Bulletin du Musée National de Varsovie — 16.1975

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Marc Sandoz

LES PEINTURES DECORATIVES
DE LA CHAMBRE DES SEIGNEURS DU CHÂTEAU DE VARSOVIE.
AUJOURD'HUI AU MUSÉE NATIONAL DE VARSOVIE*

Les peintures de la Chambre des Seigneurs du château de Varsovie appartiennent au catalogue
des ensembles décoratifs de la peinture française du XVIIIe siècle. Demandées en 1765 à Boucher1,
Vien, Louis Lagrenée et Halle, elles illustrent un tournant dans les idées sur l'art au XVIIIe siècle:
commandées par le roi Stanialas-Auguste Poniatowski par l'intermédiaire de Mme Geoffrin,
elles conduisent à évoquer deux figures importantes de l'Histoire : celle du dernier roi de Pologne,
ami des arts et mécène, et celle de la maîtresse du plus beau salon artistique et littéraire à Paris,
mécène également.

La peinture française a été introduite à Varsovie à la fin du XVIIIe siècle, sous le roi Jean
Sobieski, par la reine Marie-Casimire de la Grange d'Arquien, qui était française. La comtesse
Brûhl, épouse du célèbre ministre d'Auguste III, écrit, à propos de la décoration de son palais :
"Il faudra des pièces de la Fable, ou historiques, peintes dans le goût français, dont on fait
grand cas ici". Notons cette remarque sur le genre de peinture désiré : „des pièces de la Fable,
historiques". Nous allons voir cette tendance confirmée ou précisée par Stanislas-Auguste,
à une époque où, en France, se développe dangereusement le goût pour la "petite manière".

Stanislas-Auguste était venu à Paris, en 1753, âgé de 21 ans, accompagnant le comte, son
père, en voyage privé, et alors que rien ne laissait prévoir l'élection au trône du jeune homme,
"il fit à la cour une vive impression par son élégance, sa beauté, son esprit"2.

Mais il avait dû repartir au bout de cinq mois. Ce court séjour avait été entièrement dirigé
par Mme Geoffrin, à qui le comte avait confié son fils, et qui n'avait cessé de rendre des services
à son protégé. Il en était résulté une confiance mutuelle sans défaut, et une amitié véritable,
en dépit de la différence des âges. Ces sentiments éclatent avec humour et parfois avec pathétique
dans l'étonnante et précieuse correspondance entre les deux personnages, après l'accession
de Stanislas-Auguste au trône de Pologne, et qu'a publiée jadis Charles de Moùy3.

Mme Geoffrin tient à Paris le plus beau salon de la rue Saint-Honoré, où fréquentent non
seulement des hommes de lettres, mais aussi de nombreux artistes, souvent présentés par le
comte de Caylus, et que fait travailler la maîtresse de maison ; celle-ci se constitute une belle
collection, où figurent entre autres Carie van Loo, Boucher, Vien, La Tour, Cochin, Lagrenée,
Hubert Robert, Joseph Vernet4. Stanislas-Auguste est mêlé de près à cette vie artistique et
littéraire, et il retournera en Pologne, non seulement francisé, mais devenu connaisseur de
toutes choses d'esprit et de bon goût.

Les documents nous manquent pour saisir la genèse de la commande des peintures devant con-
stituer la décoration de la Chambre des Seigneurs du château. Nous en saisissons quelques bribes
seulement, mais aussi quelques facteurs psychologiques capitaux, dans la correspondance du roi
avec Mme

L'article présent reprend le texte publié autrefois aux Cahiers de Bordeaux, 7e-8c années, 19690-61, p. 153-162. Il est rep ublié
(avec des corrections), enrichi d'illustrations et des données nouvelles incorporées dans les notes.

1. Aussi à Carie Van Loo (cf. la lettre du Stanislas-Auguste Poniatowski à Mme Geoffrin sdu 31 août 1765 : "Hélas ! oui
Je sais bien que Vanloo est mort, et par conséquant mon César aussi.")

2. Cité par Louis Réau, L'art dans les pays slaves jusqu'à 1850, dans Histoire de VArt..., André Michel, VIII, p.

271-271, Paris, 1925.

3. Correspondance inédite du roi Stanislas-Auguste Poniatowski et de Madame Geoffrin (1764-1777)... par Ch. de Motty,
Paris, 1875.

4. Une peinture de Lemonnier au Musée des Beaux-Arts de Rouen, Le Salon de Mme Geoffrin, perment de distinguer une
partie des tableaux de cette collection. Sur le salon de Mme Geoffrin, voir l'ouvrage du marquis de Ségur, Le Royaume
de la rue Suinl-Honoré. Mme Geoffrin et sa fille, Paris, 1927. On pourra completer avec l'article de G. de Lactic-Saint-Ja!,
"La reine de la rue Saint-Honoré", L'oeil, 1953.

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