Texier, Charles
Description de l'Asie Mineure: faite par ordre du gouvernement français en 1833 - 1837 ; beaux-arts, monuments historiques, plans et topographie des cités antiques (Band 3) — Paris, 1849

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( 5. )

THESSALONIQUE

Y.

LA RADE, LE FLEUVE VARDAR, ASPECT GÉNÉRAL DE LA VILLE.

Le golfe Saronique se recourbe vers Test à son extrémité, et forme un admirable port
naturel, dans lequel une flotte entière peut faire ses évolutions. La ville de Thessalonique,
appelée aujourd'hui Salonique, est bâtie dans une petite anse formée vers la partie moyenne
de cet enfoncement. Nous fîmes route une partie de la journée pour gagner le mouillage.
Sur la gauche, toutes les terres sont extrêmement basses, et dépassent à peine le niveau des
eaux. Ce sont d'immenses atterrissements, formés par la rivière de Vardar, qui descend des
hautes montagnes de la Macédoine. Elle reçoit les eaux des innombrables torrents qui
fertilisent ces vallées, de sorte qu'au moment de la fonte des neiges, tous ces ruisseaux
grossis forment un fleuve impétueux qui charrie des troncs d'arbres et des terres. Aussi
toute la campagne environnante, submergée pendant plusieurs mois, est-elle excessive-
ment malsaine pour les habitants. Tous ces marécages, se desséchant au commencement
de l'été, exhalent des vapeurs pestilentielles qui engendrent dans le pays des fièvres
endémiques. Ces maladies, renouvelées chaque année, contribuent bien plus que la peste
à la dépopulation. Le territoire atteint par ce fléau est d'environ 3o lieues carrées,
et s'étend jusqu'aux contre-forts inférieurs de l'Olympe; mais quoique les terres salu-
bres ne manquent pas aux cultivateurs, la fertilité de ces marais attire toujours des fa-
milles de pasteurs, qui peuplent un certain nombre de villages. L'embouchure du Var-
dar est couverte de forêts de roseaux où habitent des myriades d'oiseaux aquatiques, de-
puis le phénicoptère aux ailes flamboyantes, jusqu'aux nombreuses familles de sarcelles
et de plongeons.

Le Vardar joue à Salonique le rôle de l'Hermus dans le golfe de Smyrne. Les sables
qu'il charrie depuis des siècles ont formé, de ce coté de la rade, des bas-fonds de vase
molle, où les navires vont souvent s'échouer. Du côté de la baie, il y a quelques roches;
de sorte que les bâtiments doivent bien tenir le milieu pour aller mouiller vers la pointe
orientale de la ville, en vue de la tour dite des Janissaires. C'est là que tExpéditwe jeta
l'ancre par neuf brasses d'eau; et comme le fond n'est que de vase, le capitaine fit
mouiller une seconde ancre et filer soixante brasses de chaîne. Nous étions loin de l'é-
chelle et de la porte la plus fréquentée de la ville, mais de ce coté il n'y a de l'eau que
pour les barques. Je fus surpris de la solitude qui régnait dans ce port, jadis rival de
celui de Smyrne.

Pour tout bâtiment de guerre, le pacha n'avait là qu'une goélette de dix canons.
Quelques bateaux grecs étaient les seuls bâtiments de commerce.
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