Texier, Charles
Description de l'Asie Mineure: faite par ordre du gouvernement français en 1833 - 1837 ; beaux-arts, monuments historiques, plans et topographie des cités antiques (Band 3) — Paris, 1849

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MILO.

Le port de Milo, entouré de tous côtés par des montagnes volcaniques, est un des
plus beaux et des plus sûrs de l'Archipel. Les matelots ne manquent jamais
de profiter de la relâche pour faire une provision de pierres ponces qui leur servent,
à polir le pont et les escaliers du navire, opération qui entretient cette propreté
admirable que Ton remarque à bord des bâtiments de l'Etat. JNous profitâmes des
quelques heures de relâche pour monter au village, que les Grecs appellent Castro,
et auquel les marins provençaux ont donné le nom de Sixfours, à cause de sa ressem-
blance avec le village de ce nom aux environs de Toulon. Toute la route depuis le port
jusqu'au sommet est tracée au milieu d'un terrain volcanique grisâtre, composé de
pierres ponces dans lesquelles se trouvent des morceaux d'obsidienne noire. On confondrait
facilement ce terrain, au premier aspect, avec la craie des environs de Paris, parsemée de
rognons de silex. Toute l'île n'est qu'un vaste volcan couvert de scories; les arbres y sont
rares et le sol très-aride. Sur la côte Sud, on remarque des bains d'eau thermale et des
gisements de soufre assez considérables. L'église de Castro, qui a été sauvée par miracle
des ravages que l'île a soufferts, est un monument antérieur au quinzième siècle. On entre
dans l'intérieur par l'extrémité du narthex. Le canguélon, appelé aussi iconostasis, sorte de
boiserie qui sépare la nef du chœur, est orné de tableaux de style byzantin et très-bien con-
servés. Malgré le caractère d'antiquité que présentent ces figures, je ne les regarde pas
comme antérieures au xve siècle. On ne peut pas juger de l'art byzantin par la marche
qu'a suivie la peinture dans nos contrées. Le style religieux est toujours resté station-
naire en Orient, et l'école russe fait encore des peintures dans le style grec, imitées au-
tant que possible des peintures des xne et xnie siècles. Les peintres grecs emploient
beaucoup la peinture à la cire. Uien d'ailleurs ne donne à un tableau un vernis d'anti-
quité comme un fond d'or avec des inscriptions, et recouvert d'une couche de gomme
laque. Les peintures des églises byzantines se font particulièrement remarquer au can-
guélon : c'est à peu près le jubé de l'église latine.

Les antiquités de Milo offrent un fort médiocre intérêt. Il n'y a pas un seul débris de
la belle époque de l'art. Le théâtre, qui a été complètement fouillé par ordre du roi de Ba-
vière, a produit peu de fragments intéressants; la scène a été entièrement reconstruite
par les Romains; les fragments sont de l'époque des Antonins; les gradins aussi, je pense. 11
n'y a de premier style que la cavea et les deux murs de soutènement que les Grecs appe-
laient Analemma. Une portion des murailles de l'ancienne Mélos, avec une tour attenante,
et en dehors des murailles, des grottes taillées dans le tuf volcanique, voilà tout ce
que les habitants montrent de leur ancienne ville. Néanmoins, l'ile de Milo est toujours
célèbre parmi les antiquaires, par les nombreux et riches bijoux que l'on trouve
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