Bulletin de l' art pour tous — 1892

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Ëmile Reiber I G. Sauvageot p. Gélis-Didot

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Librairies-Imprimeries réunies

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31e Année ^ - ' Décembre 1892

BULLETIN DE DÉCEMBRE 1892

L'Archéologie chrétienne

L'Archéologie chrétienne, par André Pératé,
est le 41e volume paru dans la Bibliothèque de l'En-
seignement des Beàux-Aris, dont M. Jules Comte
dirige la publication, depuis plus de dix années, avec
tant de conscience et d'habilclé.

Jusqu'à présent, les notions précises, si curieuses
et si intéressantes, sur l'art chrétien primitif, étaient
restées enfouies dans les grandes publications de
M. de Rossi et du P. Garrucci en Italie, de MM. Le
Blant, Ei'gène Muktz, Bayet, Théophile Roller, en
France, publications que leur appareil érudit et leur
prix très élevé rendaient inaccessibles à la plupart
des lecteurs.

M. André Pératé, que son titre d'ancien membre
de l'École française d'archéologie à Rome, ses longs
séjours et ses travaux antérieurs désignaient pour
celte tâche ardue et délicate, a bien voulu se charger
de mettre à la portée de tous, étudiants et gens du
monde, artistes et amateurs, un livre qui présentât
en un exposé clair et méthodique, non seulement les
éléments de l'archéologie chrétienne, mais encore
toute l'histoire de l'art chrétien d'Occident, depuis ses
origines jusqu'à l'époque romane, tout le développe-
ment si original du symbolisme primitif.

La nouveauté du plan, les nombreuses et claires
divisions de l'ouvrage, tout est calculé pour rassem-
bler, dans le plus petit espace possible, les résultats
définitifs acquis aujourd'hui à la science.

(Musée chrétien du Vatican.)

Une partie importante de ce travail est consacrée
aux peintures des catacombes, depuis si longtemps
l'objet des polémiques religieuses les plus vives.
L'auteur a soin de nous prévenir « qu'écrivant une
élude d'art, il a soigneusement écarté toute considé-
ration belliqueuse. » Sur les questions controversées,
s'il se permet quelquefois d'exprimer un avis diffé-
rent de l'interprétation la plus généralement ad-
mise, c'est toujours avec la plus grande réserve et en
indiquant avec soin les motifs qui l'ont amené à
émettre cet avis et les documents sur lesquels il
l'appuie.

. (1) L'Archéologie chrétienne, par André Pératé. — Un volume
•n-'.° anglais, de 370 pages, illustré de nombreuses gravures. —
™is, Librairies-Imprimeries réunies (Ancienne Maison Quanfjn)
way et Motteroz, directeurs, 7, rue Saint-Benoit. — Prix : 3 fr. 50.

Nous signalerons enfin le scrupule apporté par
l'auteur dans l'indication des sources où il puise. Une
notice bibliographique très complète, placée au
commencement du volume, donne la nomenclature
des ouvrages consultés; une bibliographie spéciale
figure, en outre, en tête des principaux chapitres de
l'ouvrage.

Le chapitre sur les verres feints et dorés, que nous
reproduisons ci-après, permettra à nos lecteurs de
juger, avec un texte sous les yeux, la conscience que
le savant apporte à rechercher la vérité et l'art avec
lequel l'écrivain développe ses déductions.

Les Verres peints et dorés (1)

L'industrie du verre, toute récente encore aux
premiers siècles, avait rapidement grandi, établi
ses fabriques en Campanie, puis à Rome, enfin
en Espagne et en Gaule. Les vases de verre,
qui à l'époque d'Auguste étaient une rareté, se
comptent parcentaines aux catacombes, déposés
à l'intérieur des sépultures, ou scellés au ciment
des parois. Ce ne sont d'ordinaire que de petites
ampoules, des fioles, des plats à contenir l'huile
parfumée, les baumes dont on approvisionnait
les tombes selon le vieil usage. Mais il arrive que
ces vases très simples aient des formes, des
saillies d'une rare élégance ; et l'on connaît enfin
plusieurs catégories de verres ornés de reliefs,
de figures gravées ou peintes, parmi lesquels les
plus nombreux, les verres à fond d'or, sont une
des productions les plus originales de l'art chré-
tien.

On peut classer les verres chrétiens en trois
séries: verres à couches superposées de teintes
différentes; verres gravés au trait ou entaillés;
verres à fond d'or.

I. — Les verres à couches superposées, sortes
de camées de grande dimension, étaient parmi
les objets de luxe les plus recherchés des an-
ciens. On les appelait vasa diatreta, c'est-à-dire
percés à jour : la couche superficielle en était
découpée de manière que la couche intérieure
servît de fond à des reliefs d'une ténuité souvent
prodigieuse. Le vase Portlanddu British Muséum
est le type le plus fameux de ces coûteuses et
fragiles merveilles. Cette industrie raffinée pro-
duisit, à l'époque chrétienne, un certain nombre
d'oeuvres de valeur moindre ; elle suscita même
des contrefaçons. Au lieu de courir le risque de
briser le revêtement exlérieur du verre, on
trouva plus simplede souderaux vases de petites
pièces travaillées à part, et d'effacer ensuite,
en quelques coups de roulette, les traces de la
soudure. Deux vases de ce genre, trouvés, l'un,
fort abîmé, dans lacatacombe de Gallisle, l'autre,
parfaitement intact, dans un cimetière de Trêves,
présentent, sur un fond tout blanc ou relevé
d'un bleu léger, trois rangs de poissons et de

(1) Garrucci, Vetri ornati di figure in oro, 2° éd. — De Rossi
R.S., t. UT; Bull., W,, 1868, 1877, 1878. - Kraus, R. E., art!
Clasgcfassc. — Holi.er, les Catacombes de Rome, ch. vin, i.xxviii
à lxxx. — Gbrspach, la Verrerie.

coquilles marines ; l'interprétation chrélienne en
est facile. On suppose que ces sortes de verres
étaient fabriquées en pays rhénan.

II. Verres tailles et gravés. — Tantôt les
verriers entamaient profondément le cristal à
coups de roulette, tantôt ils se contentaient d'y
graver l'ornement d'un trait de pointe. Les
entailles profondes du verre devaient souvent
contenir une pâte d'or ou de couleur qui prenait
l'aspect d'un émail ; mais souvent aussi les
figures habilement creusées dans la paroi exté-
rieure ménageaient, vues de dedans, de char-
mants cffels de transparence. Voici, par exemple,
un fragment de vase cylindrique, du genre de

Fig. 239 — Verre taillé.
(Musée chrétien du Vatican.)

ceux que les anciens appelaient miliarii (fig. 239);
il présente tout un ensemble de sujets bibliques:
les deux lions devaient accompagner une figure
de Daniel; l'enfant porté dans les airs par une
main céleste, c'est Habacuc ; la jeune figure
agenouillée près d'un aulel, Isaac. Une guirlande
ornementale de laurier sépare le champ supé-
rieur de la base du verre où sont figurés les
Hébreux eri .marche, la face levée vers la nuée
qui les guide. C'est miracle d'avoir pu tailler des
figures aussi neltes dans un vase de diamètre
aussi étroit; l'œuvre est ancienne d'ailleurs, de
la première moitié du ive siècle. Le cycle des
sujets gravés sur ces sortes de verres n'est pas
très nombreux ; il faut citer un fragment de coupe

Fig. 240. — Fragment de coupe baptismale.
(Musée chrétien du Vatican.)

baptismale, conservé au Vatican (fig. 240); une
tasse du musée de Strasbourg est ornée d'un
Sacrifice d'Abraham et d'un Moïse frappant le
rocher ; une coupe de Trêves reproduit encore
le sacrifice d'Abraham ; enfin un verre trouvé à
Bonn porte quelques miracles du Christ, si rude-
ment entailles, qu'on a pu y voir un des premiers
produits de l'industrie franque, au ve siècle.

BULLETIN DE L'ART POUR TOUS. - N° 84.
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