L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 1,2.1899

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L'ART DÉCORATIF

génier A d&orer une surface, comrne nous faisons
depuis Philibert De Lorme.
Et queiles décorations! On n'y sort de lA
morne banalité des faux pilastres ioniques,
corinthiens, conrposites, de l'ennui des frontons
de baies proposant une rangée de triangles à notre
admiration, que pour tomber dans le solécisme
saugrenu des cleis de fenêtres transformées en
mascarons grimaçants (qu'est-ce que ces têtes-là
peuvent bien faire à cette piace?). Puis, comme
î'erreur engendre herreur, ce système de décor
parasite, conséquence forcée d'un point de dëpart
faux, s'étend à chaque dëtaii. Des consoies,
dont une ou deux côtes et quelques creux onc-
tueusement modeiés (comme on en voit de jolis
exemples dans les deux façades de M. Schoell-
kopf) sufhraient à faire des formes exquises,
une caresse pour l'œii, sont au iieu de ceià,
entortiliées de couronnes sur lesqueiles on cherche
d'instinct ies inscriptions Dt mon époux»,
xà notre tante», à moins qu'ii n en surgisse
une mënagerie de iions de l'Atlas. Ceià s'appelie
donner l'expression. L'expression de quoi?
Avec le principe de «la masse modeiée»
(aux choses nouvelles il faut des rnots nou-
veaux), i'architecture retrouve la source de
ses procëdës natureis, et ces aberrations se
suppriment d'elies-mêmes. L'organe accessoire
nait comrne d'une poussée de la rnasse prin-
cipaie. Où commence-t-ii? on ne ie sait au
juste. Tout s'arrondit, se fond, s'adoucit sans
émascuiation ni mièvrerie. Ceci s'observe dans
la rnaison construite par M. Ch. Piumet, rue
Tocqueviiie, reproduite dans le n° ) de f
ie mode de naissance des consoles,
qui viennent comme fondues, i'exciusion du
tranchant de i'arête vive dans ieur prohl, les
baicons s'excroissant en queique sorte des murs,
ia mouiuration des baies où l'artiste sembie
chercher à substituer l'indéhni au déhni, si l'on
peut ainsi s'exprimer, sont des traits carac-
téristiques de cette œuvre. Mais chez M. Piumet,
esprit sobre chez qui la justesse du sens et
ia hnesse du goût i'emportent sur une trop
révoiutionnaire exubérance d innovations, ia ten-
dance reste discrète; c'est la main légère d'un
Parisien qu'eiie guide. Dans i'hôtei de l'avenue
d'Iena, sous ie ciseau du jeune Aisacien d'ori-
gine, elie s'afhrme bruyamment, èciate comme
une fanfare.
Le plus singulier, c'est que ce n'est point
par les considérations dèveioppées plus haut,
par des réhexions mrrinsèques à son art que
M. Schoellkopf s'est trouvè conduit aux con-
ciusions auxqueiles ii sait donner cette forme
personneiie et brillante. On va voir ia genèse de
son œuvre par la lettre suivante qu'il nous ècrit.
<Vous me demandez comment je suis arrivè

à mes idèes sur mon art. J'ai commencè comme
tout le rnonde par le classique, la renaissance,
ie Louis XV. J'ai remarqué bientôt qu'il est
absurde de s'appuyer sur l'architecture grecque
ou romaine, le ciimat, ies matèriaux et les
besoins modernes n'ètant pas en rapport avec
elles; j'ai donc cherchë queique chose de plus
pratique. Dans l'architecture classique, on ne
tient pas compte de ia matière; on y fait ies
mêmes mouiures en pierre, en bois, etc. J'ai
rèhèchi d'abord aux convenances de la pierre.
C'est une matière se prètant à toutes ies formes,
mais à une gro se écheiie; eiie doit surtout
garder ie caractère de force. Souvent, en re-
gardant un bâtiment non èpanelè avant ie
ravaiement, je iui ai trouvè beaucoup de carac-
tère, quhl perd après ie ravalenrent. J'ai donc
cherchë à m'en rapprocher. Une autre consi-
dèration qui m'a guidè, c'est qu'on admire les
vieux monuments en ruines, où i'action du
temps a coupè ies iignes, amoiii ies arêtes trop
vives et modihè tout le bloc.
«La nature elie-mème se comporte tout autre-
ment que ies architectes. Afx 4/'////<r^/'y <V'//7/
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«De là toute une route à suivre pour chaque
architecte suivant ses goûts, ses idèes, mais tou-
jours en rentrant dans ces considèrations ; car
je trouve qu'il ne doit plus y avoir de style,
rnais un genre personnel à chaque architecte,
et de pius, variant suivant i'espèce des con-
structions qu'ii exècute. Encore un contre-sens
de l'architecture ciassique : une église, un bâti-
ment administratif, un panthèon sont faits dans
des styies absoiument pareils; d'où la nècessité
de mettre le sentiment dans la dècoration . . . .»
Tous les chemins mènent à Rome. 11 y
aurait peut-être des rèhexions à faire sur celui
qu'a suivi la pensèe de M. Schoellkopf, mais
puisque tout est bien qui hnit bien, acceptons-le,
d'autant plus que sa comparaison de la façade
avec le visage humain expiique admirablement
en quelques mots la dihérence de caractère
entre son architecture et celie qui court les rues.
Bien des choses intéressantes sont à souligner
dans cette courte lettre écrite au pied-levè; des
choses sur lesquelies nous pensons comrne le
jeune artiste, et que nous voudrions dèvelopper,
si la place ne manquait.

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