Bourgery, Jean Baptiste Marc ; Jacob, Nicolas Henri [Hrsg.]
Traité complet de l'anatomie de l'homme: comprenant la médicine opératoire (Band 6, Text): Médecine opératoire — Paris, 1837

Seite: 230
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OPÉRATIONS GÉNÉRALES.

les indications, fixent les moyens hémostatiques, et s'attachent
surtout à raisonner les procédés qui conviennent le mieux pour
empêcher la saillie des os, et pouvoir recouvrir la plaie avec
les tégumens. C'est aussi à dater de cette époque que les désar-
ticulations commencent à être soumises à des règles plus exactes,
par Ledran, J.-L. Petit, Heister, Hoin et Brasdor.

Aidés par les recherches de leurs devanciers, dirigés par des
notions anatomiques plus précises et par des expériences clini-
ques mieux appréciées, les chirurgiens du dix-neuvième siècle
systématisent tout-à-fait les amputations, les décrivent dans
tous leurs détails, et en établissent les procédés sur des données
vraiment scientifiques.

Définition. L'amputation (ccTtOTtrtvJ/ïe, des Grecs, amputatio des
Latins) est généralement définie : l'ablation d'un membre ou
d'une partielle membre, dans la continuité ou la contiguïté, à
l'aide d'un instrument de section.

Dans les généralités sur les amputations, nous devons nous
occuper de ce qui précède l'opération , de son exécution, et de
ce qui la suit. La première et la troisième partie sont entièrement
du ressort de la chirurgie, nous ne les indiquerons que très ra-
pidement.

Indications. La gangrène fut, à peu d'exceptions près, la seule
indication admise jusqu'au dix-septième siècle; aussi nous
trouvons toujours au chapitre du spbacèle, ou à propos de cet
état pathologique, ce que les anciens nous ont laissé sur les am-
putations. Depuis on s'est peut-être montré trop facile à retran-
cher un membre; mais, en restant dans de justes bornes, que
d'individus voués à la mort sans amputation, et qui sont sauvés
par elle !

Cette question des indications et des contre-indications, ex-
cessivement délicate, demande des discussions pratiques qui
doivent être établies sur un grand nombre de faits, et qui sont
traitées avec tous les détails convenables dans les ouvrages de
chirurgie. Les amputations de complaisance doivent être absolu-
ment proscrites, surtout quand elles portent sur les grandes divi-
sions des membres. Pour celles de nécessité, on doit mûrement
examiner le temps où il convient de les pratiquer .-L'expérience,
éclairée par l'observation des autres et par la sienne propre, suffit
à peine pour faire porter en pareille matière un jugement assuré.
Nous ne craignons cependant pas d'avancer que le plus souvent
le succès de l'opération est compromis par des délais mal
calculés.

On a distingué pour les amputations un lieu de nécessité et
un lieu d'élection ; mais on ne peut admettre de nécessité absolue
qu'à la racine des membres : partout ailleurs ce n'est qu'une
nécessité relative. Ainsi, on a reconnu qu'on doit amputer le
plus loin du tronc qu'il est possible; voilà une nécessité relative
et générale fondée sur des motifs chirurgicaux, et les exceptions
que l'on a faites à cette règle, en évitant certains points où
l'amputation passe pour plus dangereuse, constituent ce qu'on
appelle des lieux d'élection: mais, dans ce cas, ne pourrait-on
pas soutenir que ce sont là encore des lieux de nécessité? D'un
autre côté, tous les points du membre ne sont-ils pas des lieux
de nécessité, ou d'élection, suivant qu'on entend les mots ou sui-
vant les circonstances? Cette division scolastique est donc arbi-
traire, et ne saurait être nettement formulée.

La distinction des amputations, en celles qui se pratiquent
sur la continuité et celles qui se font dans les articulations, est
fondée sur des différences vraiment marquées, et donne lieu,

par suite, à des considérations spéciales, que nous aurons soin
de rappeler dans l'exposition des méthodes générales.

Préparatifs. Le malade, préparé comme nous l'avons dit au
commencement de la médecine opératoire, est différemment
placé suivant les diverses amputations : nous préciserons sa si-
tuation, pour chaque cas, aussi bien que celle des aides et du
chirurgien.

La boîte à amputation contient : i° un tourniquet, inventé
par Morel, sous le nom de garrot, perfectionné d'abord par J.-L.
Petit, Morand, et, plus tard, par Dupuytren et M. Charrière,
mais dont la première idée a été fournie par la ligature circulaire
du membre, fort en usage avant Morel ; 2° de quatre couteaux à
amputation, droits et inter-osseux, qui remplacent le scalpel
convexe, la faucille, la tenaille, la hache, le cautère cultellaire,
et une foule d'autres instrumens plus ou moins grossiers, mais
qui ne sont pas encore tout-à-fait oubliés; 3° de scies de diverses
grandeurs : le mécanisme de ces instrumens ne leur a pas per-
mis de subir des modifications aussi marquées que les couteaux,
et leur origine se perd dans la nuit des temps; 4° de bistouris
droits et convexes; 5° de pinces à disséquer et à torsion, de
tenailles incisives, d'aiguilles courbes, d'un ténaculum, d'airi-
gnes, de fils cirés, d'une compresse-rétracteur qui a remplacé
toutes les pièces de cuir et de métal employées jadis pour rem-
plir son usage; enfin, de diverses autres pièces d'appareil com-
munes à toutes les opérations.

MÉTHODES OPÉRATOIRES.

Méthode circulaire.

La méthode circulaire, suggérée la première par la structure
même des membres, est en apparence la plus simple, comme
l'entendaient les anciens; mais, en réalité, comme la pratiquent
les modernes, c'est la plus compliquée, celle qui réclame le plus
de combinaisons.

Le texte de Celse a prêté à mille interprétations diverses ;
mais, si l'on s'en tient au sens le plus précis, on trouvera que
Celse incisait les chairs d'un seul coup, les faisait remonter et
les détachait circulairement de l'os, dénudait celui-ci dans une
certaine étendue et le sciait plus haut que le niveau des parties
molles, afin qu'elles pussent le recouvrir.

La raison de ce procédé, si vrai dans sa conception, ne fut plus
comprise jusqu'à la renaissance de la chirurgie, au dix-septième
siècle. Pendant toute la période intermédiaire, tégumens,
muscles et os étaient coupés sur le même plan; il n'y eut de
variation que dans la manière d'en opérer la section.

Au milieu de ce chaos nous ne devons pas cependant oublier
les préceptes de Pigray, qui, de son temps, passèrent inaperçus :
« Faisant tirer le cuir en haut, on le liera d'une ligature fort
étroite, et on coupera toute la chair à l'en tour du membre, trois
ou quatre doigts au-dessous du mal;... la chair étant bien cou-
pée tout à l'entour, on prendra un linge fendu pour passer l'os,
et avec ce linge on tirera la chair afin de couper l'os le plus hault
possible, lequel faudra totalement devestir de la membrane ,
lier ou cautériser les artères, et ramener le cuir doucement sur,
l'os, et le fixer avec deux points en croix sans cautériser l'os (Epi-
tome, p. 128, 129 ). »

J.-L. Petit et Cbeselden revinrent enfin, mais par un autre
procédé, à l'idée de Celse. Après avoir affermi les muscles à
l'aide d'une ligature, ils coupaient d'abord les tégumens, qu'ils
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