La chronique des arts et de la curiosité — 1920

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ET DE LA CURIOSITÉ

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La suite des petits cabinets disposés à droite et à
gauche de cette galerie réserve de délicates jouis-
sances. Ceux de gauche sont consacrés à l’école
hollandaise, ceux de droite aux écoles flamande,
allemande et espagnole. Le premier de chacune de
ces deux séries contient les œuvres hollandaises ou
flamandes qui se trouvaient autrefois dans la salle
La Gaze. Dans les six cabinets qui suivent ont été
groupées avec beaucoup de goût et de façon très
harmonieuse les œuvres de petite ou moyenne dimen-
sion de chaque école. Du côté hollandais, lesPotter,
les Steen, les Gérard Dou, les Van de Velde, les
Melsu, lesTerborch, les Van Ostade, les Wouwerman,
les Van Goyen, les Iieda, les Mieris, etc., au centre
desquels (dans le troisième de ces cabinets) rayonne
le groupe des huit Rembrandt que nous avons men-
tionnés tout à l’heure, environnés des deux admira-
bles Pieter de Hoch, de la Dentellière de Vermeer,
du Maître d’école de Van Ostade, d’œuvres de Van
der Hagen, de Van de Velde, de Paul Potter, etc. —
De l’autre côté, deux chapelles semblables sont con-
sacrées l’une aux Van Eyck entourés de Rogier van
der Weyden et de Memling, l’autre à Dürer et àHol-
hein (on admire, entre autres, dans celle-ci le beau
dessin à la plume récemment donné au musée par
M. Léon Bonnat, où Dürer a figuré Erasme, et qu’il
est piquant de confronter ainsi avec 1 ’Erasme d’Hol-
bein et, de ce maître, un autre admirable dessin : le
Portrait d’homme acquis l’an dernier à la vente Fla-
meng). Dans les quatre autres cabinets sont groupés
successivement avec le même souci d’heureuse pré-
sentation: Gérard David, Quentin Matsys, Breughel,
Jérôme Bosch, Geertgen tôt Sint Jans, Josse van
Cleve, Antonis Mor, les Primitifs allemands dits le
« Maître de la Sainte Parenté » et le « Maître de
Saint Barthélemy », Granach (dont l’œuvre s’est
enrichie de la robuste étude pour le portrait d’un
électeur appartenant à la suite bien connue du
musée de Reims et acquise à la vente Flameng),
Giltinger, Bruyn, puis, après Dürer et Holbein, les
derniers petits maîtres ilamands : Brouwer, Siebe-
rechts, Téniers, Breughel de Velours, Bril, Neefs,
etc. On a en outre placé dans le couloir qui accède
à ces cabinets flamands les quelques œuvres espa-
gnoles primitives que possède le Louvre.

Gomme autrefois, après la grande galerie des
Rubens on se trouve dans la collection Ghauchard,
où rien n’a été modifié — sinon que VAngélus de Millet
a été placé dans la salle centrale, — et on a ensuite
l’heureuse surprise de trouverle musée agrandi d’une
nouvelle salle conquise — souhaitons que ce soit
d’un heureux augure pour l’avenir — sur les instal-
lations du ministère des Finances du pavillon de
Flore et ou a été installée avec infiniment de goût la
collection léguée au Louvre en 1914 par le baron de
Schlichting: tableaux de diverses écoles, sculptures
italiennes et françaises, petits bronzes, meubles,
miniatures, tabatières et boîtes du xvme siècle fran-
çais. Les principales de ces pièces (sauf pourtant la
belle statue en marbre de Mercure par Pajou) ont
été exposées durant toute l’année dernière dans
la salle La Gaze avec les nouvelles acquisitions
du musée depuis la guerre et nous les avons signa-
lées alors à nos lecteurs (1). M. Jean Guifïrey, con-
servateur des peintures, et M. Gaston Migeon, conser-
vateur des objets d’art à qui l’on doit la jolie pré-
sentation de cette collection, en parleront prochaine-
ment plus en détail à nos lecteurs dans la Gazette.

Enfin le ministre a inauguré en même temps dans
une autre partie du Louvre les nouvelles installations
de notre musée d’Extrême-Orient qui s’ouvre, comme
on sait, vis-à-vis des salles de la Chalcographie.

Ges collections ont été de la part des conserva-
teurs MM. Gaston Migeon et Marquet de Vasselot, et
de MUc Ballot, attachée à ce département, l’objet d’un
classement plus logique et plus clair qui permet de
les étudier plus fructueusement. Les porcelaines chi-
noises de la collection Grandidier qu’on y trouve
tout d’abord sont maintenant présentées à la fois chro-
nologiquement, par familles, et par groupes d’objets ;
viennent ensuite, dans deux salles, les sculptures et
peintures provenant des missions Foucher au Gand-
hâra et Pelliot au Turkestan chinois, dont nous
avons dit jadis l’importance au point de vue de
l’histoire de l’art (1) puis, dans deux autres salles,
des céramiques chinoises primitives -— parmi les-
quelles des statuettes funéraires rapportées par la
mission Ghavannes, —des sculptures en pierre et des
bronzes également chinois. Quant aux deux grandes
galeries qui au Nord et au Sud terminent ces salles,
elles sont consacrées exclusivement à l’art du Japon
sous toutes ses formes : bronzes, céramiques, statues,
peintures et estampes, laques (parmi lesquels on
remarquera, dans une vitrine spéciale, les pièces
de la collection de Marie-Antoinette), inrôs, éven-
tails, gardes de sabres, etc., qu’ont enrichies nota-
blement la donation de M. Georges Marteau en 1916.

11 ne reste plus maintenant à rouvrir, au Louvre,
que les salles du Mastaba et des antiquités de la
Susiane sur la cour du Carrousel, la salle des orfè-
vreries antiques, et, dans le département des pein-
tures, les salles françaises du xvnc et du xvm' siècle,
la salle des États consacrée au xixe et les salles
Thomy-Thiéry.

L’Exposition de l’art populaire
tchéco-slovaque

Le 29 avril s’est ouverte à Paris, au Musée des
arts décoratifs, une exposition qui est la résultante
naturelle des événements par lesquels la face de
l’Europe a été récemment renouvelée. Le Musée a
offert l’hospitalité à nos vieux amis, à nos alliés
d’hier, les Tchéco-Slovaques, pour une exposition de
leur art populaire. C’est là une manifestation à la-
quelle feu le gouvernement autrichien, chargé de la
négociation, se serait prêté de fort mauvaise grâce.
Il s’efforcait par tous les moyens possibles de dissi-
muler les Tchèques derrière les Allemands et les
Slovaques derrière les Magyars.

Aujourd’hui nous sommes éclairés sur les senti-
ments réels de ces deux groupes ; nous le sommes
moins sur leur valeur artistique.

Bien peu de Parisiens ont voyagé chez eux et se
doutent qu’ils constituent une des nations de l’Eu-
rope les mieux douées pour l’art. Depuis que le
traité de Versailles leur a reconnu une existence
officielle ils ont, pour attirer notre attention sur leur
vie intellectuelle et artistique, des moyens qui leur
manquaient antérieurement. Ils sont entrés en rap-
ports officiels avec les représentants de notre nation.
Le général français, Pelle, qui préside à leur édu-
cation militaire et ses vaillants auxiliaires ont eu

(1) V. Chronique des Arts de janvier-février 1919
p.,167.

(1) V. Chronique des Arts, 1912, p. 99.
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