Texier, Charles
Description de l'Asie Mineure: faite par ordre du gouvernement français en 1833 - 1837 ; beaux-arts, monuments historiques, plans et topographie des cités antiques (Band 3) — Paris, 1849

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qui borne au sud le bassin du lac Gygès. La plupart des tumulus varient dans une hau-
teur verticale de quinze à vingt mètres. Celui qui est généralement désigné comme le
tombeau d'Alyattes a une hauteur verticale de plus de quatre-vingts mètres; quant à son
diamètre, il serait assez difficile de le déterminer aujourd'hui, par suite des éboulements
successifs qui se sont accumulés autour de sa base. Hérodote cite ce tombeau comme un
des plus grands qu'il ait vus en Asie Mineure, et dit qu'il ne le cède en rien pour la gran-
deur à ceux desEgyptiens.il était élevé sur un soubassement de pierres de très-grande
dimension ; le reste était en terres amoncelées. Les dimensions données par Hérodote (1)
ne sont pas extrêmement claires. Ce monument, dit-il, a six stades deux plèthres, et treize
plèthresde largeur. Comme la base est circulaire, quelques critiques ont cru devoir substi-
tuer le mot hauteur à celui de largeur. Comme le plèthre est de 3om,82, il s'ensuit que
la hauteur de l'édifice dépasserait 4°om, ce qui est impossible. Le pourtour est estimé
par Hérodote six stades deux plèthres, c'est-à-dire ii8Q,m,64c, ce qui donne un diamètre
de 396 mètres environ ; dimensions qui sont évidemment exagérées, en admettant même
que les eaux aient enlevé une partie de la masse de l'édifice. La partie placée au-dessus
du soubassement était conique et composée de terres amoncelées: ceci est d'accord
avec l'état des lieux. Il avait été construit aux frais des marchands, des artisans et
des courtisanes. Cinq termes placés en haut marquaient par des inscriptions la portion
que chacune de ces trois classes avait fait bâtir. On voit aujourd'hui, en effet, sur le
haut du monument, une fondation en grandes pierres, qui a environ six mètres en
carré, et au nord de laquelle on remarque une énorme pierre en forme de phallus,
dont le diamètre est de plus de trois mètres; mais il ne porte aucun caractère. Les autres
termes étaient sans doute aussi des emblèmes semblables, qui généralement servaient de
couronnements à ces antiques tombeaux. Aujourd'hui tous ces tertres sont recouverts
d'un gazon fin et serré, qui les préserve de l'action des pluies. J'ai fait une estimation
approximative du volume du tombeau d'Alyattes, en me bornant à admettre la hauteur
de 76 ra, que j'ai trouvée par mon estimation, mais en conservant le pourtour de six stades
donné par Hérodote. Le volume de l'édifice supposé entièrement de terres rapportées, est
de 2,65o,8oo mètres cubes; et si l'on admet que les terres ont été tirées du lac Gygès à
une distance de quatre stades, d'après le prix moyen de nos travaux, ce transport des ter-
res, compris le pilonnage, devrait être payé 4fr. le mètre, ce qui fait donc, déduction
faite des travaux de maçonnerie, une dépense de io,6o3,200 fr. pour la construction.

Dans un autre passage qui mérite d'être remarqué, Hérodote nous décrit la manière
dont les Scythes donnent la sépulture à leurs rois. Ils les ensevelissent sous des tertres
qui sont élevés de la même manière que les tombeaux des rois lydiens. Comme on a vu
plus haut, dans la description de Sipylus, tous les tumulus de cette métropole avaient une
chambre centrale} les unes avec un couloir, les autres parfaitement inaccessibles; il est à
croire que les tumulus de Sardes ont une disposition pareille; mais rien n'indique qu'ils
aient subi des dévastations semblables à celles qu'ont souffertes les tombeaux phrygiens :
il est bien plus facile de déplacer des pierres de taille que des masses de sable qui s'é-
boulent sans cesse. Le grand lac voisin des tombeaux, primitivement appelé lac Gygea, et
qui reçut depuis le nom de Coloë, est aujourd'hui dans tout son pourtour couvert d'une
masse de roseaux. Le temple de Diane Coloënne était dans son voisinage, mais il ne
reste aucune trace de ruines. En faisant mention de ce temple, Strabon ajoute que, dans
les fêtes de Diane, on voyait les paniers danser (/opsûstv/.a^àOouç). En lisant la suite de

(I) Liv. I, § 93.

Tome III. O
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