du
Guernier, qui n'ont pas été détruites, sont peut-être conservées dans de riches collections où il est
impossible de les reconnaître, parce qu'elles ne sont pas signées 2.

1. Le duc de Guise, dont il s'agit ici, est le même qui gouverna quelque temps à Naples, dont il avait favorisé, en 1647, ^e sou-
lèvement contre les Espagnols. Il est célèbre par ses aventures de guerre et d'amour. Le président. Hénault a dit de lui dans son Abrégé
chronologique (à l'année 1641) : « Ce prince était aussi inconstant dans ses mariages que les autres le sont en galanterie : il se fit séparer
de sa première femme, Anne de Gonzague, qu'il avait épousée par amour, pour épouser la comtesse de Bossut, qu'il aimait, et il passa le
reste de sa vie à faire casser son mariage avec celle-ci pour pouvoir épouser M1,c de Pons, qui à son tour devint sa maîtresse. » C'est
pendant son séjour à Rome, où il poursuivait la dissolution de son mariage avec la comtesse de Bossut, que les Napolitains révoltés, après
l'assassinat de Masaniello, l'appelèrent à leur tète. Bayle a dit du duc de Guise que c'était « l'un des plus galants et des plus accomplis
seigneurs de France ».

2. Un homonyme de Louis du Guernier, avec lequel on est sujet à le confondre, fut graveur à Londres pendant la première moitié du
XVIIIe siècle. On trouve quelquefois des ouvrages anglais et particulièrement des poètes ou des écrivains de l'Antiquité, illustrés par lui :
ce sont, en général, d'assez médiocres gravures. Il est probable que cet artiste, qui porte également le prénom et le nom de Louis du
Guernier, était un neveu de celui qui nous occupe et qu'il se réfugia en Angleterre lors de la révocation de l'édit de Nantes. — Ce n'était
pas la première fois du reste qu'un membre de cette famille prenait le chemin de l'exil. L'histoire des du Guernier date des persécu-
tions religieuses qui ensanglantèrent Rouen à la fin du XVIe siècle. Leur aïeul paternel possédait, d'après Félibien, une charge considérable

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