Revue égyptologique — 9.1900

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Le monument de Chabas.

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11 faut être juste. Champollion lui-même fut précédé par un Anglais : Young. C'était un savant
distingué s'étant beaucoup occupé des problèmes relatifs à l'électricité, à la lumière, à la dynamie des
forces occultes de la nature et, comme tel, membre associé étranger de notre académie des sciences. Young
était doué d'une intuition véritablement surprenante. Il sentait les choses plus qu'il ne s'en rendait compte.
Il vit ainsi que, dans le décret trilingue malheureusement fragmenté de Rosette, les cartouches entourant
des caractères qui isolément se retrouvaient ailleurs sans cet encadrement, devaient être réservés aux noms
royaux, c'est-à-dire ici de Ptolémée et de Cléopâtre. Il recueillit ainsi un certain nombre de voyelles et de
consonnes, de signes alphabétiques en un mot qui. pensait-il, pourraient donner la clef de la lecture du
texte hiéroglyphique et des monuments similaires. Malheureusement les lettres proprement dites ne sont
que l'exception dans ces documents que remplissent les syllabiques joints aux signes idéographiques. Or,
dans ce dédale apparent il se perdit complètement, passant successivement par les opinions les plus variées
et n'arrivant h rien de durable. Sa première vue n'en fut pas moins un éclair de génie, comparable à celui
qui en démotique lui fit reconnaître et analyser le papyrus dont l'antigraphe grec de Gkey était la tra-
duction et procéder de même, pour ainsi dire mathématiquement, mais sans lecture proprement dite, à l'égard
du texte démotique de Rosette — plus complet que le texte hiéroglyphique. En dômotique donc il fut
aussi notre précurseur, à Brdgsch et moi. Je devrais dire à de Rougé, Brugsch et moi, puisque ce fut
de Rougé qui remit sur le droit chemin Bkugsch, complètement dans l'erreur lors de ses premières études.

Revenons-en aux hiéroglyphes dont il s'agit en ce moment et dont nous étudions les hiérophantes.

Immédiatement après Young nous avons notre immortel Champollion. Ce fut lui qui distingua nette-
ment les deux classes de caractères idéographiques et phonétiques, qui posa les bases de la lecture dans
son dictionnaire et dans sa grammaire, entrevit la suite de la chronologie et de l'histoire, bref, dévoila dans
le lointain à nos yeux étonnés l'empire des Pharaons. Il faut bien le remarquer pourtant, Champollion ne
traduisit aucun texte en son entier. Il ne donna jamais en français que des citations et des coupures.

Le premier qui en arriva à publier une version complète de certaines stèles et d'autres documents,
ce fut notre excellent ami Birch, le regretté conservateur du British Muséum. J'ai eu, en effet, le grand
bonheur d'être l'intime de tous les fondateurs de notre science, Young et Champollion excepté.

Cependant, en dépit des quelques bonnes traductions de Birch et des travaux archéologiques ou de
classement dont Lepsius fut l'auteur, le véritable successeur de Champollion, ce fut mon bien aimé maître
Emmanuel de Rougé.

A lui appartient l'honneur d'avoir poussé beaucoup plus loin l'étude philologique et analytique.
Champollion n'avait jamais bien compris le système égyptien des syllabiques et des compléments pho-
nétiques. Ce fut de Rougé qui acheva cette œuvre désormais intangible, et qui dans son étude sur l'inscrip-
tion d'Ahmès livra à ses successeurs un modèle qu'ils s'efforcèrent de suivre en hiéroglyphes, comme il
avait livré à Brugsch un modèle qui fut suivi en démotique.

Avouons-le du reste. Au moment où Chabas entra dans la carrière, de Rougé avait fort peu produit.
Chabas, lui, sans guide et sans aide, après avoir conquis seul l'hébreu, les langues classiques, les langues
vivantes, tout en balayant la boutique d'un épicier et sans négliger de se faire peu à peu à Châlon une
position commerciale enviée, Chabas, dis-je, étonna l'Europe savante par son activité égyptologique sans
limite. Je n'énumérerai pas toutes ses découvertes dans le terrain de la philologie. Je tiens seulement a
dire que ses productions furent de telle sorte et de tel nombre qu'elles devinrent le pain quotidien de nous
tous. L'éminent directeur actuel du Musée de Leide m'affirmait que pendant bien des années il n'avait vécu
que sur Chabas, que ses livres avaient été son guide unique et qu'en compulsant ses notes si savantes et
si riches, ses index et les documents si soigneusement disséqués par lui, il avait appris toute sa science et
était devenu ce que l'on sait. Notre aimé collègue, le professeur Lieblein, qui est venu ici de si loin pour
honorer la mémoire de Chabas, pourrait, je crois, en dire autant : et ce n'est pas sans raison que le recteur
de l'université de Lyon, dont vous venez d'entendre la parole éloquente, vous citait encore le témoignage
que venait de lui rendre Maspero au sujet de Chabas dont il ne fut certes pas l'ami, mais plutôt l'adver-
saire, si j'en crois l'écho de leurs longues disputes, de leurs discussions publiques et imprimées, aussi bien
que mes souvenirs personnels.

Certes oui! Maspero doit à Chabas quelque chose. Je dirai même qu'il lui doit beaucoup, ainsi que
les égyptologues du monde entier qui tous sont en réalité les fils du génie de Chabas.

Qu'on me permette ici de relever au nom de la mémoire de cet excellent ami des allégations qu'il
aurait vivement combattues et que je ne puis laisser passer sans protestation dans cette fête en son
honneur.

Monsieur le recteur, ancien condisciple et ami du distingué collègue dont on regrette ici l'absence,
a fait allusion à certaines erreurs commises par Chabas et qui auraient été corrigées depuis. Il a cité entre
autres certains fragments de papyrus du Musée de Turin relatifs à des entretiens amoureux dont Maspero
aurait compris mieux que Chabas la portée générale. La chose n'aurait en soi rien de trop étonnant, rien
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