Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Vingt-Unieme = Siecle De Louis XIV., Tome II): Siecle De Louis XIV. — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794257]

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ENTHOUSIASME. 331
ne perverti (Te nt les domestiques ; et l’année d’après
un autre édit leur ordonna de se défaire des domes-
tiques huguenots, afin de pouvoir les arrêter comme
vagabonds. 11 n’y avait rien de stable dans la manière
de les persécuter , que le dessçin de les opprimer pour
les convertir.
Tous les temples détruits, tous les ministres bannis,
il s’agissait de retenir dans la communion romaine
tous ceux qui avaient changé par persuasicn ou par
crainte. Il en reliait plus ( nn ) de quatre cents mille
dans le royaume. Ils étaient obligés d’aller à la messe
et de communier. Quelques-uns , qui rejetèrent
l'hostie après l’avoir reçue , furent condamnés à être
brûlés vifs. Les corps de ceux qui ne voulaient pas
recevoir les sacremens à la mort, étaient traînés sur
la claie et jetés à la voirie.
Toute persécution fait des prosélytes , quand elle
frappe pendant la chaleur de l’enthousiasme. Les cal-
yinistes s’assemblèrent par-tout pour chanter leurs

(nn) On a imprimé plusieurs sois qu’il y a encore en France trois
millions de réformés. Cette exagération est intolérable. M. de Bdville n’en
comptait pas cent mille eu Languedoc ,, et il était exact. Il n’y en a pas
quinzemille dans Paris : beaucoup de villes et des provinces entières n’eii
ont point.
N. B. Les protestans qui vivent à Paris sont enterrés par ordre de la
police. Le nombre de morts est donc connu par ses registres , et il. en
résulte qu'ils forment environ la dixième partie de la population , les
étrangers compris. Il ne serait pas surprënasit que les protestans , relégués
par les lois dans les claïses qui peuplent le plus , enssent beaucoup plus
que doublé depuis la révocation de l’édit de Nantes.
Bâville ne mérite ici aucune croyance. Il est très-vraisemblable que la
terreur qu’il avait inspirée, avait forcé les huguenots à sortir du Languedoc,
ou à disiîniuler et à se cacher. Il étaitd’ailleurs intéresse à en diminuer
le nombre. C’était un moyen de plaire à Louis XIV, et pourquoi, après
avoir versé tant de sang pour se frayer la route du ministère, se serait-il
sait scrupule d’un niensonge ?
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