Blouet, Abel [Editor]; Ravoisié, Amable [Editor]
Expedition scientifique de Morée: ordonnée par le Gouvernement Français ; Architecture, Sculptures, Inscriptions et Vues du Péloponèse, des Cyclades et de l'Attique (Band 3) — Paris, 1838

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restent quelques fragments de marbre, se voient au pied d'un monticule qui a probablement servi
de base à l'antique acropole d'Eleusis, et sur lequel s'élève la ville moderne qui occupe l'emplacement
de l'ancienne. Les dernières guerres ont amené son entière destruction, et les ruines qui subsistent
encore sont maintenant habitées par des troupes irrégulières grecques. Un soldat de cette garnison
nous servit d'escorte, et nous pûmes visiter avec sécurité les ruines d'Eleusis. Des parties de soubas-
sement de monuments, des fragments de marbre de grande dimension chargés de moulures, des
piédestaux romains portant des inscriptions, se remarquent encore dans la ville. Au N.-E. de l'acropole,
sur le penchant du monticule, existent les ruines d'un grand monument de l'ordre ionique grec,
dont on retrouve divers débris intéressants : ce sont des fûts de colonnes, des chapiteaux, des parties
de moulures, le tout d'un très-beau caractère. Au milieu de ces restes se reconnaissent ceux de deux
monuments grecs de l'ordre ionique, de proportion différente, parmi lesquels on distingue une espèce
de grand médaillon, dont le centre est orné du buste colossal d'un guerrier cuirassé. La tête du
buste n'existe plus; quant à la sculpture, elle parait romaine. Au nord de la ville, en suivant les
traces d'un aqueduc romain du temps de la décadence, on trouve un bas-relief dégradé représentant une
femme assise de grandeur naturelle, dont la tête a été brisée. Dans une plaine vers le N.-E. de la
ville s'élève une petite chapelle décorée intérieurement de deux colonnes égyptiennes en marbre,
surmontées de chapiteaux à feuilles de palmier, et deux grands piédestaux circulaires portant des
inscriptions romaines sont encore placés en avant de la porte d'entrée. L'acropole contient plusieurs
citernes, et est entourée des restes d'un mur d'enceinte. Au milieu d'une plaine qui s'étend vers le
S.-E. d'Eleusis, et sur l'ancien emplacement de la ville basse, on marche sur des ruines romaines en
briques, et sur des amas de décombres qui proviennent sans doute de la destruction d'un monument.
On retrouve aussi, à une très-petite distance de l'acropole, les restes d'un port et d'une jetée antique.

Ayant quitté le port d'Eleusis, nous côtoyâmes les terres, et bientôt nous fûmes à la hauteur de
la ville de Mégare. Elle n'est distante de la mer que d'une heure de marche environ. La ville moderne,
toute ruinée et entièrement abandonnée, est bâtie sur un coteau au sommet duquel s'élève une
tour dégradée. Vers l'E., au pied de la ville, on découvre les débris d'un monument antique en
pierre, parmi lesquels on voit une espèce d'architrave avec inscription et divers fragments de petites
colonnes en marbre. En se rapprochant de la ville, on remarque un soubassement de piédestal romain
assez beau. Au N., dans une plaine qui s'étend derrière la ville, existent encore quelques-unes des ca-
banes qui ont servi de logement aux soldats de l'armée grecque régulière du camp de Mégare organisée
par le général Trézel. Au milieu des ruines modernes de la ville on retrouve aussi divers débris
antiques *.

En continuant à suivre la côte, nous parvînmes au port de Kalamaki. Le village qui reçoit le même
nom se compose seulement de quelques cabanes. Il est situé sur une plage sablonneuse couverte de petits
buissons et au pied de montagnes ombragées par de jeunes pins. Sa position en a fait le passage
ordinaire des voyageurs qui se rendent de Corinthe à Ëgine et dans les autres îles de l'Archipel. A trente
minutes de marche, dans la direction de Corinthe, on voit, sur la route qui y conduit, l'enceinte
d'une acropole, dont les murs, construits en pierre appareillée par assises, se lient d'un côté à une
grande muraille élevée suivant le même système, et qui traverse l'isthme le long d'un ravin.

Près de l'enceinte de l'acropole, à 10., nous visitâmes les restes d'un théâtre ou d'un amphithéâtre
dont la construction en blocage, formée de pierrailles, remonte au temps du Bas-Empire. Les murailles
de l'enceinte et celles qui traversent l'isthme datent de la même époque. Quelques fragments de colonnes
appartenant à des monuments plus antiques sont épars çà et là parmi ces ruines. On montre dans les
environs le canal commencé par les Romains, et qui devait établir une communication entre le golfe
de Corinthe et celui d'Athènes. De chaque côté du canal on remarque un monticule formé des terres
rapportées. Le fond de l'excavation est une roche de tuf assez facile à travailler ; une partie eh a été
taillée et disposée, mais les travaux n'ont pas eu de suite. Ce ne sont pas au surplus les difficultés qui
ont dû arrêter les Romains dans cette entreprise, à en juger par les immenses travaux qu'ils ont

DISTANCE DU PORT A MEGARE.

A 12 minutes, vers l'O., existe un monastère. A 28 m., une grande citerne dans un bois d'oliviers. A 3o m., vers la droite, sur un
monticule, des fragments de murs antiques. A 2 m., on arrive au bas de la ville de Mégare.
Total de la distance, 1 h. 12 m.
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