Bourgery, Jean Baptiste Marc ; Jacob, Nicolas Henri [Editor]
Traité complet de l'anatomie de l'homme: comprenant la médicine opératoire (Band 6, Text): Médecine opératoire — Paris, 1837

Page: 29
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ANATOMIE TOPOGRAPHIQUE

Après avoir considéré l'anatomie chirurgicale dans son en- des chirurgiens qui, pour rendre plus intéressante l'étude de

semhle, eu égard à la coordination des parties composantes et l'anatomie topographique, lui ont supposé, mal à-propos, des

au rôle que chacune d'elles joue dans l'organisme, il convient de avantages là où elle n'offre que des inconvéniens, en présentant,

soumettre ces dernières à un nouvel examen par rapport aux contre toute logique, la région chirurgicale comme un petit

associations qu'elles forment pour chaque lieu déterminé, ou, organisme à part, tandis qu'elle ne se compose en fait que de

en d'autres termes, de tracer, dans un rapide exposé, l'anatomie parties hétérogènes, sans aucun lien fonctionnel, et retranchées

de régions. arbitrairement de l'organisme pour un but d'application spéciale.

En nous reportant à l'anatomie descriptive, nous avons vu De cet énoncé il résulte que l'étude artificielle du corps par

que le squelette, charpente commune de tout le corps animal, régions, isolant les diverses parties de l'ensemble et forçant à

en traçait les divisions générales , le tronc et la tête, enveloppes morceler les organes, sans considération de leur étendue, de

des viscères à l'intérieur, et à l'extérieur s'harmoniant avec les leur continuité et de leurs usages, n'est, par cela même, ni

appendices ou membres pour composer en commun l'appareil anatomique ni physiologique. En est-il de même en pathologie?

de la locomotion. Les diverses fractions du corps et des membres Oui, assurément, dès qu'une maladie est devenue assez grave

étant déterminées par le squelette, dans une sous-division, nous pour déterminer une réaction de l'organisme, ou quand elle

avons pu classer, d'une manière générale, la myologie par ré- affecte des organes tels que les vaisseaux, qui peuvent iramc-

gions, les muscles, qui, par leur volume, forment la masse diatement la transporter au loin. Toutefois, il est évident qu'au

principale de l'enveloppe viscérale périphérique ou de l'appareil début d'une maladie, et tant qu'elle est localisée, son étiologie

locomoteur, offrant, par la distinction de leurs groupes syncr- Cst mieux comprise au point de vue du lieu qu'elle affecte et des

giques ou antagonistes, des divisions topographiques fondées modifications qu'elle entraîne clans la texture et les rapports

sur leurs usages en physiologie. L'accord des muscles avec le des parties voisines. Ainsi, une région étant déterminée, l'aîne

squelette, et la délimitation des divers groupes entre eux, ont ou l'aisselle, par exemple, la nature des parties composantes

été complétés par les aponévroses, moyens de séparation et sur- suffit déjà pour mettre sur la voie des maladies spéciales qui

faces d'insertion des muscles; et l'isolement de ces derniers et devront s'y rencontrer: pour les os, les luxations ou les frac-

de leurs tendons s'est effectué par leurs gaines synoviales. tures; pour les vaisseaux, les diverses espèces d'anévrismes;

Les rapports généraux étant établis entre les organes actifs et pour les muscles, les ganglions lymphatiques et le tissu cellu-
passifs de la locomotion, qui donnent aux diverses fractions du laire, les abcès, les infiltrations, les kystes, les diverses tu-
corps la résistance et le volume, il ne s'agissait plus que de meurs; chacune de ces maladies se distinguant par des signes
montrer les liens généraux qui coordonnent les différentes parties propres, et se trouvant modifiée dans ses formes et son extension
d'un même système pour l'exercice des fonctions ; ces agens parla pression des aponévroses, et dans ses complications par
communs sont les vaisseaux et les nerfs logés par faisceaux d'un le nombre et l'agencement des nerfs.

petit volume dans les polyèdres celluleux ou les adossemens des C'est donc là proprement l'application de l'anatomie topo-
muscles. C'est de la réunion de toutes ces parties, de leurs con- graphique à la pathologie. Mais, par extension, c'est dans l'ap-
nexions et de leurs superpositions dans chaque lieu déterminé, plication des moyens empruntés à la thérapeutique chirurgi-
que se compose l'anatomie de régions. cale, ou dans les opérations, que l'anatomie topographique va

Ainsi une région quelle qu'elle soit se compose nécessairement se produire dans sa véritable utilité,
de parties hétérogènes, des os, des muscles, des aponévroses,

des vaisseaux, des nerfs, le tout recouvert par une fraction de TÈTE.
1 enveloppe commune. Pour que la région soit nettement dé-
terminée, il importe que ses délimitations soient bien fixées par C'est surtout en anatomie chirurgicale qu'est importante la
des os et des aponévroses, et que les muscles qui en font partie division de la tête en crâne et en face,
y soient contenus dans leur totalité. Une telle organisation étant

°nnee, on conçoit que la région aurait une signification nette CRANE,
en anatomie et en physiologie ; mais en est-il beaucoup qui

iémussent strictement ces conditions? On n'en compte, au con- Le crâne se partage de chaque côté du plan moyen en cinq

ire, qu un très petit nombre; ce sont celles qui forment les régions : frontale, occipitale, pariétale, temporale, et masloï-

pctitcs cav.tes de la face, nettement circonscrites par le squelette. dienne.

Partout ailleurs les délimitations ne sont jamais si précises RÉGION FRONTALE.

quelles ne renferment un certain ™ u 1 • '

-î u Leitam nombre de parties qui ny

entrent que par fractions ou par l'une de leurs extrémités. Il Situation, délimitation. Située de chaque côté à la région

suffit de la moindre attention pour reconnaître à quel point antérieure du crâne, limitée sur le plan moyen par la suture

cette observation s'applique à un grand nombre de muscles et sagittale, en bas par la racine du nez et l'arcade sourcillière, en

d'aponévroses au tronc et aux membres. Si l'on ajoute que, dehors par une ligne extérieure qui, de l'apophyse orbitaire

pour les vaisseaux, aqueducs ou conducteurs, l'anatomie de externe, monte vers la suture sagittale dans le squelette; en

légion ne peut jamais les considérer que par fractions, sans haut, seulement dans la tête osseuse, par la suture fronto-parié-

soccuper de ce qu'ils étaient au-dessus et de ce qu'ils deviennent taie ; et, dans l'état frais, par un plan vertical fictif passant au

au-c essous, on comprendra combien peu est fondée l'assertion milieu de l'arcade zygomatique.

T. VI.
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