La chronique des arts et de la curiosité — 1920

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ET DE LA CURIOSITÉ

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Girault, de l’Institut, a décerné le premier prix
à MM. Housselot eft Maurice Gras, le deuxième
prix à M. Boutierin, le troisième prix à M. Marcel.

*** 11 vient d’être créé à l’usage des députés
et sénateurs une nouvelle médaille d’identité,
œuvre du sculpteur Léon Deschamps.

Nouvelles de l’étranger

*** Sur la proposition de M. J. Destrée.
ministre des Sciences et Arts, le gouvernement
belge va remettre à l’Italie le tableau de Paul
Véronèse, Junon versant ses trésors sur la ville de
Venise, qui devra être replacé au plafond de
la salle du palais des Doges, où il figurait pri-
mitivement. Transféré à Paris sous le Directoire,
ce tableau avait été envoyé à Bruxelles en 1811,
et se trouvait en dernier lieu au musée des
Beaux-Arts de cette ville.

La Collection Messaksoudy
au Musée du Louvre

Au quatrième siècle avant notre ère, une coloni-
sation hellénique très florissante était installée au
sud de la Russie, dans 1a- Chersonèse Taurique (Gri-
mée actuelle). Depuis plus d’un siècle des fouilles
nombreuses ont mis au jour dans cette région de
belles œuvres d’art grec, fabriquées pour les princes
scytbes ou les riches particuliers. Ces trouvailles ont
enrichi surtout le Musée de Petrograd : quelques
spécimens seulement sont entrés dans les diverses
collections d’Europe. L’occasion se présenta récem-
ment pour le Musée du Louvre d’acquérir en bloc
une collection de ce genre, constituée à Kertch
(ancienne Panticapée) depuis de longues années par
les soins d’amateurs et d’archéologues compétents.
La vague du bolchevisme, parvenue jusqu’en Gri-
mée, contraignit en 1919 les propriétaires à se réfugier
en France et à se défaire de leurs antiquités.

C’est un ensemble d’environ 300 pièces, compre-
nant à peu près toutes les catégories d’objets que
l’on recueille dans les nécropoles de la Grimée et de
la province de Kouban: vases grecs, terres cuites,
bronzes, monnaies, plâtres peints, verreries, bijoux
et parures. Nous recommandons spécialement à
l’attention des visiteurs deux admirables vases dont
l’un, une coupe représentant l’héroïne Atalante, en
athlète prêt à la lutte, appartient à la plus belle
période de l’art attique, contemporain de Phidias,
et dont l’autre, une œnochoé noire à frise de petits
personnages en barbotine peinte et dorée, a pour
sujet la naissance de Vénus sortie de l’onde amère.
Ges deux chefs-d’œuvre sont accompagnés de belles
verreries aux formes élégantes, aux couleurs nuan-
cées et irisées, parmi lesquelles on notera de hautes
aiguières, un bol peint (oiseaux et guirlandes) de
technique extrêmement rare, des vases à inscrip-
tions, etc.

Dans deux vitrines plates, on a exposé une soixan-
taine de colliers composés de peiles en pâtes de
verre, cornalines et agates, coulants et pendeloques
d’or, qui permettent de suivre l’évolution de la
parure féminine depuis le ve siècle jusqu’à l’Empire
romain. Dans une autre ont pris place des plâtres
peints et des bijoux d’or. Dans une quatrième est
placé le contenu d’une tombe d’époque gothique,
datée du me siècle par des empreintes de monnaies;
on y voit, avec une couronne de feuillage d’or, une
grande épée en fer, à garde de jade, poignée d’argent
et pommeau d’or enrichi de pierres, de nombreuses

bouclés en argent, provenant de ceinturons en cuir
ou de harnachements de chevaux, et — pièce rare
entre toutes — une charmante pyxis hexagonale, en
argent recouvert d’une mosaïque d’émaux, qui paraît
être un des plus anciens spécimens de l’émaillerie
orientale. La comparaison de ces divers objets avec
les bijoux de l’époque mérovingienne est des plus
instructives pour l’histoire des origines de notre art
médiéval: une étude spéciale en sera faite par un
savant connaisseur dans une Revue d’archéologie et
d’art.

On peut donc dire que par son intérêt historique
comme par sa valeur artistique cette nouvelle acqui-
sition compte parmi les plus importantes que le
Louvre ait faites depuis longtemps. Pour la mettre
en vue dans une partie très fréquentée du Musée, on
a choisi comme lieu d’exposition temporaire la salle
du Sacre de Napoléon par David (Salon des Sept Che-
minées).

Dans cette même salle du Sacre, on a accroché
vis-à-vis de ce dernier tableau le Léonidas aux
Thermopyles de David, en remplacement de l’Enlè-
vement des Satines transporté dans la salle Henri II
qui précède. Cette salle a été l’objet d’importants
remaniements, par suite de l’enlèvement desPrud’hon
qu’on a jugé plus logique de placer dans la grande
salle du xvme siècle (dont on achève en ce moment
l’aménagement) où ils marqueront la fin de l’art de
cette époque et serviront de transition à l’art du
xixe. Autour des Satines on trouve maintenant
dans cette salle Henri II les principales œuvres de
Gérard, de Guérin et de Girodet: du premier, l’Amour
et Psyché, le Daphnis et Chloé et le Portrait de
M. Barbier Walbonne ; du deuxième, les deux grandes
compositions de Pyrrhus prenant sous sa protection
Andromaque et Astyanax et d’Enée racontant à Didon
les malheurs de Troie (avec l’esquisse de ce dernier
tableau), et le Retour de Marcus Sextus ; du troi-
sième, les Funérailles d’Atala. A côté de ces grandes
« machines » on aura plaisir à rencontrer quel-
ques œuvres plus savoureuses : les portraits de
M. de Nanteuil-Lanorville et du Général de Salle par
Pagnest, le Portrait d’une négresse de MUe Benoist, et
les deux petites études de Géricault : Le Cuirassier
blessé et l’Officier des chasseurs de la garde.

Les Conférences-promenades
des Musées nationaux

Les conférences-promenades du lundi organisées
par la direction des musées nationaux auront lieu,
pendant le mois de juillet, aux dates suivantes:
Musée du Louvre

(3 juillet, à 10 h. 30). Dernière conférence en anglais
de miss Heywood : The Laie Veniticms.

Musée de Versailles

Conférences par M. Mauricheau-Beaupré (le lundi
à 3 h.).

(S juillet). Appartement du Dauphin et salles du
xvine siècle.

(12 juillet). Deuxième époque Imuis XV. Cabinet du
Conseil. Appartements du Roi, de Mmes de Pompadour
et du Barry.

(19 juillet). Opéra, bibliothèque de Louis XVI,
cabinets de Marie-Antoinette.

(26 juillet). Le petit Trianon.

(2 août). Création du musée, l’attique du Midi.
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