Fontane, Charles
Un maître de la caricature - And. Gill: 1840 - 1885 (Band 2) — Paris, [1927]

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ANDRÉ GILL

Ala redingote de bronze du buste d'André Gill dressé sur son tom-
beau, le sculpteur, avec sa sensibilité de femme, a ménagé une
boutonnière pour qu'on y mette un de ces gentils bouquets dont
il aimait tant à se parer. Vous avez pensé, mon cher Fontane, — et sans
doute, pour ce que l'artiste qui eut cette intention, me fut une chère com-
pagne, — qu'il me serait particulièrement agréable de fleurir, sur votre
beau livre, qui est d'une technique décorative aussi impeccable que votre
texte, la boutonnière de bronze du maître que vous ressuscitez.

La génération qui a suivi la mort d'André Gill n'a retenu de sa popu-
larité qu'un écho affaibli et recueilli quelques bribes de la triste légende
de la lente nuit, aux heures fugitives et cruelles, qui ensevelit vivant
l'admirable artiste. Mais il est demeuré, en la mémoire des contempo-
rains de sa jeunesse radieuse, avec son relief puissant de beau gars et de
beau maître, le Juvénal sans fiel du trait dessiné, aux pamphlets en
images qui soulevaient, dans la foule, plus de rires encore que de colère.
Il l'amusait pour son talent habile à ruser avec une autorité sourcilleuse
des libertés que prenait à ses dépens le crayon du satiriste. Il ne réussissait
pas toujours à échapper au brutal veto des gouvernants. Le dessin était
interdit. Une annonce au public, sèche et prudente, le remplaçait dans le
cadre du journal et la déception qu'on en éprouvait était moins préjudi-
ciable à l'artiste qui l'avait subie qu'à ceux qui l'avaient ordonnée. Et
l'image interdite pouvait n'être qu'un melon, innocent et débonnaire.

Dans un ouvrage comme celui-ci, où rien n'est omis de ce qui fait
revivre l'œuvre et la personnalité d'André Gill, défilent, sous nos yeux,
quelques-unes de ces charges séditieuses, et nous demeurons stupéfaits
de l'effroi qu'elles avaient pu soulever chez les censeurs. Quelle fragilité
était celle de ces pouvoirs successifs, colosses au pied d'argile, pour trem-
bler de ces images d'une verve si spirituelle et si décente, d'une ironie si
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