Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Vingt-Unieme = Siecle De Louis XIV., Tome II): Siecle De Louis XIV. — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794257]

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198 B ATIMEN S.
Louis XIV avait du goût pour l’architecture,
pour les jardins, pour la sculpture ; et ce goût
était en tout dans le grand et dans le noble. Des
que le contrôleur - général Colbert eut en 1664 la
direction des bâtimens , qui est proprement le
ministère des arts, (.y) il s’appliqua à séconder les
( y J L’abbé de Saint-Pierre dans Tes Annales politiques, pag. 104 de son
manuscrit, dit que ces choses prouvent le nombre des fainéans ; leur goût
pour la fainéantife , qui sussit à entretenir et à nourrir d’autres efpèces de
fainéans ; que c’e/l préfentement ce qu'efi la nation italienne où ces arts font
portés à une haute perfection ; ils font gueux , fainéans , parejseux , vains,
occupés de niaiseries etc.
Ces réssexions grosfières, et écrites grosilèrement, n’en sont pas plus
justes. Lorsque les Italiens réunirent lé plus dans ces arts , c’était sous
les Médicis, pendant que Venise était la plus guerrière et la plus opu-
lente. C’était le temps où l'Italie produisitde grands-hommes de guerre,
et des artistes illultres en tout genre; et c’est de même dans les années
ssorissantes de Louis XIV que les arts ont été le plus perfectionnés.
X’abbé de Saint-Pierre s’est trompé dans beaucoup de choses , et a fait
regretter que la raisoir n’ait pas sécondé en lui les bonnes intentions.
N. E. Cette différence d’opinion entre les deux hommes des temps
modernes, qui ont consacré leur vie entière à plaider la cause de l’hu-
manité avec le plus de consiance et le zèle le plus pur, mérite de nous
arrêter.
La magnificence dans les monument, publics est une suite de l’industrie
et de la richesse d’une nation. Si la nation n’a point de dettes , si
tons les impôts onéreux sont supprimés , si le revenu public n'est en
quelque sorte que le superssu de la richesfe publique, alors cette magni-
sicence n’a rien qui blesiè la justice. Elle peut même devenir avantageuse,
parce qu’elle peutservir, soit à former des ouvriers utiles à la société , soit
à occuper ceux qui ne peuvent vivre que d’une espèce de travail, dans
les temps où, par des circonslances particulières, ce travail vient à leur
jnanquer. Les beaux arts adoucissent les mœurs, servent à donner des
charmes à la raison , à inspirer le goût de Pinstruction. Ils peuvent
devenir, entre les mains d’un gouvernement éclairé, un des meilleurs
moyens d’adoucir ou d’élever les âmes, de rendre les mœurs moins
séroces ou moins grossières, de répandre des principes utiles.
Mais surcharger le peuple d’impôts, pour étonner les étrangers par
une vaine magnificence, obérer le trésor public, pour embellir des jardins,
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