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Le Journal d'Abou Naddara = Abū Naẓẓāra = The Man with the Glasses = garīdat abī naẓẓāra = The Journal of the Man with the Glasses = Journal Oriental Illustré — Paris, 1885

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— Tewfick : C’est bien cher, monsieur l’hôtelier de Shepherd, c'est horriblement cher! — L’Hôtelier : Ce ne était pas mon faute. Pourquoi
les hôtes ottomans de Votre Altesse, eux, n’ont-ils voulu manger que de la couisine française ? La couisine française, chez moa, elle payait double. —
Tewfick : Pourquoi? — L’Hôtelier : Parce que elle était une houmiliation pour l’Angleterre! — Tewfick : Laissons cela. Dites-moi, monsieur
l’hôtelier, est-il possible, par Allah, que Méhémet-Pacha et sa suite aient mangé tant de chateaubriands, tant de poulets à la Chasseur et à la Marengo,
bu tant de bouteilles de Champagne et de verres de liqueurs? Je suis ruiné, je suis ruiné, je suis ruiné! — Abou-Nadarrah (à part) : O honte! Cet
arrière-petit-fils de Méhémet-Ali se lamente plus sur la note d’un restaurateur qu’il ne l’a fait sur l’avilissement de son trône. Que diras-tu donc, toi,
mon pauvre fellah qui, en fin de compte, seras celui qui paieras l’addition!

BULGARES ET EGYPTIENS

C’est entendu, un nouveau démembrement de la Turquie,
démembrement anodin, il est vrai, va avoir lieu. L’Europe
entière, à cette heure, approuve hautement ce qu’a fait le
prince Alexandre de Battenberg,- elle absout la révolution de
Philippopoli, ettrouve admirable que l’armée rouméliote, après
avoir chassé son gouverneur ottoman, soit allée se joindre, en
dépit des stipulations formelles du traité de Berlin, à l'armée
bulgare proprement dite.
— « C’est notre devoir, dit l’Europe, par la voix de ses
hommes d’Ètat et de ses journaux, d’adhérer au vœu des Hou-
méliotes demandant à être réunis aux Bulgares, pour former
ensemble un seul et grand royaume. Nous n’avons pas deux
poids et deux mesures, et de même que nous avons approuvé
et aidé l’émancipation des Serbes, des Monténégrins et des
Grecs, de même nous sommes tenus, pour être logiques avec
nous-mêmes, d’approuver l’émancipation des Bulgares, et de

l’aider autant qu’il nous sera possible, sans jeter tout-à-fait v.
bas l’Empire Turc. »
Je le veux bien, et Allah m’est témoin que je ne suis parti-
san de l’oppression d’aucun peuple : mais, en entandant parler
ainsi les hommes d’Ètat et les journaux d’Europe, je ne puis
me défendre d’un douloureux rapprochement.
Qu'ont-ils donc fait ces heureux Bulgares, pour que l’Eu-
rope prenne ainsi intérêt à leur causé? Quel est leur passé et
qui sont-ils ? Ce sont des tribus slaves — et non des meil-
leures — chassées jadis des bords du Volga et refoulés succes-
sivement jusqn’à la mer d’Azow, et la mer Noire. Ils ne sont
mentionnés pour la première fois dans l’histoire qu’à cause de
leurs excursions, et de leurs pillages dans l’Empire grec. A
trois reprises,-ils essaient de fonder des royaumes rudimentai-
res, et, à trois reprises, ces royaumes s’écroulent en laissant
tour à tour les Bulgares sous la domination des Avares, des
Grecs et des Turcs. Du reste, comment ces royaumes auraient-
ils duré avec des populations à qui l’on n’a jamais connu de
lois, féroces, abandonnant l’agriculture aux femmes, et ne
 
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