Bourgery, Jean Baptiste Marc; Jacob, Nicolas Henri [Editor]
Traité complet de l'anatomie de l'homme: comprenant la médicine opératoire (Band 8, Text): Embryogénie, anatomie philosophique et anatomie microscopique: Oeufs, développement du foetus, ensemble du système nerveux dans le règne animal, structure intime des tissus généraux, des appareils et des organes — Paris, 1854

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ANATOMIE PHILOSOPHIQUE

ches spontanées, ne procède pas ainsi. Ce n'est pas l'étude de
l'organe qui conduit à la détermination de la fonction, car la
fonction est toujours connue avant qu'on lui ait assigné un
siège.

Elle n'est pas logique, car l'anatomie ne peut donner sur son
organe que des notions géométriques de position, de rapports, de
forme, de volume de masse, mais les propriétés supérieures, bien
que subordonnées, jusqu'à un certain point, aux premières, ne
peuvent nullement en être déduites. Les démonstrations pure-
ment empiriques de cette manière de voir ne nous manque-
raient pas, si c'était le lieu de les exposer ici ; tandis que l'ana-
tomie seule, marchant sans direction et sans but, conduit à des
recherches inutiles et encombre souvent la science de faits
oiseux; la physiologie, au contraire, qui aperçoit une fonction,
en cherche naturellement l'agent et explique alors, par les dif-
férences anatomiques de structure, de volume et de rapport, les
propriétés diverses des organes.

Bien que placés dans des milieux différens, les animaux em-
pruntent à ces milieux la même nourriture fluide ou solide, ils
reçoivent des mêmes circonstances extérieures les mêmes stimu-
lations, soit pour entretenir, soit pour régler leur existence. Au
point de vue de la composition chimique, la constitution géné-
rale des êtres animés est sensiblement identique. La constitu-
tion des alimens vitaux est essentiellement la même dans toute
la série. lies mêmes fonctions organiques se retrouvent partout,
quoique à des degrés de complication divers, et quand nous
arrivons aux fonctions supérieures, à celles qui ont été si long-
temps considérées comme exclusivement propres à l'homme,
l'étude des mœurs et des facultés des animaux les montre encore,
à un esprit dégagé de toute prévention, ^'accomplissant dans
toute la série, quoique avec d'immenses différences de degré,
si nous considérons les extrêmes, mais avec des nuances que
nous pouvons concevoir comme insensibles, si nous en suivons
pas à pas le développement progressif dans l'échelle zoologique.
(Et puisque nous en sommes sur l'anatomie comparée, qu'il nous
soit permis de dire un mot sur la manière dont nous entendons
avec de Blainville l'échelle zoologique. Considérée comme l'ex-
pression d'un fait réel, cette image est une notion inexacte,
considérée comme un moyen de faire l'analyse d'un organisme
quelconque, et c'est là le vrai point de vue auquel l'envisageait
son auteur, c'est un artifice logique d'une grande puissance.)

Quelle que soit l'extrême simplicité par laquelle débute l'orga-
nisation animale, il n'est pas démontré qu'il y ait nulle part
absence de centre nerveux. Du moment qu'un mouvement suc-
cède à une impression, il faut reconnaître que cette liaison de la
sensibilité avec la contraclilité ne saurait être vraiment directe.
Cela suppose nécessairement un organe central, et au sein de cet
organe lui-même, une vitalité intermédiaire qui, affectée par les
sentimens, détermine les actes. Partout il doit s'y mêler un cer-
tain degré d'intelligence qui apprécie les impressions reçues et
juge les réactions convenables.

Sans doute l'automatisme existe dans tous les êtres , les fonc-
tions purement organiques sont soumises à cette loi, mais on
n'est pas fondé à croire qu'il existe jamais seul autre part que
chez les végétaux.

L'individu végétal n'existe pas, c'est une famille d'êtres em-
boîtés, en quelque sorte, les uns dans les autres, se reproduisant
par un bourgeonnement indéfini, et n'ayant de commun que le
tronc primitif, qui leur sert de soutien.

L'animal, au contraire, est un, et cette unité se trouve repré-

sentée par un centre, auquel viennent aboutir toutes les percep-
tions, d'où partent les volontés, de sorte qu'il suffit qu'un seul
point du corps soit atteint par un agent extérieur ou soit sponta-
nément modifié, pour que l'influence s'en fasse sentir dans tout
le reste de l'organisme.

Les impressions produites sur le centre nerveux sont de deux
ordres : ou elles concernent la vie purement végétative, et alors
elles arrivent au cerveau et sont transformées par lui, sans que
l'animal, quel qu'il soit, en ait conscience, ou elles résultent des
rapports de l'animal avec les êtres extérieurs, et alors il y a réel-
lement perception. Mais tantôt le mouvement succédera à la
sensation, sans que les parties intelligentes du cerveau en aient
jugé la convenance et déterminé la mesure, il sera dit alors
instinctif ou réflexe, tantôt, au contraire, l'intelligence, appré-
ciant la sensation, commandera, après délibération, le mouve-
ment qui sera dit réfléchi.

Or, quel que soit l'animal, à quelque degré qu'on le prenne,
comme il est obligé de saisirai! moins sa proie, qu'elle passe à sa
portée ou qu'il aille se mettre à la sienne, comme cette proie
d'ailleurs se présente à lui de mille manières différentes, il faut
bien qu'il modifie en conséquence ses efforts, qu'il les appro-
prie à chaque circonstance nouvelle. Le végétal subit les in-
fluences extérieures, l'animal s'arrange de manière à s'y accom-
moder le mieux possible.

Sans insister plus long-temps sur cette notion, nous voyons
qu'il y a dans les êtres vivans trois ordres de mouvemens :

i0 Les mouvemens anatomiques propres à la vie végétative.

2° Les mouvemens réflexes où l'animalité entre déjà en jeu.

3° Les mouvemens réfléchis où elle développe ses attributs
supérieurs.

La prédominance de plus en plus marquée des seconds sur
les premiers, des troisièmes sur les seconds, réalisée dans les
animaux, constitue une échelle physiologique à laquelle doit
nécessairement correspondre une échelle anatomique exacte-
ment parallèle. Cependant, dégagés cpie nous sommes de tout
optimisme surnaturel, n'allons pas nous faire illusion, la nature
ne comporte en aucun sujet cette perfection idéale, d'autant
moins que les phénomènes sont plus compliqués. Mais là,
comme dans toute autre science, l'esprit humain n'a besoin que
d'une image approchée de ce qui est, aussi simple que possible,
eu égard aux faits observés.

Chacun de ces trois ordres de phénomènes fondamentaux que
nous essaierons plus tard de décomposer, doit donc corres-
pondre à un appareil spécial dans le système nerveux. Puis,
comme ces mouvemens supposent des sensations, il y a un
appareil sensitif.

Enfin , comme entre l'appareil sensitif et l'appareil moteur
certains phénomènes indiquent que la liaison entre la sensation
et l'acte n'est pas purement automatique , il y a un appareil in-
termédiaire dont les opérations succèdent aux perceptions ou
précèdent les mouvemens.

En poursuivant cette analyse, nous savons qu'à une sensa-
tion succède un sentiment, qu'un sentiment éveille ou provoque
un jugement.

L'appareil intermédiaire se décomposera donc en deux appa-
reils secondaires, l'un affectif, l'autre intellectuel.

Enfin, quand un sentiment a éveillé une réflexion, quand la
réflexion a jugé la convenance d'un acte, il reste encore à l'en-
treprendre , et ce sont des facultés nouvelles qui y président,
partout des organes nouveaux qui entrent enjeu.
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