Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Vingt-Unieme = Siecle De Louis XIV., Tome II): Siecle De Louis XIV. — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794257]

Page: 163
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ANECDOTES. 163
CHAPITRE X X V I I L
Suite des anecdotes,
L 0 uis xiv dévorait sa douleur en public; il se
laissa voir à l’ordinaire ; mais en secret les ressen-
timens de tant de malheurs le pénétraient et lui don-
naient des convulsions. Il éprouvait toutes ces
pertes domestiques à la suite d’une guerre malheu-
reuse , avant qu’il fût alluré de la paix, et dans un
temps où la misère désolait le royaume. On ne le
vit pas succomber un moment à ses afflictions.
Le reste de sa vie fut triste. Le dérangement des Le jésuîta
finances , auquel il ne put remédier , aliéna les cœurs.
Sa confiance entière pour le jésuite le Tellier , homme de ce règne,
trop violent, acheva de les révolter. C’est une chose
très-remarquable que le public,qui lui pardonna toutes
ses maîtrelses, ne lui pardonna pas son confesseur.
Il perdit les trois dernières années de sa vie, dans
l’esprit de la plupart de ses sujets , tout ce qu’il avait
fait de grand et de mémorable.
Privé de presque tous ses enfans, sa tendrelse , qui
redoublait pour le duc du Maine et pour le comte
de Toulouse ses fils légitimés , le porta à les déclarer
héritiers de la couronne , eux et leurs descendans , au
défaut des princes du sang, par un édit qui fut enre-
gistrésans aucune remontrance en 1714. Il tempérait
ainsi, par la loi naturelle , la sévérité des lois de con-
vention , qui privent les enfans nés hors du mariage
de tous droits à la succession paternelle. Les rois
dispensent de cette loi. Il crut pouvoir faire pour son
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