Bourgery, Jean Baptiste Marc; Jacob, Nicolas Henri [Editor]
Traité complet de l'anatomie de l'homme: comprenant la médicine opératoire (Band 8, Text): Embryogénie, anatomie philosophique et anatomie microscopique: Oeufs, développement du foetus, ensemble du système nerveux dans le règne animal, structure intime des tissus généraux, des appareils et des organes — Paris, 1854

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DU SYSTEME NERVEUX. 111

pour ne plus laisser subsister d'abord que les instincts les plus
grossiers, qui paraissent seuls être compatibles avec le degré de
température habituelle du poisson et du reptile; celles-ci passent
à leur tour, avant que les phénomènes qui tiennent à la conduc-
tibilité aient cessé. Enfin, la nutrition peut encore persister dans
lé système après la disparition des propriétés supérieures.

Il en est de même pour le système musculaire, dont la con-
tractilité animale commence par se perdre bien avant que les
actions organiques l'aient abandonné. Quant au système cel-
lulaire dont le rôle se réduit au seul mode végétatif, il persiste
encore après la disparition des deux autres, comme semble le
prouver la pousse des poils et des ongles après la mort.

Cette nécessité d'une certaine chaleur, différente pour la ma-
nifestation des diverses facultés vitales, se trouve suffisamment
réalisée dans la série zoologique, où nous voyons les fonctions
animales supérieures de chacun des grands systèmes généraux de
l'économie ne se développer qu'avec l'élévation de la température
générale de l'être.

Chez le poisson, la contractilité musculaire est presque cons-
tamment en jeu , mais la locomotion dans un milieu liquide
n'exige qu'une faible dépense de forces.

Chez le reptile, ces actions contractiles sont parfois très éner-
giques, mais elles ne sont que momentanées, et la torpeur ne
tarde pas à suivre un instant d'activité.

Dans les animaux à sang chaud, au contraire, toutes les pro-
priétés animales supérieures atteignent leur plus haut degré de
développement. Mais il y a entre elles une sorte de balancement
en rapport avec le milieu habité.

Chez les oiseaux, la nécessité de déployer de grands efforts
pour se maintenir dans l'air, donne à la contractilité muscu-
laire sa plus haute puissance; aussi, la température générale
dépasse-t-elle celle de tous les autres animaux, et le système
nerveux locomoteur conserve encore un volume relatif, qui
semblerait contradictoire avec les principes généraux de la hiérar-
chie animale^ si on ne lui considérait pas précisément cette des-
tination de se trouver en rapport avec une musculation plus
énergique que dans tout autre être.

Les mammifères se trouvent dans un cas précisément inverse.
Ayant besoin de dépenser moins de forces pour leur locomotion,
et revêtus, d'ailleurs, d'une épaisse couche de graisse ou de poils,
l'activité organique suffit pour maint enir la température au niveau
constant nécessaire pour l'exercice de leurs fonctions supérieures,
dont l'appareil correspondant l'emporte alors de beaucoup sur
celui qui préside à la locomotion.

Les facultés intellectuelles sont évidemment rudimentairesdans
toute la classe des poissons. Mais tout ce qui tient à la satisfaction
de l'appétit a reçu un développement considérable. Des mâ-
choires, en général fortement armées, un appareil digestif d'une
grande puissance, servent merveilleusement cet instinct.

Les sens de l'odorat, de la vue et de l'ouïe, toujours ouverts
aux impressions extérieures, ont une grande perfection. Le goût
est à peu près nul.

L'existence dans le milieu liquide détermine encore la forme gé
néraledu corps, qui s'allonge en même temps que les membres dis-
paraissent, et qui devient presque l'unique organe de locomotion.

Nous retrouverons le même fait dans les mammifères et les
reptiles aquatiques et amphibiens, sur lesquels on peut suivre
toutes les transitions de la diminution successive des membres
jusqu'à leur disparition complète.

Cette considération du milieu et des lois physiologiques gé-

nérales qui déterminent l'existence d'un être organisé, permet
donc de concevoir à priori quels sont les phénomènes de la vie
dans l'animal aquatique à température variable, et l'organisa-
tion qui sera plus ou moins adaptée à la manifestation de ces
phénomènes.

Chez le poisson, le besoin de réparer les pertes incessantes de
chaleur enlevée par l'eau environnante déterminera une vora-
cité habituelle et insatiable. Le besoin de se nourrir absorbe
en effet chez lui tous les autres instincts, même celui de la
conservation individuelle. Les harengs, par exemple, dont les
bandes innombrables sont toujours escortées de beaucoup d'à u très
animaux qui en font leur proie, ne paraissent faire aucun effort
pour s'y soustraire. Les instincts sexuels se réduisent à dépures
sensations viscérales, car l'accouplement n'a lieu que chez un
très petit nombre d'entre eux. L'instinct maternel y est com-
plètement inconnu, et son absence, du reste, se trouve en rap-
port avec leur prodigieuse fécondité.

Le système nerveux se trouve adapté à ces diverses manifes-
tations et les représente statiquement. Quand le sens de l'odorat
est plus utile, comme dans la raie, il y a de gros nerfs olfactifs
et des lobes antérieurs très volumineux ; quand la vue est plus
nécessaire à l'animal, comme dans la morue, les lobes antérieurs
deviennent plus petits ; les nerfs olfactifs décroissent dans le
même l'apport, mais les yeux sont plus larges, les nerfs op-
tiques plus volumineux, et les parties du cerveau d'où ils tirent
leur origine plus développées comparativement.

Quand des phénomènes particuliers viendront se surajouter à
l'organisme, pour des moyens de défense, ou pour les néces-
sités de l'attaque, comme dans la torpille, nous trouverons des
organes nouveaux, recevant des nerfs dont l'origine répondra à
des ganglions nouveaux dans l'encéphale, de sorte que l'harmo-
nie générale de l'organisation devient d'autant plus manifeste
qu'on arrive à des êtres plus élevés. Cependant quoique toutes
les parties soient bien reliées au centre commun, ce cpie nous ne
trouvons qu'à un degré beaucoup moindre dans les invertébrés,
leur dépendance mutuelle n'est pas telle que la vie ne puisse con-
tinuer encore pendant assez long-temps dans les parties sépa-
rées du tronc, ce qui indique que le rôle des actions réflexes est
encore prédominant dans un tel organisme.

Nous allons voir en effet l'étude du système nerveux con-
firmer ces indications dynamiques.

Si nous faisions l'étude des êtres, nous chercherions vaine-
ment dans la nature des types pour servir de passage des inver-
tébrés aux animaux pourvus d'un squelette intérieur articulé.
Nous serions obligé, d'après la conception de Blainville, de les
créer de toutes pièces. Mais la série ascendante des perfection-
nemens d'un appareil spécial nous présente beaucoup moins de
lacunes, surtout quand cet appareil, comme le système nerveux,
est indispensable à l'organisme. Nous avons vu en effet, la chaîne
nerveuse des insectes se contracter d'autant plus, soit transver-
salement, soit dans le sens longitudinal, que l'animal était plus
élevé, soit dans la série, soit dans les âges successifs de son déve-
loppement individuel. Faisons un pas de plus, supposons les
ganglions suffisamment rapprochés les uns des autres, pour
qu'on n'aperçoive plus entre eux de commissures longitudinales,
mais seulement des étranglemens indiquant la séparation des
divers centres, et nous aurons le système nerveux du dernier des
vertébrés, de l'amphioxus.

L'importance que le petit poisson a acquise dans ces derniers
temps parmi les zoologistes, nous fait un devoir d'extraire d'un
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