La chronique des arts et de la curiosité — 1920

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N° 10. — 19.10.

BUREAUX: 106, B° SAINT-GERMAIN (6«)

31 mai.

LA

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

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PROPOS DU JOUR

n sait que l’Académie des Beaux-Arts
a été mise à même, par une fonda-
tion récente du baron Edmond de
Rothschild, d’ouvrir à Londres une
« Maison de France » où nos artistes, nos érudits,
nos littérateurs pourront résider, lorsque leurs
travaux les appelleront en Angleterre, en béné-
ficiant des facilités matérielles nécessaires. La
même Académie a rencontré en Espagne uni
accueil empressé et de très hauts appuis, lors-
qu'elle a envisagé la création d’un institut qui
fût, à Madrid, le pendant de la Villa Médicis.
Voici qu’un architecte éminent vient d’être
chargé d’une mission aux Etats-Unis en vue de
la construction d’une maison française destinée
à la propagande permanente de l'art français.
Le ministre du commerce, de son côté, a créé
en plusieurs capitales des offices qui, déjà,
rendent des services précis. D’autres créations
analogues sont, paraît-il, en préparation.

Ainsi essayons-nous de rattraper le temps
perdu et d’entreprendre à l’étranger une cam-
pagne pacifique ayant pour but de faire con-
naître nos institutions et nos travaux, de servir,
par conséquent, la cause de notre expansion et
de notre prestige. On ne peut qu’applaudir à
tout ceci. Quelques observations, toutefois, nous
paraissent indispensables, et la première s’ap-
pliquerait à beaucoup de nos entreprises : il
convient que ces manifestations, diverses en
leur principe, ne s’ignorent pas les unes les
autres et procèdent toutes de sentiments com-
muns. La « mise en marche)' ne pourrait-elle
pas être confiée à un organisme unique, assurant
ensuite l’unité convenable — nationale devrait-
on dire — et veillant à l’harmonie générale de
l’ensemble ? Combien avons-nous eu de services
et de «centres» de propagande durant la guerre,
dont l’action, qui ne fut pas toujours adéquate
aux besoins, manquaconstamment, entre autres,
de la cohésion voulue? Prenons garde à la dis-
persion, à la multiplication, dans les mêmes
i:eux, d’établissements, en somme similaires,

qui ne devraient représenter que la France, et
non tel ministère, telle administration, telle
institution.

Il faudra veiller aussi à la forme trop admi-
nistrative que nos mœurs centralisatrices
seraient enclines adonner aux « Maisons ». On
se plaint de la routine des agents diplomatiques
et consulaires, de leur fréquente nonchalance
à l’égard des intérêts de nos compatriotes : il
serait véritablement superflu déplacer dans leur .
voisinage des fonctionnaires n’ayant ni plus de
connaissances, ni un plus vif désir d’action, ni
plus d’initiative.

Et voyons ces créations d’utilité pratique
indiscutable et de haute action morale, avec
l’ampleur qui convient — matériellement par-
lant. C’est là un point sur lequel on ne saurait
trop attirer l’attention. Il est excellent, en tout
cas, que l’on envisage ainsi de permanentes
fondations, et non plus les manifestations
temporaires de petite envergure, à gros frais et
à petit profit, dont on se contentait jusqu’ici.

Nous avions, dès 1917(1), attiré l’attention
sur le projet de la « Maison française à l’étran-
ger », lancé par l’association « L’Art de France ».
Permanence, notion bienfaisante d’une véritable
légation de Part français, nécessité d’informa-
tions abondantes sur tout ce que comporte notre
vie intellectuelle, liaison étroite des Maisons
entre elles et avec une maison-chef-lieu à Paris,
etc., tout était prévu en ce projet qui nous
avait paru fort précieux. On le loua beaucoup,
on le pilla aussi tout en multipliant inutilement
les comités, les missions, les services, mais on
ne lui accorda aucun appui. En ne le mettant
point d’emblée à exécution, trois années ont été
perdues et peut-être le moment le plus favo-
rable est-il passé. On semble vouloir agir enfin:
il serait bon de ne pas perdre de vue le projet
initial de 1’ « Art de France ».

De précieux concours ont été et seront cer-
tainement apportés aux réalisations désormais
envisagées; aucune œuvre, en effet, ne mérite
autant de sollicitude.

(1) Voy. la Chronique des Arts, 1917, n® 1.
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