Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 1,2): Collection de mémoires sur l'orfévrerie ...: 2 — Paris, 1851

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MÉLANGES D'ARCHÉOLOGIE.

qui prist nostre saublance. De ce doit avoir li ame grant doei. Si comme ia torterelle qui a
perdu son compaignon ; si èle vient ei iieu où ii fu mort, et èie en trueve plumes ou alcun si-
gne, si en demaine moult grant doel. Ensi doit faire li ame qui a perdu son compaignon
Jhésu Crist : ele doit faire sicom une damoisele fist, fille de roi, qui remest^; si li tolirent si
anemi son iretage Li fils d'un roi en ot pitié, si prist la damoisele, si l'espousa^ si se com-
bati por lui? ; ensi reconquis son iretage, et puis fu mors s en bataille por lui. La damoisèle
prist les armes al cevaîier qui por lui estoit mors ; si les gardoit^ cascun jor, et cascun jor
ploroit sor ces armes, etmenoit grant doel. La fille le roi qui remest orfène et perdi son ire-
tage,, ce fu li ame Adam qui fu moult haus hom quant il fu en paradis ; mais il perdi son ire-
tage quant il fu fors mis et jetés, par son pechiet. Li fils Deu ot pitié de l'âme, car ele estoit
desevrée de lui et de son iretage; si descendi et si l'espousa. Le jor que il fu nés, furent faites
les espousailles quant il acompaigna*" sa déité à nostre humanité, XXXH ans *' se combati
por nos ; al daérain ^ en combatant morut il por nos en la crois. Et nos devons faire alsi corne
la damoisele : tos jors devons avoir sa mort en ramenbrance, et regarder ses armes (c'est sa
crois et sa lance, et les claus et sa corone, et tos les estrumens de sa passion ) ; et plorer cas-
cun jor de ce que nostre dous amis fu mort por nos en la bataille.
s Resta... ; LAT. remansit; AAGL. remain. Le copiste aura 9 Regarder, iTAL. guardare; comme piushaut (pageprécé-
probabiement oublie !e motor/cuc (ori'eiine), qui compiëterait dente) tTAL. et Ese. mirar; FRAKÇ. point de mi/e, mi-
te sens du verbe, et que nous retrouverons bientôt aiüeurs. roir, etc.
s Héritage, tTAL. retaggio. Associa, unit.
"Et!e. Luîinvariabie, ne nous est resté que pour te datif. ^L'auteur suppose, je pense, que notre Seigneur est
(J'en demande pardon à qui croirait te français privé (te cas.) mort âgé de trente-trois ans; sur quoi tes écrivains de cette
s Tué; nous venons de rencontrer, it n'y a qu'un instant, époque ne sont pas tous d'accord,
cette tocution que ta tangue française a taissé tomber en dé- ^ A ta tin; mot à mot dernier (aduttimumj, en dernier
suétude. tieu. On écrivait aussi d^rratM.
OBSERVATIONS,
Ce que notre prosateur raconte de sa harpie semble emprunté à une propriété dont le cro-
codile était gratifié au moyen âge. On disait tantôt qu'il imitait les lamentations d'un homme,
pour attirer les voyageurs dont il voulait faire sa proie ; tantôt que pour dévorer ses victimes
il lui fallait détremper leur chair de ses larmes. Les humanistes de la Renaissance ont sou-
vent pris cette pauvreté comme une occasion à leurs jeux d'esprit, et les ùznM&s ^
ont été exploitées par maint faiseur d'emblèmes. Je n'aperçois pas que cetle invention puisse
remonter bien haut ; à moins qu'on n'y veuille voir une altération de ce que dit Élien (XII, 15)
lorsqu'il attribue au crocodile cette ruse de répandre Beau à pleine bouche là où il prévoit
que les grands animaux, peut-être même les hommes, doivent passer; afin que, quand ils tom-
bent ou chancellent sur le sol ainsi rendu glissant, il puisse s'élancer de sa cachette vers
eux à coup sûr. Cf. Nicol. Brand, Jena, 1783; cap. I, sq.
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