Fontane, Charles
Un maître de la caricature - And. Gill: 1840 - 1885 (Band 2) — Paris, [1927]

Page: 13
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**** ANDRÉ GILL ** 13 **

« En effet, et je ne saurais trop le répéter, Monsieur le Minist re, car c'est une lacune ou
une anomalie législative : — Pourquoi la pensée imprimée arrive-t-elle, sans entrave, jus-
qu'aux lecteurs, quand la pensée dessinée se trouve soumise à une censure qui l'enlève
arbitrairement au jugement du public, et, de plus, à la responsabilité devant la loi?...

« Passant de la thèse générale à mon cas personnel, j'ajoute : — Lorsque, par deux fois,
j'ai traduit minutieusement, avec la plume, ce que le censeur du crayon m'interdisait de
publier; pourquoi cette traduction, parue dans l'Eclipsé, ne lui a-t-elle pas attiré les
rigueurs compétentes, si l'idée du dessinateur, expliquée par le rédacteur, était réellement
séditieuse ou immorale?

« A ce propos, Monsieur le Ministre, j'invoque votre impartialité : En quoi mon dernier
dessin interdit, intitulé Pile et Face, était-il assez... subversif pour mériter sa mise à l'In-
dex? Il symbolisait le récent conflit entre un prélat très connu et un philosophe distingué,
conflit dont presque tous les organes de la publicité se sont occupés, — et plusieurs avec
beaucoup moins de ménagements que le dessinateur de l'Êclipse. En effet, pour ne pas
offrir aux regards un costume considéré vulgairement comme sacré, M. Gill avait remplacé
la charge d'un des deux personnages réels, par la silhouette typique de Basile.

« Remarquez-le bien, Monsieur le Ministre : toutes les suppressions qui frappent ma
publication illustrée, s'adressent à des sujets où sont pris à partie les ennemis de l'état de
choses que vous servez; — et je défie de prouver que les dessins condamnés outrepassent
les immunités de la caricature, cette comédie du crayon, cette forme essentiellement fran-
çaise de corriger les mœurs et les hommes par le rire ou le ridicule.

« Hier, c'était l'intolérance cléricale qu'on nous défendait de railler; la semaine pré-
cédente, il s'agissait de rendre inviolables pour nous les prétentions du parti orléaniste;
enfin, depuis plus de six mois, je sollicite vainement la levée du veto ayant trait à une
charge de l'homme de Sedan, — si justement flétri, en toute occasion, par M. le président
de la République française, — charge qui représente l'auteur des désastres de la France,
essayant de se jucher sur la colonne brisée de Napoléon Ier

« Si je réclame contre ces décisions arbitraires, — l'intermédiaire officiel qui me les
communique répond qu'elles parlent de haut lieu, et qu'à M. Thiers en personne remonte
leur responsabilité!

« N'esl-il pas plus que déplacé, de mêler ainsi le respectable chef de l'État à de pareilles
tracasseries? — et de le montrer descendant de ses hautes et patriotiques occupations,
jusqu'à persécuter un infiniment petit du journalisme comme l'Éclipsé.

« Non, Monsieur le Ministre, ni l'éminent président de la République, ni vous, son libé-
ral coopérateur, vous n'entrez pour rien dans ces procédés impérialistes dont j'ai à me
plaindre.

« C'est aux rancunes occultes des séides du passé, des caméléons du présent, que
l'Éclipsé demande à se soustraire :

« L'Eclipsé, journal républicain et patriote, proscrit en Alsace-Lorraine, malgré son
intimité, par l'envahisseur prussien, journal tout dévoué en outre à l'essai sincère de ce
grand homme d'État qui a nom M. Thiers : — l'Eclipsé que d'obscurs agents, d'infidèles

1. Voir le n° 176.
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