Blouet, Abel [Editor]; Ravoisié, Amable [Editor]
Expedition scientifique de Morée: ordonnée par le Gouvernement Français ; Architecture, Sculptures, Inscriptions et Vues du Péloponèse, des Cyclades et de l'Attique (Band 3) — Paris, 1838

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fragment de construction cyclopéenne, que nous n'avons pas vu, mais qu'on nous dit être près du
village, nous semble être pour ce lieu l'indice d'une haute antiquité.

En descendant au sud-ouest de l'île, on trouve, à dix minutes de chemin, le village de Sgalado ; et
plus loin, encore à dix minutes, un autre dont le nom est Sbirado. Lorsqu'on part de ce dernier, et
qu'on prend la direction du nord-ouest, on rencontre Tripotamos, Xirrara, puis Lazaro, Perastra,
et d'autres villages; et enfin, à quatre-vingts minutes de Sbirado, Romi, qui devait être le terme de

notre excursion.

Dans l'église de Komi, où le culte est catholique romain, on lit sur l'une des colonnes de la nef une
longue inscription antique : on y voit aussi des bases ioniques et des chapiteaux doriques d'un assez
mauvais style : nous copiâmes l'inscription et revînmes à Tinos. Là, nous apprîmes, au couvent des
franciscains, où notre consul nous avait fait donner un logement, que les Russes venaient d'entrer
à Andrinople, et que le sultan s'était retiré à Scutari, pour traiter des conditions de la paix.

MYCONI (MYCONE).

Le s3 août, un vent de nord très-violent nous porta en moins de deux heures à l'île de Myconi, qui
se trouve au sud-est de Tinos. De l'anse où nous débarquâmes, il faut environ vingt minutes pour
arriver à la ville, en suivant le rivage de la mer sur des rochers de granit; car c'est, à ce qu'il nous
paraît, la nature du sol de l'île.

La ville de Myconi est bâtie près de la mer, au pied d'une montagne et sur un terrain plat. Quoique
sa population ne soit que de huit mille âmes, elle renferme un nombre considérable d'églises, puisqu'on
en compte jusqu'à soixante : mais elles ne sont pas en marbre comme celles de Tinos, et n'ont pas non
plus de clochers.

En fait de curiosités antiques, nous dessinâmes à la Démogérondie plusieurs monuments funéraires
de Délos : on nous montra en même temps des bijoux en or trouvés dans des tombeaux, dans la même
île; quelques habitants nous apportèrent aussi des pierres gravées et des médailles; mais ces objets
étaient d'un assez faible intérêt, et n'attirèrent que médiocrement notre attention.

Au sud-est de Myconi, après une heure et demie de chemin, on arrive à un couvent de religieuses,
dominé par une montagne sur laquelle sont les restes d'une forteresse du moyen âge. A quelques
pas du couvent est une église dédiée à saint Louis, et un puits, dans la margelle duquel on remarque
un torse d'homme en marbre blanc. — Le lendemain de notre arrivée était un jour de fête, et les
habitants de l'île se rendaient déjà en foule au monastère de Turiani pour y adorer une madone qui
dans le pays est en grande vénération. Ce monastère est à peu près à un quart de lieue au-dessus de
l'église de Saint-Louis. Nous y fûmes reçus par les frères qui le desservent, et qui ont pour usage
de recevoir et de nourrir gratuitement pendant deux jours les fidèles attirés par cette fête de la
Vierge du lieu. L'église, magnifiquement ornée à l'intérieur, est précédée d'une cour dans laquelle
s'élève une tour en marbre, où sont mêlés le style turc et le style byzantin.

Nous prîmes, pour retourner à Myconi, la route par laquelle nous étions venus; et chemin faisant
nous remarquâmes qu'il ne pousse pas un seul arbre dans l'île, et que les parties où les rochers de
granit ne sont pas à fleur de terre, sont cultivées et entourées de murs de clôture.

Au nord de la ville, sur le bord de la mer, et près de la petite chapelle, est un terrain où furent
déposés les.corps des Français qui, à bord de la frégate la Sibylle, en 179,3, perdirent la vie dans le
combat naval livré devant Myconi.

DÉLOS.

Délos était une ville considérable, assise au milieu d'une plaine, ainsi que le temple d'Apollon
et de Diane, et dominée par le Cynthus, montagne très-haute et très-escarpée. A travers l'île coulait
le fleuve Inopus, qui ne devait pas être considérable, puisque l'île elle-même était petite. Mais, malgré
son peu d'étendue,'l'île de Délos fut spécialement honorée dès les temps héroïques : la piété des
Grecs, toujours avides de merveilles, trouvait assez de motifs dans la fable dont on ennoblit l'origine
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