La chronique des arts et de la curiosité — 1920

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N° 17. - 1920.

BUREAUX: 106, BD SAINT-GERMAIN (6e)

31 octobre.

LA

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

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PROPOS DU JOUR

es communiqués nous ont fait con-
naître, au moins dans leurs grandes
lignes, les dispositions prises pour
fêter le cinquantenaire de la Répu-
blique. Elles ne témoignent pas d’un grand
effort d’imagination, ni d’une conception un
peu intéressante des fêtes publiques.

Décoration de deux ou trois places, défilé ex-
clusivement militaire, pavoisement et illumi-
nation habituels des édifices officiels, cérémo-
nie peut-être imposante, mais réservée à des
privilégiés, c’est à peu près tout ce qu’on nous
promet et— sauf surprises improbables du der-
nier moment — nous pensons bien que ce sera
tout. Ce n’est pas assez. Nous n’apercevons pas
la participation populaire, qu i seule peut don-
ner la note d’animation et d’enthousiasme in-
dispensables et qui, en d’autres pays, montre
l’accord général, la sincérité, la saine naïveté
même des réjouissances, produisant tout natu-
rellement un effort d’art, lequel est absent, ou
presque, des fêtes dirigées par les adminis-
trations.

Sans doute, on fera l’appel habituel pour le
pavoisement. Comment le public y répond-il?
11 place quelques drapeaux aux fenêtres don-
nant sur les grandes voies de communication,
et trop souvent avec négligence ; les essais de
décor d’autre qualité demeurent si disséminés
qu’ils n’arrivent point à créer d’atmosphère gé-
nérale de gaieté et de couleur. La cherté de
toutes choses rendra aujourd’hui ces tentatives,
voire le simple pavoisement, fort onéreux, et
c’est là qu’une intervention officielle pourrait se
produire ; ainsi par des distributions de dra-
peaux, d’emblèmes, de guirlandes à ceux qui
s’engageraient à orner convenablement leurs
fenêtres et même à se laisser diriger par un
comité de rue, où il serait aisé d’introduire des
artistes ou des gens d’un goût éprouvé.

Il est vrai que les groupements artistiques
restent impassibles en présence de manifesta-
tions, qui pourraient être si belles. Les avis
qu on a le tort de ne pas leur demander, ne

devraient-ils pas les offrir et, en s’entendant,
les imposer aux bureaux pour remédier enfin
à une indigence réelle? Pourtant la Fédération
des artistes mobilisés avait, paraît-il, élaboré
pour le 11 novembre des projets dignes d at-
tention, particulièrement au point de vue illu-
î mination. Des morceaux en auraient seuls été
retenus. C’est probablement dommage.

Feu Charles Morice avait voulu rénover jadis
nos solennités. Rien n’est résulté de cette tenta-
tive. Ne conviendrait-il pas de la reprendre,
sans laisser aux fonctionnaires les initiatives et
l’exécution ?

Notre goût de l’improvisation devrait se mar-
quer mieux dans les circonstance^ solennelles.
Car il a ses. avantages, quoi qu’on en dise, se
combinant fort bien avec l’esprit de création.
Seulement, ici encore, comme on se rend
compte que les autorités entendent tout assu-
mer, nul ne bouge ; on ne peut donc sortir du
convenu, de la routine. Les tristes cordons de
gaz, au reste mal entretenus, représenteront
encore le plus clair de l’effort officiel.

Nous avons de mauvaises habitudes. Celle
par exemple de laisser nos drapeaux trop long-
temps aux fenêtres. Ce décor s’avilit alors et
c’est tout un matériel, utilisable en d’aulres
occasions, qui se perd tout en enlaidissant la
voie publique. 'Pour s’élever contre ces pra-
tiques, pour donner des instructions sur le
meilleur parti à tirer des éléments décoratils
mis à 'a disposition des habitants, pour coor-
donner les efforts, réunir les fonds indispen-
sables, rien ne serait mieux que les comités
locaux auxquels nous faisions allusion tout à
l’heure ; pourvu, cela va sans dire, que ce ne
soit pas, comme on le constata souvent, simples
entreprises de marchands de vins.

Par la décoration de la rue, celle des places et
des bâtiments publics, qu’assument les autorités,
ne serait point isolée et comme en dehors de
l’atmosphère générale. Il semble qu’il faille faire
effort dans ce sens, tendre à ce que la fête ne
soit pas, pour quelques-uns, l’occasion de se faire
valoir, pour tous les autres une simple curiosité
accidentelle. On voudrait en un mot, que le
cœur y soit, et par conséquent, l’effort d’art.
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