Gazette des Ardennes: journal des pays occupés — Januar 1916 - Dezember 1916

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fi' Année. — N* 166. PRIX : 5 CENTIME S Charleville, le 2 Avril 1916.

Gazette des Ardennes

JOURNAL DES PAYS OCCUPÉS PARAISSANT TROIS FOIS PAR SEMAINE
On s'abonne dans tous les bureaux de poste

GUERRE D'EXTERMINATION

Un lecteur de la ■< Gazelle», citoyen américain,
nous écrit :

Avant qu'il eût été bombardé général de brigade,
Monsieur Winston Churchill expliquait dan* un dis-
cours au parlement anglais que le but de la guene
était l'cxlcrniination du peuple allemand et que ce
résultat serait atteint en quelques mois : • German
manhood is rapidly disappearing », disnit-il, m la popu-
lation mâle d'Allemagne est en train de disparaître
rapidement, et si nous continuons à tuer ion,ooo Alle-
mands par mois, l'Allemagne Ma bientôt forcée de
demander grâce. »

Ce calcul n'était pas Irop mauvais. La seule diffi-
culté était son exécution, mais ceci n'était pas du
donynnc de l'Angleterre, c'était le rôle de la France
d'exécuter le* plans de guerre anglais. Malhcurcuse-
Di nt les Allemands ne se laissent pas tuer sans se
défendre, et il semble même qu'ils se défendent très
bien, de sorte qu'on doit se demander par où commen-
cera l'extermination décrétée par l'ancien ministre et
l'actuel général Churchill.

Les chiffres fournis par le général Gallieni a la
commission de la Chambre et reproduits depuis par la
« Gazette des Ardennes » peuvent nous permettre une
Supposition. Ce chiffre de 800.000 morts est tellement
élevé que nous scriona presque tenté* de croire à une
exagération, si le chiffre des prisonniers, le seul dont
on puisse contrôler l'authenticité, n'était conforme i
celui donné par les listel officielles allemandes. Malgré
cela notre raison se refuse presque à croire le chiffre
des morts français plus grand que celui des Allemand*
tombés pendant la guerre. Les Allemands combattant
sur trois fronts à la fois, contre les Russes, les Serbes
et les Français, devraient forcément avoir plus de
morts que les Français qui ne luttent que contre un
seul adversaire. Et pourtant les listes officielles alle-
mandes dorment un total^de mort* bien inférieur au
chiffre fourni par le général Gallieni.

Une explication noua est fournie par un journal
neutre, le « Time» » de St-Louit (Etats-Unis). Dans
le compte-rendu d'une conférence faite par Mis* Board-
man, membre de la Croix-Rouge américaine, à son
retour d'une visite aux pays belligérants, ce journal
rapporte que, d'après la conférencière, l'organisation
de Ja Croix-Rouge en France ayant fait presque totale-
ment défaut, de* milliers et de* milliers de blessés
français qui auraient pu être sauvés sont morts faute
de soins, tandis que, du côté allemand, l'organisation
médicale atteignait le sommet de la perfection, de sorte
que 89,3 % des bleates allemands peuvent ictourner
au front. Cette explication, venant d'une source plutôt
favorable a la Fiance, tend à nous faire admellic que le
terrible chiffre de 80a.000 morts pourrait bien être
aussi exact que celui de 3oo.ooo prisonniers, donné
en même temps par le ministre de la guerre français.

Ces perte* énormes ont pour le peuple fiançais une
signification bien plus terrible que pour n'importe
quelle autre nation engagée dans la guerre, Nous
savons tous que Je* pertes russes sont plus lourdes en-
core, mais la population russe e*t trois fois plus grande
que celle de la France, et elle enregistre une augmen-
tation naturelle de plus d'un million et demi par an.
L'Allemagne, l'Autriche, l'Italie, toutes sont dans le
mîme cas. Partout l'augmentation, causée par l'excès
de* naissances est telle que même des perte* triples et
quadruples de celle* subies jusqu'ici ne suffiraient pas
pour causer une diminution faUle de la population.
Toutes ces nHtions vivent, pour ainsi dire, de leurs
intérêt*, la France seule dépense son capital humain.
Car la France est le seul paya où la population n'aug-
mente point. Les 800.000 mort* de la France signifient
tout simplement qu'à la conclusion de la paix la Fiance

FEL'ILLETON DE LA tGAZBTTB DEa AHD6KNES» 1

EN ALLEMAGNE

Par un Français

Lu cùUnijuutUur français, auteur du premier article
u En Allemagne » (V n5 de la a Gazette ») nous envoie
une suite d'extraits empruntât au livre : * I/Enigme nlle-
iniiidf n de M. Uoorge* Bourdon [Paru, ioi3) l'un des rare»
auteurs français qui aient fait un sincère effort pour étudier
et connaître t'Alletnaijne véritable, si complètement diffé-
tente de ce qu'uni fait d*ellê les journalistes de Paris, ,

Je revennii de IlrcMou. A la gare de Sagan, un voyugeur
monta dan* le compartiment oA j'étais seul. Ayant tiré de
mu sac un gros volume et fixé *ui sou ne* un lorgnon d'or,
il ouviit le livre, s'y concentra et, l'un cl l'autre lisant, nous
euwioni ainsi, sans doute, poursuivi notre chemin jusqu'à
Berlin, si un incident de roule, un peu plu- lard, ne nous
eûi amenés a rompre Le silence. La conversation te pour*
suivant, sou* échangeâmes nos cartes, et ma surprise fut
Mvt de découvrir, en mon compagnon de voyage, un per-
sonnage aupiès de qui le comte t.... avait accepte de
[n'introduire dès mon retour ù Beilin.

— Ah 1 ah i Vous connaissez le comte ? lit-il avec un
épanouissement jovial. Ne vous fies pas trop à son juge-
ment.

— il fuL diplomate, pourtant....

— Sans doute. Mais ce n'est rien d'être diplomate. La
diplomatie est un lubit, et l'habit ne donna pas le sens des
choses En une telle question savoir et comprendre ne sont
pas encore suffisants : il faut sentir. 11 faut être un tempé-
rament que traversent, a certaines heures, même a son insu,
connue un invisible coûtant, les grande* réactions natio-
nales. Enfin, il laul Être uu véritable Allemand, un Alita

aura 800.000 habitants de moins qu'en juillet 1914,
et si le chiffre des morts monte a un million ou plus,
Ce sera un million ou plus qu'il faudra déduire du
nombre des habitants de la France. En Hussie, en Alle-
magne, en Autriche et en Italie il en va tout autrement.
Même si le* chiffres donnés par un journal suédois
■ont exacts, même si la Russie a eu deux millions de
mort* dans les dix-huit mois de la guerre, l'excès
nuturcl des naissances aura déjà suffi pour combler les
lacunes créées par la guerre, Les autres pays dont les
pertes ont été comparativement légères auront même
augmenté leur population malgré la guerre I

Mais cette perte de 800.000 hommes dans la force
de l'âge ne montre pas toute l'étendue du mal fait a
la France I

Une diminution de* mariage* et des naissance* doit
forcément suivre la disparition de cette jeunesse, et
cette diminution pourra très probablement se chiffrer
au double, sinon au triple du chiffre des soldats morts.
Si la France perd un million de Be« lils jusqu'à la fin
de la guerre, il est plus que probable que dans dix ans
ta population aura diminué de trois millions : au lieu
de 3g millions d'habitants, elle u'en comptera plut que
36 millions. Si elle continue la guirre jusqu'à une
perte de deux millions, son chiffre de population eu
1926 sera de 33 millions au lieu des 3p. millions d'avant
la guerre.

Bref, si l'on peut parler d'une guerre d'extermina-
tion, ce n'est pas du côté du peuple allemand, mais
bien plutôt chez te peuple français que les sinistres
calculs des Anglais se réaliseront. Les Anglais, eux, ont
beau faire ces jolis comptes pendant que le peuple
français se rue au suicide, pendant que les Russes sacri-
fient des millions d'existence* humaines, John Bull
reste sur son Ile et te frotte les mains, pensant aux
bonnes affaires qu'il fait déjà, et aux meilleures qu'il
espère faire quand tout le continent tera un champ de
ruines. Il espère bien éviter le risque d'être exterminé:
let Français, les Belges, les Russes, les Serbes, et au
betoin let Indiens, le* Canadiens, les Australiens sont
là, quand il s'agit de te battre « pour le roi d'Angle-
terre », et le précieux sang anglais doit être conservé
pour de* emplois meilleur*.

Ce fut la politique d'Albion tu temps de Napoléon,
o'e«t ta politique aujourd'hui, et ce sera la politique
anglaise a uni longtemps qu'il y aura des nations dupes
tur le continent d'Europe I

BULLETINS OFFICIELS ALLEMANDS

Grand Quartier général, 30 mars 1916.
Théâtre de la guerre à l'Ouest.

Dans la contrée de Lihuns un petit détachement
allemand rumen» prisonniers, d'une petite poupée
dans la position française, un capitaine et 67 hommes.

A l'ouest de la Meuse diverses attaques françaises,
préparées pur un fort bombardement, avaient pour but
la reprise des positions dans la forêt au noid-est
d'Avocourt. Elles furent repoussées. Dans le coin
sud-est du bois, des corps ù corps acharnés se déve-
loppèrent et te poursuivirent dans la nuit, jusqu'à ce
que, ce matin, l'adversaire dut céder ici aussi. La
lutte d'artillerie continue très violente sur les deux
rives de la Meuse.

Dans un combat aétien ù l'csl de Bapaume le
lieutenant Immelmann mit hors de combat son
douzième avion ennemi, un b'plan anglais dont les
passagers sont prisonnier* entre, nos mains.

Dis bombe* ennemies, jetées sur Metz, tuèrent un
toldat et en blessèrent quelques autres.

Théâtre de ta guerre à l'Est.
Au sud du lac de Narocz les Russes abandonnèrent
hier leur* attaques ; leur artillerie resta encore très

•)

liiund historique, a la lois traditionnel et moderne, un
Prussien, si vous voulez. Moi, je tuis Pnis«icn.

Mon interlocuteur avait une certaine manière grass<* de
parler, mais non pus vulgaire et, par instants, éloquente.
11 tenait des propos réfléchis, parmi lesquels la vivacité de
son regard semblait jeter de la lumière, et qui prenaient,
de l'air d'intelligence de son vaste front, une singulière au-
torité. Je le savais d'ailleurs homme de culture et de sens.
Haut fonctionnaire de l'Empire, maintes fois chargé de
mimons à l'étranger, auteur de travaux historiques lucides
et nets, il dispose d'un crédit justifié. C'était pour moi une
chance de le rencontrer là, de le tenir dans la liberté d'un
long télé à téle, dans l'abandon d'une causerie que rien
d'autre, linon sa volonté, ne pouvutt borner que notre ar-
rivée en gare de Berlin, près de trois heures plus tard. Avec
ta grosse moustache rousse et ses cheveux blancs coupés
ras, avec sa voa. autoritaire;, il semblait terrible ; mais bien-
tôt je le reconnus bonhomme et plein d'obligeance.

— Beau sujet, grande question, qui vous amène chei
nous, fit ilP II n'en est pu de plus sérieuse. Pour nous au-
tant que pour vous. Elle domine tout notre avenir. Elle do-
mine 1 avenir du monde. C'est terrible, ne trouvez-vous pua?
Mais j'ai bien peur «rue nous ne nous entendions jamais 1

— Jamais ?

— Oh I je ne veux pas dire ce que vous croyez I Non,
non. I«es misons d'entente sont au contraire, entre vous et
nous, nombreuse». Je veux diie que voua ne comprenez pas,
et je crains que vous ne compreniez jamais.

— Est-ce de notre faute tout à fait .'

— Un peu de la notre, si vous voulez; suait beaucoup de

la vôtre. D'abord, vous ne croyez pas____Ah I ne dites pas

non. Je vous connais bien, allez. Je vais souvent en Erance.
Tel et tel sont mes amis, et nous parlons ensemble 5 coeur
ouvert. Je vous le répète, vous uc croyez pue. Pour la
moyenne de l'opinion française, un Allemand est un brutal
ou un menteur, ou les deux ensemble. Et vous dites u uu

active à cet endroit, ainsi qu'à l'ouest de JacobsUidt et
au nord do Widsy ; le calme s'e-it fait près de Postavvy.

Théâtre de la guerre aux Balkans.

Rien de nouveau.

Gr-nid Quartier gênerai, 31 mars 1916,

Théâtre de la guerre à l'Ouest.

Dans beaucoup de secteurs du front la canonnade
réciproque a sensiblement repris pendant celte
journée claire.

A l'ouest de la Meuse le village de Maluncourt cl les
organisations de défense attenante* des deux côtés,
furent enlevés d'assaut ; ti officiers et 322 hommes non
blettés sont tombés entre nos mains.

Sur la rive Est la situation est sans changement ;
aux abords des tranchées françaises uu sud du fort de
Douaumont, il y eut de brefs combats rapprochés.

Dans des combats aériens dans la contrée d'Arras
et de Bapaume les Anglais perdirent 3 biplans. £>eux
dis aviateurs sont morts. Le lieutenant Immelmann
a abattu ainsi son là0" avion ennemi.

Théâtre de la guerre à l'Est.

Le* Russes se bornèrent, hier encore, à bombarder
fortement nos positions sur les fronts attaqués jus-
qu ici.

Théâtre de la guerre aux Balkans.
La situation est sans changement.

BULLETINS OFFICIELS FRANÇAIS

Paris, 36 mars 1010, soir.

En Belgique, nous avons bombardé les tranchées
ennemies à l'est de Boeemghe et aux abords d'Htt-Sas.

tin Argonne, actions d'arullenc assez violentes dans le*
tecteurs du Four-de-Paris, des Courtes-Chausses et de la
ILritc-Gievauché*.

Activité aesez gronde de l'artillerie à l'ouest de la
Meuse, sur nos deuxièmes lignes ; à l'est, dans la région
-dciu oèlfl du Poivre et de Douaumont; en Woevre, dons
lis secteurs des Cotes de Meuse.

An. 1... action d'infanterie au cours de -la journée.

Journée calme sur 1* reste du front.

Paris, 26 mars 1910, 3 heures.

A l'ouest de la Meuse , bombardement très violent au
cours de la nvrit des secteurs Mûlancourt-Esnes-côlc 301,
tans actions d'infanterie.

A l'est de la Meuse, nuit relativement calme.

Quelque activité d'tirlillene en Woevre.

Au bois le Prêtre, deux coups de mains dirigés par
l'ennemi tur nos tranchées de la « Croix des Carme* » ont
été repousses par notre fuafUade. L'ennemi a dû se retirer,
laissant quelques morts sur le terrain.

Dons les Vosges, nous avons cauoené des coin ois de
ravi loville ment a Waltwiller.

Aucun événement Important & signaler eur'le rwte du
Iront. * -

Dans la nuit du 25 au 2*i mors, deux de nos avions ont
lancé seize obus de gros calibres sur les bivouacs ennemis
a Nanlillois et a Mont faucon.

Paris, 26 mars 1B1G, soir.
En Argonne, concentrations de feux sur lea nœuds de

co|ii.i)uaication en arrière du front ennemi. Nous avons
bombardé des convois de ravillenient au nord d'Apremonl.

A l'oue3t de la Meuse, bombardement violent antre le
village et le bois de Malancourt et sur nos positions de
deuxième ligne. Aucune action d'infanterie.

A l'est de la Meuse et en Woevre, canonnade inter-
mittente. Noire artillerie e'est montrée très active sur tout
l'ensemble du front, notumrnent dans la région de Gnmau-
couit, où un tir de noa batteries a provoqué plusieurs
explosions, et dans la région de Harville, où noue avons
dispose, un important convoi.

Allemand » ; bavarois, taxon, wurtembergeoit, badoii,
prussien*, hessois, etc., sont de* distinctions où tous n'en-
trez pas. Qu'il vienne de Berlin, de Dresde, de Breslau, de
Francfort, de Leipzig, de Munich, de Brème ou de Cologne,
un Allemand pour vous est un Allemand, c'est-à-dire un in-
dividu sournois, mal dégrossi et brutal I

Dans tous let actes où il' vous apparaît tel que vous vou-
lez qu il soit, vous le jugez naturel et sincère; et si, mani-
festement, il est outre, vous ne doutez pas qu'il ne cherche
4 vous tromper. \ oyons, est-ce que ce 11'est pat cela ?

Comme je faisais un geste vngue, le voyageur, sans plus
attendre, poursuivit :

— Vous avez aussi décidé que l'Allemagne a pour vous
des sentiments hostiles, qu'elle vous surveille, vous guette,
qu'elle cherche le moment favorable de vous accabler....
Vous ne réfléchissez pas qu'en ce cas elle serait bien mala-
droite. Combien d'occasion» se sont offertes, les meilleures
qu'il suit, qu'elle a !<:" - ■ échapper I Elle aurait pu pro-
liler, sans remonter plus haut, du moment où votre alliée
russe avuit affaire en Mandchourie, ne pas attendre que
votre imilié uvec l'Angletene fut scellée ; elle a eu, pendant
plus de sept ans, pour prétexte permanent, le Maroc. Je
vois, au contraire, qu'elle u patiemment donné à la Russie
tout le temps de se rétablir, qu'elle n'a rien tenté pour in-
terrompre votre tlirl avec l'Angleterre, enfin que, dans l'af-
faire marocaine, à Taagtv, ù Algétîno, à Casablanca, à
Agadii, guidée par une triomphante diplomatie, elle n'a
pus cesse, fùl-ee uvec fracas, de reculer.... Ma parole, al
i'AilcxiUigne é*t voire ennemie, je vous en souhaite beuu-
uuup du pareilles I..ht vous n'avez pas voulu voir,
tvtiUglxJ tianv-, a quel poiiil elle -OuhaiUut de devenir
\11l1v amit 1 Poîlfsfllpj votre aulie ? Uh I ce n'était pus seu-
L utrni pai tj mpathie poui un grand peuple intelligent,
1rUiuf.l1 ieux et c-utfUC; c i t pjrco que, pai une telle alliance,
(a paix du monde eut été déllnitivemcûl assurée ! voilà com-
111. ni I' \li. in ff'uci 1 il bi Ui'i-jcUiC 1,

A l'ouest de PonUa-Mousson, un tir de nos canons de
tranchées, dirigé tur des abris allemande, a délerminé
l'«xplotion d'un dépôt de grenades. Bombardement de la)
gare de Vigneulles-les-Hatlonchatel par no* pièces a longue-
portée.

Dans les Vosges, activité de noire artillerie tur let
organisation» allemandes de la vallée de la Fecht.

Hier malin un de nos pilotes a abattu un avion allemand
qui est tombé près de nos lignes dant la région de

Douaumont.

Paris, 27 mura 11)10, 3 heures.
En Argonno, lutte de mines, a notre avantage, a la s7tts>
Morte.

Combats h coups de bombes dans le secteur des Courtes-

Cbausses.

A l'ouest de la Meuse, nuit relativement calme.

A l'est d« la Meuse, lutte d'artillerie ininterrompue sur
le front Douaumont-Vaux.

En Woevre,. bombardement assez violent, notamment
don* la région de Moulainville et de Chalillon.

Pa* d'action d'infanterie.

Sur le reste du front, nuit calme.

CORFOU __

VASTE TOMBE ÛES SERBES

Un correspondant de la « Stampa », grand journal de
Turin, donne sur la situation de l'armée serbe a Corfou lu

description suivante, qui constitue une terrible accusation
contre l'Entente, ti riche en promesses irréaliséc) vls-k-vi»
de la malheureuse Serbie :

« Let générations a venir refuseront, en songeant ou
drame de. la Serbie, de voir dant cette hiitoire véridique

autre chose qu'une légende inventée. J'ai vu l'entrée des
Autrichiens a lielgiade, et la lulle sanglante qui l'accom-
pagna. J'ai vu le* premières heures de 1a reliait* sur la
Morava et le morne désespoir de la divieion Schumadija,
j'ai vu l'exode de tout un peuple, et dans un silence jusîi
saisissant que celui de la mort, le triste cortège des chariots
conduits par de* femmes tûmes de petits enfants et de lum
vieux grandt-pères. '

k J'ai vu la lutte à mort de la capitale ambulante de
NUch et j'ai entendu, dans l'hôtel où siégeait k Skoupsch-
tina, le chant du cygne d'une nation.

m Mais plus tragique encore que Belgrade et que la Mo-
rava, que MilroviUa «t Ko^o^o, est l'image de souffrance
que l'on voit & Vido, un coin d'enfer dans l'île enchantée
de Corfou.

u Tandis que la SciLic était à l'agonie, le tambcui bat-
lait, dans let vUlagcs de la vieille Serbie, l'tppcl des garçons
à* 17, 16 et i5 ans ; pendant qu'on mettait en sûreté le*
restes de l'armée ainsi que les archives, on essayait de
réunir ceux qui allaient seulement devenir de* homraei,
mais qui étaient déjà capable* de porter un futil et d'oc-
cuper une place dans les rangs des combattants. Ou appe-
lait let garçont tout les armes, pane qu'on ne pouvait pré-
voir quand viendrait la fin de la guerre. La dernière Iev4ja
comprenait 3o,ooo iccrucs. Au départ, ils liaient ce
nombre.

» On verra tout à l'heure combien ils étaient en sui-
vant. Les autres, les vrais soldats, avaient sur la route de
la retraite, des lieux de rassemblement ; quelle (pie fût fa
gravité de leur défaite, ils recevaient pourtant encore des
ordres ; quelques régiments avaient même encore leur dra-
peau, un insigne de campagne, autour duquel ils pom aient
te grouper. Mais la colonne de ces garçons n'avait ni chefs,
ni commandements, ni quoi que, ce fût à se mettre sous les
dents.

« A la frontière albanaise, un gendarme serbe attendait
les recrues. U étendait le bras vert l'ouest et disait 1 la co-
lonne : « Allez droit devant vous ; dans un mois vous trou-
verez la mer, et il y aura là des vaisseaux pour vous
prendre, u Puis le gendarme serbe se retournait et allait re-
joindre son régiment.

u La colonne des recrues s'en allait vert l'ouest. La
marche durait de* jours, de* temainet. Par centaines, les
jeunes hommes tombaient, épuisés de fatigue, de faim cl
de froid. Chaque campement était marqué d'un tas de ca-
davres, qui s'étaient couchés vivant! la veille, pour ne plus
jamais se relever-. Les jeunet gens se nourrissaient dlierbt
et d'écorce d'arbres, et, quand ils arrivèrent au but, ile
n'étaient plus que i5,ooo. A la mer, nombreux furent en-

— Si elle est pacifique, pourquoi ne cesse-t elle d'aug-
menter ses aimemeutt ? Pourquoi sou patriotisme prend-i!
si aisément det formes agressives et impérieuses ? Pour-
quoi'P....

— Voilà bien, fit eu 111'interrompant mon interlocuteur,
let questions que j'attendais. Et combien de fois inc les
a-t-on posées en Fiance 1 Je pourrais voua dire que si l'Ai-
Umagne augmente ses armements, c'est que, n'ayant aucun
dessein d'attaquer, elle veut cependant se garder contre
toute surprise et t'aaturer let moyens de vaincre; et je vous
donnerait d'outrés raisons encore, qui teruieot également
valables. Mais c'est une façon de discuter qu'il finit laisseï,
toute légitime qu'elle soit, aux polémique» dee journaux.
Je pense que vous êtes venu eu Allemagne pour entier uu
peu plus avant dous le sujet et pour connattre, nu delà des
motifs superficiels et éphémères, les raisons profondes des
choses. Je vous dirai donc que, s'il est difficile, en effet, de
pénétrer l'orne d'un peuple étranger et d'y reconnaître le
jeu des mobiles tecrett, il n'est pas permis, en tout cas, A
qui essaye de le comprendre, d'ignorer son histoire. Com-
bien de Fninçtta connaissent la notre ?____On leur ensei-
gne des uomi de souverains, des dates de batailles et de
traités, tout lr uhu-bohu des perfidies, des lumen, des vio-
lences, des rOv^uciliations, qui sont, en tout payt, la ma-
tière de* précit historique* ; on leur dit que l Alleuingne,
jusque hier, était une fiction, que toute la civilisation occi-
dentale s'est développée tant elle, en dehors d'elle. ... Mais
T'hisloire vraie, j'entends celle des idée», des mœurs, qui
t'atteste dent let écrits des contemporain», qui d'âge en âge,

t'élabore, k précise, évolue, qui s'en informe?---- Vous

voulez savoir ce que pente aujourd'hui l'Allemagne, vous
cherchez la direction de te* forces vitale» ? Ett-cc donc hier
ou ce matin qu'elles te sont mises en mouvement P Allez-
vous négliger cet lient mystérieux qui, a travers le temp»,
donnent k une race son unité et lui font une belle conti-
nuité ? f A suivre.)
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