Jéquier, Gustave ; Ägypten / Maṣlaḥat al-Āṯār [Editor]
Le monument funéraire de Pepi II (Band 2): Le temple — Le Caire, 1938

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INTRODUCTION.

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aucune ingérence dans les monuments du culte royal : sur les bas-reliefs, les dieux égyptiens
dédient tous, mais sans prééminence marquée; Anubis ni Osiris, pas plus que Râ, n occupent
une place d'honneur ni ne remplissent de fonctions spéciales.
Sur aucun tableau du temple on ne voit le roi adressant une prière, un hommage ou une
offrande à une divinité quelconque. Le rôle des dieux se réduit à accueillir le pharaon dans son
domaine funéraire, à l'adopter comme un des leurs, à le protéger et à l'accompagner dans ses
sorties. Le roi défunt est l'égal des dieux, il est dieu lui-même et le service célébré dans son
temple s'adresse exclusivement à lui, tandis que les tableaux qui couvrent les murailles affirment
aux yeux de tous ses prérogatives divines.
11 s'agit donc, dans le cas du culte funéraire des rois memphites, d'une croyance fort ancienne,
autochtone et probablement générale à toute l'Egypte, conservée intacte pendant que d'autres
systèmes, plus spirituels, s'élaboraient et commençaient à supplanter peu à peu les idées primi-
tives.
H est vrai que le recueil des textes des pyramides, cette formidable compilation de la théo-
logie héliopolitaine, joue un rôle considérable dans la sépulture des pharaons dès la V" dynastie,
mais jamais cette innovation n'a entamé les rites traditionnels; concession aux idées nouvelles,
il lui a été réservé une place à part loin du temple, auprès du sarcophage, sur les murs de
l'appartement funéraire, où les formules magiques ou religieuses pourront exercer leur action
vivifiante sur l'âme du roi sans l'intervention d'aucun prêtre ou officiant, et l'introduire direc-
tement dans le monde divin.
Dans le plan complètement évolué et régularisé de l'architecte de Pepi If, le temple propre-
ment dit se présente comme un tout homogène, dominant l'ensemble des bâtiments qui forment
les dépendances du tombeau royal, mais en même temps si bien protégé par ceux-ci et par le
mur d'enceinte, que seul le couronnement des murs devait être visible de l'extérieur, comme il
convient à des locaux consacrés à un culte n'ayant rien de public. Construit à un niveau plus
élevé que celui de l'enceinte sacrée et des constructions du temple public dont il est séparé par
un couloir couvert, le temple privé est étroitement lié au massif de la pyramide contre lequel
il s'appuie et dont il est en réalité un prolongement.
Grâce aux monuments d'Abousir, relativement bien conservés dans les parties basses, nous
sommes bien renseignés sur l'architecture des avenues, des parvis et de leurs dépendances ainsi
que sur la décoration murale de ces locaux. Le haut par contre a été détruit au point que le
plan n'a pu être reconstitué qu'à grand'peine et non sans avoir recours à des hypothèses, tandis
que des sculptures il ne reste que de menus fragments. A Saqqarah, chez üunas et Teti, l'état
du temple est pire encore, mais nous pouvons déjà ici reconnaître dans le plan une similitude
presque absolue avec celui de Pepi.
Avec le temple de Pepi II, nous sommes plus favorisés, puisqu'il est le seul dont on ait
retrouvé non seulement le plan, mais suffisamment de fragments du décor sculpté pour pouvoir
reconstituer, avec de grosses lacunes il est vrai, mais de façon certaine, presque tous les grands
tableaux du sanctuaire et des deux salles voisines, soit à peu de chose près la totalité d'un
ensemble d'autant plus précieux qu'il est unique jusqu'ici et qu'il constitue pour nous le premier
document précis sur le culte funéraire des rois à la fin de l'Ancien Empire.
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