Texier, Charles
Description de l'Asie Mineure: faite par ordre du gouvernement français en 1833 - 1837 ; beaux-arts, monuments historiques, plans et topographie des cités antiques (Band 3) — Paris, 1849

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TR ALLES.

La ville moderne de Guzel-Hissar porte aussi le nom d'Aïdin, qui est celui d'un émir
compagnon d'Orcan, auquel cette province échut en partage. Elle est située à huit lieues
de Nozli, qui est dans la plaine à la hauteur de Nyssa. Située sur le penchant du Messogis,
traversée par une rivière rapide qui descend de la montagne, la topographie de cette
ville répondait assez au caractère de celle de Magnésie du Méandre, pour avoir trompé
d'habiles explorateurs anglais. Pocoke et Chandler ont tour à tour placé l'ancienne Ma-
gnésie du Méandre à Guzel-Hissar, de sorte qu'ils se sont trouvés dans la nécessité de
placerTralles à Sultan-Hissar, et, pour retrouver l'emplacement de Nyssa, ils étaient con-
traints de prendre un quartier même de la ville. M. Barbier du Bocage, en comparant
les distances, avait depuis longtemps rectifié cette erreur, quand la découverte de Ma-
gnésie vint donner une preuve de plus de la sagacité du géographe français. Des ins-
criptions portant le nom de Tralles ont été aussi découvertes à Guzel-Hissar ; il n'y a donc
plus de doute aujourd'hui sur l'identité de ces deux villes. Tralles était située à l'ouest
de Magnésie et sur le bord même de la plaine du Méandre. D'après Strabon , cette ville
fut fondée par des Argiens, accompagnés de quelques Thraces; elle en reçut le nom
de Tralles, qui était celui d'une de leurs tribus (2). Toute cette plaine du Méandre était com-
mune aux Lydiens, aux Cariens et aux Ioniens. Il est peu de places qui aient été con-
nues sous des noms plus divers. Elle fut appeléeErimna, qui veut dire fortifiée; Charax,
quiala même signification; Anthia ou Euanthia, c'est-à-dire fleurie; Seleucia, Antiochia,
l)ia et Larissa. La cité même, c'est-à-dire les quartiers où étaient situés les principaux
établissements publics, se trouvait sur un plateau assez vaste, élevé de plusieurs centaines
de mètres au-dessus de la plaine. Le plan de la ville avait la figure d'un trapèze.

Quoique, depuis plusieurs siècles, l'antique cité de Tralles ait servi de carrière pour
la construction de Guzel-Hissar, il reste encore de nombreux débris de ces magni-
fiques édifices, et chaque jour les fouilles mettent à découvert quelques rares frag-
ments de sculpture grecque, qui sont convertis en chaux ou mutilés par les oisifs. Le pla-
teau où sont les ruines est à l'ouest de la ville moderne; il en est séparé par quelques
champs d'oliviers, qui étaient sans doute occupés par les habitations. Le théâtre est ap-
puyé sur le penchant de la montagne, et son grand axe fait face à la plaine. On découvre
de là un magnifique panorama, qui s'étend à gauche jusqu'aux montagnes de la Carie,
et à droite jusqu'au mont Latmus, au pied duquel était la \il\e d'Héraelée. De la si-
tuation constante des théâtres sur des lieux hauts, la plupart des voyageurs, et même des
hommes qui ont écrit spécialement sur cette matière, ont imaginé que les anciens re-

(I> Strabon, liv. XIV, p. 64g-
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