Bourgery, Jean Baptiste Marc; Jacob, Nicolas Henri [Hrsg.]
Traité complet de l'anatomie de l'homme: comprenant la médicine opératoire (Band 8, Text): Embryogénie, anatomie philosophique et anatomie microscopique: Oeufs, développement du foetus, ensemble du système nerveux dans le règne animal, structure intime des tissus généraux, des appareils et des organes — Paris, 1854

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DU SYSTÈME

lenient dans chacun des ganglions , d'autant plus qu'on voit un
insecte décapité continuer à courir, brosser ses ailes, ou même
voler et se remettre sur ses pattes. Cependant, on ne peut voir
dans tous ces faits que des mouvemens purement instinctifs, et
rien qui tienne à l'intelligence. Mais en outre des actes produits
par l'instinct, il y a ceux qu'on ne peut attribuer qu'à l'intelli-
gence, et qui prouvent que les insectes doués de la mémoire des
lieux et des objets qu'ils ont déjà vus, sont capables d'acquérir
et de conserver des idées ; tels sont tous les faits signalés par
Réaumur, par Bonnet, par Huber, etc., sur la vie sociale des
abeilles et des fourmis. Ces actes ne pouvant se produire qu'avec
le concours des organes faisant partie de la tète, il est clair que
l'on ne peut tirer aucune lumière des expériences de décapitation
pour ces insectes; c'est donc en étudiant la structure même du
ganglion sus-cesophagien que nous devons reconnaître si ce gan-
glion est un véritable cerveau , et si cette structure est en rap-
port avec le développement de l'intelligence. »

« Le cerveau des insectes vivans est tellement mou et translu-
cide , qu'on n'en peut bien constater la structure, et même la
forme, qu'après l'avoir consolidé par l'alcool ou par l'essence de
térébenthine, comme l'avait fait Swammerdam. Mais il est essen-
tiel de reconnaître préalablement dans le cerveau frais les carac-
tères de la substance dont il est formé et les enveloppes dont il
est revêtu. Quand on enlève la partie supérieure du crâne d'une
abeille, on ne voit d'abord que du tissu adipeux, des glandes
salivaires, des trachées et des sacs trachéens, qui cachent com-
plètement le cerveau ; en écartant ces tissus, on voit que le sac
trachéen seul tient au cerveau, qu'il entoure de sa double paroi
et qu'il protège comme un coussin rempli d'air. Si l'on essaye de
l'arracher, il se déchire, on enlève seulement sa paroi externe,
qui est plus épaisse et striée comme celle des trachées ; mais il
reste sur le cerveau l'autre paroi beaucoup plus mince qui, fai-
sant l'office de la pie-mère, envoie dans l'intérieur une infinité
de petites trachées, partant du sac trachéen, et ne peut s'enlever
sans déchirement de la substance cérébrale; si on consolide par
l'essence de térébenthine le cerveau ainsi mis à nu, on voit pa-
raître, à la partie supérieure, des circonvolutions régulières. Si
on enlève la membrane trachéenne et la substance pulpeuse ou
corticale, qui masque ordinairement ces circonvolutions, on finit
par les voir tout à fait à nu, et l'on reconnaît qu'elles appartien-
nent à une substance interne, plus blanche et plus consistante,
qui correspond au noyau de substance blanche du cerveau des
vertébrés. Chez les ichneumons, les circonvolutions forment de
chaque côté une masse continue, ovoïde; chez les abeilles , les
sphex, les guêpes, les fourmis, etc., les circonvolutions forment
deux paires de disques gauchis et repliés, dont le bord est sail-
lant et renflé comme un bourrelet souvent multiple, et dont l'aire
ou la partie centrale est élégamment radiée par des stries ou la-
melles partant du centre comme dans un polypier lamellifère.
Ces disques varient d'ailleurs beaucoup , et par l'épaisseur du
bourrelet, et par le rapprochement des bords opposés. Chez les
criquets, il n'y a qu'un seul disque convexe dans chacun des
lobes qui porte le nerf du stemmate latéral. »

« Si l'on continue à enlever la substance pulpeuse ou corticale,
on finit par isoler les corps auxquels appartiennent exclusive-
ment ces disques ou ces circonvolutions que l'auteur nomme
corps pédoncules. Ils sont symétriquement placés à la partie su-
périeure du cerveau et se composent d'un pédoncule épais et
court, bifurqué en bas pour se terminer par deux tubercules,
et portant en haut les disques radiés qui rappellent ainsi, par

T. VIII.

NERVEUX. 109

leur forme et par leur insertion, certains champignons ou la
fructification des lichens. Des deux tubercules, l'un, dirigé vers
le tubercule correspondant de l'autre corps pédoncule, paraît
destiné à mettre en rapport les deux moitiés du cerveau; l'autre
tubercule, dirigé en avant, et recouvert seulement par la double
memhrane trachéenne, correspond à cette partie du crâne où les
fourmis se touchent mutuellement avec leurs antennes, pour se
transmettre les indications nécessaires au service de la colonie ;
il est donc vraisemblable que ces tubercules sont destinés à per-
cevoir certains éhranlemens immédiats; c'est comme une modi-
fication du sens de l'ouïe. Les antennes ont aussi un tube par-
ticulier contenant une petite masse de substance blanche de
forme bien déterminée.

« Toutes ces masses, indépendantes, ne peuvent recevoir que
par l'intermédiaire de la substance pulpeuse corticale les sen-
sations transmises par les nerfs; aucune fibre ne se continue des
unes aux autres. Les nerfs s'enlèvent en même temps que la
membrane trachéenne qui paraît se continuer avec leur névri-
lemme.

« Ces parties, qui paraissent plus spécialement en rapport avec
les facultés intellectuelles, sont plus ou moins enveloppées
par la substance pulpeuse qui seule existe chez les insectes
auxquels on ne peut reconnaître d'autres facultés que l'instinct,
et qui seule aussi constitue les ganglions du thorax et de l'abdo-
men. Plus l'intelligence prédomine sur l'instinct, plus le volume
des corps pédonculés tend à devenir considérable. Ainsi dans
l'abeille les corps pédonculés forment la 5mc partie du cerceau
et la o,5omc partie du volume total du corps, tandis que dans le
hanneton ils sont moindres que i /33ooo".

« Dans la fourmi neutre, dont le corps, sans ailes, sans organes
sexuels et réduit pour ainsi dire à sa plus simple expression, est
protégé par un tégument solide contre l'exhalation et n'a presque
pas de besoins individuels, la substance pulpeuse du cerveau a
presque disparu, et ce n'est pas sans étonnement que l'on voit
chacune de ses parties isolées, dans le tégument trachéen, comme
autant de petits cerveaux distincts; aussi trouve-t-on ici que
l'ensemble des parties blanches représente la moitié du cerveau,
lequel est la 28Gme partie du corps, iG milhm. cubes. »

De ces faits et des observations du même genre qu'il a faites
sur de nombreuses espèces, l'auteur conclut:

« i° Que chez certains animaux articulés il existe un véritable
cerveau, dont la structure et le volume sont en rapport avec le
développement des facultés intellectuelles.

« 2° Que ce cerveau contient des corps symétriques de forme
complexe, bien déterminés, les corps pédonculés , lesquels sont
entourés d'une substance corticale pulpeuse, d'autant plus
abondante que l'instinct tend à prédominer sur l'intelligence.

« 3° Enfin, la même substance pulpeuse, qui existe seule chez
les insectes qui paraissent n'avoir d'autres facultés que l'instinct,
constitue aussi les ganglions du thorax et de l'abdomen, lesquels
doivent régir et coordonner les actes purement instinctifs. »

Quant à la structure intime des nerfs, on les voit dans tous les
embranchemens des insectes composés de fibres primitives et de
corpuscules, quelquefois énormes comme dans lescrustacés, quel -
quefois très finscomme dans les arachnides. Les fibres nerveuses,
enveloppées d'un névrilemme quelquefois très apparent, prennent
naissance dans les ganglions; les nerfs ont pour la plupart une
double origine, l'une dans les fibres longitudinales des cordons
médullaires, l'autre dans les fibres transverses des ganglions^
sauf pour le ganglion céphalique où cela n'a pas lieu.

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