Bulletin de l' art pour tous — 1892

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ART-POUR • TOUS

ENCYCLOPEDIE DE L'ARTINDUSTRIEL ET DECORA TIF
■paravss an,t tous les mois

mile re113kr J G. SaUVAGEOT

recteur - Fondateur Directeur

iSS6-go\ i865-85

P. Gélis-Didot

rairies-Imprimeries réunies

U\ PARIS ^131 -^[T^yic Jiiir^ii^^'i^in^i^^iiLC^îïï^tA

2, rue Mignon, 2

31e Année ^ -^ Août 1892

BULLETIN D'AOUT 1892

La Peinture antique

Sous ce titre, M. Paul Girard, ancien membre de
l'École française d'Athènes, maître de conférences à
la Faculté des lettres de Paris, vient de faire paraître,
dans la Bibliothèque de VEnseignement des Beaux-
Arts, si habilement dirigée par M. Jules Comte, un
volume de haule valeur, d'une grande érudition et
excellemment écrit (1).

Le plan de l'ouvrage est fort simple : il commence
par l'Egypte, ce berceau de tous les arts ; viennent
ensuite la Chaldée, l'Assyrie, la Phénicie, l'Asie-
Mineure, la Perse; puis la Grèce, l'Etrurie, Rome et
l'Italie.

Grâce à une connaissance parfaite du sujet et à
une étude approfondie des sources, l'auteur a pu

nous les figurons volontiers avec cette belle
patine dorée dont le temps et le soleil ont revêtu

Descendons un peu plus bas dans l'histoire :
au vie et au ve siècle, l'entablement dorique nous

les ruines de Grèce, et qui tranche si heureu- apparaît surchargé de couleur; la corniche, le
sèment sur le ciel. Les textes sont là pour nous larmier, les triglyphes et probablement aussi le
détromper, et aussi les fragments d'architecture
peinte qu'on a trouvés dans différents endroits,
ou qui subsistent encore en place. Depuis les
travaux d'Hittorff en Sicile, les fouilles exé-
cutées à diverses reprises à Athènes, celles
d'Olympie, de Délos, d'Élatée, etc., nous nous
rendons compte, beaucoup mieux que nous ne
pouvions le faire auparavant, de ce qu'était la
décoration picturale d'un temple grec. 11 reste,
néanmoins, bien des doutes sur la répartition
des couleurs, et ces doutes tiennent à plusieurs
causes. D'abord, il n'y avait point de règle fixe;
le même ordre d'architecture présentait, selon
les pays, de sensibles divergences : ainsi, l'ar-
chitrave du Parthénon était blanche et décorée
seulement de boucliers dorés, dont on distingue j étaient, en effet, les deux tons employés pour
encore la place, tandis que celle du temple enluminer la pierre ou le marbre; ce sont ceux,
d'Égine élait entièrement peinte en rouge. En- on s'en souvient, qui prédominent dans la poly-

Fig. 166.

fond des métopes y sont peints. On recueille
encore aujourd'hui, sur l'Acropole d'Athènes,
des parcelles de rouge et de bleu demeurées
attachées aux mutules des Propylées : tels

concentrer en quelques pages la substance de Féru- ! suite, il faut faire une différence entre les ordres : j chromie orienlale. La question de savoir si

dition la plus actuelle.

La peinture grecque, notamment Pefflorescence de

l'école attique au ve siècle, avec Polygnote, a été surtout

mise en relief, parce qu'elle est la moins connue et

pourtant la plus ditrne de l'être ; on peut dire que c'est
, .. ., , „ ,, , „, ••j„ le îour ou 1 on aura dresse un catalogue minu

la partie maîtresse de l ouvrage, celle ou 1 homme du -1 °

l'ordre dorique aimait la couleur; les autres
comportaient une ornementation plus sobre.
Malgré tous les travaux qui ont paru sur la ma-
tière, une étude définitive ne sera possible que

tieux des moindres fragments gardant des restes
de peinture. Il n'en est pas qui soit à négliger

monde, l'amateur et le curieux trouveront des rensei-
gnements qui sont, pour la majorité du public, de
véritables révélations.

Un chapitre spécial est consacré à la question, si
longtemps controversée, de la polychromie des édi-
fices et des statues. Cette étude n'est pas la moins
intéressante de l'ouvrage et nous sommes heureux de
pouvoir la mettre en entier sous les yeux de nos lec-
teurs. L. R.

La Polychromie des Édifices et des Statues

On a vu qu'en Egypte et dans tout l'Orient,
l'architecture et la sculpture étaient polychromes.
La même loi était observée chez les Grecs; il
n est plus permis aujourd'hui de l'ignorer. Il y
aurait un livre à écrire sur la polychromie de
leurs temples, un autre sur celle de leurs statues
et de leurs bas-reliefs. C'est dire que nous ne
nnnvons nnVffl^Eiro,. i^ • . ... et, comme e prouve la ligure loo, les moi

pouvons qu eineuier le suiel et en marquer rapi- ,

dément les grandes lignes

L'idée de peindre les monuments vint en
Grèce, comme partout, de la nécessité d'atté-
nuer, sur ces grandes surfaces, l'éclat de La
lumière; elle vint aussi du goût inné chez tous
les peuples jeunes pour la couleur et de l'instinct
qui les porte à en faire une des conditions de la
beauté. Parce que nous ne connaissons de l'an-
tiquité que des ruines et que ces ruines sont
incolores, nous croyons que les édifices dont
elles sont les débris offraient au regard des
masses nues ; la pensée que ces masses étaient
rehaussées de tons éclatants nous répugne; nous

(t) Un volume in-4° anglais de avi pages, illustré (le 300 jrra-
vurcs. — Paris, Librairies-Imprimeries réunies (ancienne maison
Quunlin). May et Molteroz, directeurs, 7, rue Saint-Benoit.
Prix : 3 fr. 50.

BULLETIN DE L'ART POUR TOUS. — N» 80.

ceaux les plus insignifiants en apparence four-
nissent parfois de précieuses indications.

Tout porte à croire que les anciens temples
en bois étaient peints. Les parties de terre cuite
qui y entraient, et qui leur survécurent, telles
que chéneaux, gargouilles, antéfixes, etc., étaient
ornées de dessins d'une grande variété et dont
beaucoup rappellent la décoration des vases.
Grecques, losanges, palmettes, rais de cœur,
s'y déploient avec une charmante fantaisie. Les
couleurs qui s'y opposent sont le rouge, le noir

l'échiné du chapiteau dorique était peinte reste
indécise. Il semble pourtant que, dans les res-
taurations, on ail raison de la couvrir de pal-
mettes. Les Grecs n'appliquaient pas seulement
la couleur sur les moulures; ils en ornaient
aussi les surfaces unies, comme l'attestent, sur
les ruines que nous connaissons, ces légères
esquisses brunes et ces tracés à la pointe qui
sont autant de souvenirs d'une polychromie
effacée par le temps.

Quel était le rôle de la peinture dans le temple
ionique? C'est là un problème non encore ré-
solu. Il est certain cependant qu'elle y avait sa
place. L'iïrechlhcion l'admettait. La volute,
d'ailleurs, ne se prêtait-elle pas merveilleuse-
ment à la décoration polychrome? Les chapi-
teaux de l'Érechthcion paraissent avoir reçu
des appliques de métal, des dorures, peut être
des incrustations de verre colorié ou de pierres
précieuses. L'ancienne architecture ionique de
l'Acropole était complètement peinle, comme
on le voit par les curieux fragments découverts

au cours des fouilles récentes et dont nous don-
nons ici un spécimen (lig. 167). Quant à l'ordre
corinthien, bien qu'il eût, lui aussi, sa poly-

ct le blanc crème. On a retrouvé en Sicile et chromie particulière, nous ne saurions dire exac

dans la Grèce propre un nombre considérable tement en quoi elle consistait,

de ces fragments d'architecture polychrome; Deux difficultés s'offrentà qui tente de restituer

celui que nous reproduisons (fig. 166), et qui la décoration peinte d'un temple grec : dans quelle

vient d'Olympie, appartenait, non à un temple, mesure, d'abord, convient-il d'y enluminer la

mais à l'un des nombreux trésors construits aux sculpture? Ensuite, quelle coloration donner aux

abords du sanctuaire de Zeus. grandes surfaces, comme les murs extérieurs de
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