La chronique des arts et de la curiosité — 1920

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N° 11.

192©.

BUREAUX: 106, BD SAINT-GERMAIN (6«)

15 juin.

LA

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

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Le Numéro : 1 Franc

Propos du jour

Sn journal d’Arras, l’Avenir, nous a
révélé, par la plume de M. Marc
Leclerc, certains faits assez étranges.
Parlant des efforts tentés en Artois,
en Picardie, en Flandre, par M. Fernand Sabatté,
pour sauver de la destruction une infinité d’ob-
jets d’art de toute nature, et du musée provi-
soire qui a été installé rue de l’abbé-Haluin à
Arras, l’auteur constate qu’une fois le lieutenant
Sabatté démobilisé, la « section de protection et
de conservation des monuments et œuvres d’art
aux armées » a été dissoute. H semble que dès
lors on se soit fort peu préoccupé de tout ce qui
n’avait pu être enlevé, ou même de ce qu’on
avait cru mettre en lieu sur, ici et là, pour
éviter des transports difficiles. C’est ainsi que
le même M. Sabatté, se rendant à Cens à titre
officieux, ne retrouva que trois figures de Vertus
sur quatre, admirables bois sculptés du xvme
siècle, qui étaient parfaitement classés ; et
encore jouait-on aux quilles avec ces trois
effigies dans un chantier voisin.

Ce ne sont pourtant pas les commissions, les
services qui manquent. Seulement, on est peu
enclin en général à la besogne matérielle, aux
recherches difficiles, aux fatigues sans gloire:
les bureaux, par définition, ne se déplacent pas.
Du reste, on nous apprend encore qu’un inspec-
teur des beaux-arts, ayant à renvoyer à la cathé-
drale d’Amiens les tuyaux remarquables de ses
grandes orgues, mis à l’abri par la section sus-
dite, n’aurait rien imaginé de mieux que de
faire plier ceux qui étaient de trop grandes

dimensions pour le wagon dont on disposait.

Le fait est-il certain? On aimerait à le savoir,
car il est vraiment extraordinaire et révèle une
mentalité bien particulière chez ceux-là même
qui sont chargés de sauvegarder notre patrimoine
artistique. Et, en tous cas, pour ce qui est de
ces tuyaux d’orgue transformés en un amas de
métal informe, ils représentaient une valeur
considérable : qui en payera la restauration ou

le remplacement? Est-ce le fonctionnaire mala-
droit ?

C’est fort bien de vouloir empêcher l’expor-
tation abusive des œuvres d’art disséminées
dans tout le pays. Mais qu’on commence par
respecter véritablement celles qui font déjà
partie du domaine public et qu’on n’en confie
pas la garde à des ignorants ou à des incapables.
Et ceci nous amène à constater qu’il n’existe
pour ainsi dire pas de catalogue de tous ces
objets. Nombreux sont les musées — même
nationaux — qui n’ont pas de catalogues ou
n’ont que des catalogues fort anciens. Versailles,
par exemple, a un catalogue publié de 1859 à
1861. L’Inventaire des richesses d'art de la
France est resté depuis longtemps en suspens,
et il n’est point complètement satisfaisant, au
surplus, pour les parties qui ont été publiées.
Les photographies sont plus rares encore que
les inventaires imprimés. La collection, si
importante cependant, des photographies des
monuments historiques, est loin, bien loin
d’être suffisante. 11 y a donc là toute une orga-
sation à créer (à perfectionner à tout le moins)
et dont l’actuelle administration des beaux-arts
ne peut se désintéresser.

On nous dira qu’il n’y a pas d’argent. Mais
serait-il impossible d’envisager des recettes de
nature à couvrir le plus gros de la dépense
(nous ne parlons pas de bénéfice, cela va sans
dire) pour ce qui concerne les catalogues et les
photographies? Surtout conviendrait-il de ne
pas laisser à des intermédiaires, le produit que
l’on pourrait en retirer, comme ce fut le cas
pour les catalogues des musées nationaux. Et
puis il est certain qu’en exigeant que chacun
fasse ce qu’il doit, les départements, les villes,
les sociétés savantes, la charge serait bien
diminuée pour l’Etat. L’essentiel serait que la
besogne fût répartie, tant pour son exécution
que pour la dépense, d’après un plan méthodique
et sur un espace de temps limité. Au moins
arriverait-on ainsi à être fixé sur le nombre et.
la valeur de nos trésors, sans en excepter les
œuvres modestes, mais intéressantes au point
de vue historique ou de l’art local, trop souvent,
méprisées.
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