Revue égyptologique — 9.1900

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Nota.

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NOTA.

Je tiens à dire que je n'admets en aucune façon la dernière conclusion de mon
distingué collègue M. Lefébure, ni les arguments dont il se sert pour l'appuyer.

J'ai démontré, dans mon étude sur le papyrus Anastasi n° 6, que les données de la
Bible, tant sur la mort subite du Pharaon de l'Exode (Ménéphta) que sur la famille qui
sévissait dans la région du Sinaï quand les Hébreux firent l'Exode, sont absolument con-
firmées par ce document contemporain. La nouvelle stèle de Ménéphta relative à Israël
prouve aussi le synchronisme qu'avaient depuis longtemps établi E. de Rougé, Chabas, etc.
d'après une foule de preuves indiscutables : le si long règne de Rarnsès II correspondant au
long règne du Pharaon qui, selon le livre sacré, a élevé Moïse; la ville de Ramsès qu'on
était en train de construire (et dont le pays n'est cité sous ce nom par Moïse que par
anticipation à propos de Jacob); les données des papyrus de cette époque qui montrent les
Aperiu se livrant par ordre du roi aux travaux décrits par la Bible et subissant le traitement
qui y est indiqué, etc. etc.

Comme Lefébure d'ailleurs, je crois à l'assimilation qu'a faite Chabas entre les Aperiu
et les Hébreux — ce qui ne m'empêche pas d'admettre avec Chabas que des Aperiu aient
pu se trouver encore en Egypte même après l'Exode. Les Aperiu ou Hébreux sont, en effet,
un genre ethnique dont Israël, ou les béni-iacob et les béni-ioseph, constitue une espèce. Ce sont
les gens d'au-delà, c'est-à-dire le groupe sémitique dont les juifs faisaient partie. Comme
Lefébure aussi je crois qu'il y a eu plusieurs exodes. Ainsi une partie des Israélites, des
béni-iacob et des béni-ioseph, pour nous servir de la distinction primitive entre les deux
tribus représentées par Joseph, pénétré le premier en Egypte, et ses frères venus en
second lieu avec leur père, une partie, dis-je, de ces béni-iacob et de ces béni-ioseph
dont de Rougé et Groff ont tant parié, était retournée en Palestine sous la XVIII0 dynastie,
puisqu'ils ont été ramenés en captivité sous Thoutmès III.1 Peu avant le principal Exode
de leurs compatriotes, c'est-à-dire du temps de Moïse2 et de Ménéphta (l'un des premiers
successeurs de Sethos ou Séti nommé peu auparavant par le chroniqueur), certains autres
Israélites auraient fait de même en s'unissant aux restes des Pasteurs, si l'on en croit
Manéthon qui, à ce propos, confirme expressément le synchronisme visé plus haut.

Quant aux données de Clément d'Alexandrie sur la date sothiaque de l'Exode d'après
la chronologie qu'il s'était faite, il n'y a pas, je pense, à en tenir compte.

Restent, d'une part, la doctrine de Lefébure sur l'immutabilité de l'année vague et,
d'une autre part, ses calculs assez compliqués sur la chronologie hébraïque, la durée des
Juges (sur laquelle on ne possède aucun renseignement précis), les chiffres du livre des

1 Notons que dans l'intervalle qui sépare cette époque du principal Exode, les Israélites ne paraissent
pas avoir eu d'établissements en Palestine. La correspondance cunéiforme de Tell el-Amarna entre les
chefs de ce pays et les derniers Aménophis n'en fait nullement mention.

2 Selon Manéthon, Moïse, avant d'avoir pris la direction de la lutte contre Ménéphta, aurait été prêtre
d'Héliopolis (alors que sans doute Eamsès II le faisait élever).
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