Gazette des Ardennes: journal des pays occupés — Januar 1916 - Dezember 1916

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2' Année. — T\T-

Charleville, le 1" Septembre 1916.

Gazette

JOURNAL DES PAYS OCCUPÉS PARAISSANT QUATRE FOIS PAR SEMAINE

On s'abonne dans tous les bureaux de nostc

Le jaunie entrant en guerre

w En annonçant la déclaration do guerre que- lu Rou-
manie vient d'adresser à rAutriche-Hongrie, nous ajou-
tions que cet événement n'est nullenient inattendu.
Avant la guerre déjà, les puissances de l'Entente, lu
Uussie, l'Angleterre et lu France, comptaient purint les
politiciens roumains de nombreux partisans qui n'ont
cessé, depuis deux uns, de pousser le gouvernement de
Bucarest à lier partie avec les ennemis de l'Auliiche-
Hongrie, dont les nationalistes roumains, tout comme
les » irrédentistes •> italiens, voudraient bien entamer
la peau, — en oubliant, il est vrai, que l'ours est tou-
jours bien vivant I

C'est donc une guerre'd'agression et de coiiqucie
qu'entreprend la Roumanie, en entrant dans le camp
de ceux qui osent se dire les défenseurs du droit et
les adversaires du «militarisme agressif», ,Ce faisant,
la Roumanie déchire en outre, tout comme l'a fuit
l'Italie, un traité d'alliance qui la liait à l'Autrichc-
llongric.

Hais à quoi bon s'en étonner ? L'Histoire jugera le
côté moral de celte guerre. Elle découvrira aux yeux
d'un monde écœuré tous les fils de l'intrigue qui pré-
para la catastrophe meurtrière, et qui s'efforce à
présent de rétablir par tous les moyens la partie com-
promise, où les gouvernements alliés engagèrent leurs
peuples. ■

L'heure n'est pas venue encore de cette liquidation
morale, d'où la « politique d'affaires », telle qu'elle se
pratique là où gouvernent les cliques d'« avocats-poli-
ticiens 'i, sortira ilétrie. L'heure est à Faction virile et
aux grandes réalisation*. A Bucarest comme à Home,
ce ne sont pas les hommes d'action, ce ne sont pas
les soldats qui ont opté pour la guerre. Ce sont les poli-
ticiens aveuglés par les grandes promesses et enchevê-
trés dans l'intrigue diplomatique, où triomphe la ruse.

C'est avec un calme complet que les peuples en
armes d'Allemagne et d'Autriche-Hongrie et leurs vail-
lants alliée turcd et bulgares accueillent l'entrée en
scène de la Roumanie, persuadés que celle-ci s'aper-
cevra bientôt, comme l'Italie, que ses politiciens res-
ponsables viennent d'engager dans une voie fatale le
peuple dont ils tenaient en mains la destinée.

La presse de Paris et de Londres, si habile à substi-
tuer l'illusion à la réalité, ne manquera pas d'exploiter
l'entrée en lice de U Roumanie comme étant un signe
précurseur de la «victoire» tant attendue. Les lecteurs
dégrisés se rappelleront cependant que l'an pateé, déjà,
lorsque l'Italie ottaqua l'Autriche, lejs journaux pari-
siens tinrent le môme langage. Avec bien plus de
raison m*ême : car l'Italie représentait une force autre-
ment sérieuse que la Roumanie. Et pourtant, au bout
d'un an, qu'a-t-elle atteint P Non seulement elle n'a
pas rapproché la « victoire d alliée ; celle-ci s'est même
^éloignée depuis. Elle n'a réalisé aucun "de ses buts de
guerre et n'a pu empêcher ni la grande offensive vic-
torieuse austro-allemande en Russie, ni l'écrasement de
la Serbie et du Monténégro, ni l'adhésion de la Bul-
garie au bloc central, ni l'établissement d'un pont
direct et solide entre la Turquie et ses allies.

Tous ces succès des armes austro-allemandes, tur-
ques et bulgares, la Roumanie espère-t elle pouvoir les
réduire à riçn P Espère-t-elle vraiment briser de sa
frêle épéc le bloc d'acier contre lequel les plus grandes
puissances militaires de l'Europe s'acharnent en vain
depuis deux ans ?

Ce n'est pas sans un réel soulagement qu'on a pris
connaissance du côté des Puissances centrales de cette
décision roumaine qu'on n'avait ni désirée ni pro-
voquée, maie qui met fin à une neutralité indécise et
toujours suspecte/

Il n'est pas douteux que c'est sons la pression irré-
sistible d'influences combinées, sous l'implacable me*
■ nace anglo-russe que le gouvernement de Bucarest a,
pris sa décision qui engage l'existence même du peuple

rouinmn. Si celle, décision avait été libre, elle se serait
n tliiinement produite bien plus tôt', en même temps
Vue l'intervention Malienne, alors que la situation des
Puissances ce nivales était bien moins bonne qu'au-
jourd'hui, alors que la Serbie était intacte et la Bul-
garie indécise, alors que les années austro-allenftodes
n'occupaient pas encore toute la Pologne et que les
Busses avaient escaladé les Cai pallies, menaçant la
plaine hongroise.

Aujourd'hui l'intervention roumaine iipparait
comme, une (foi suprêmes enrti s que la Quadniplc-
Entente a pu ajouter h .«on jeu.

II n'est pas improbable que lit crainte d une r>uI-_
Mnë puissante, capable de venger la lâche spoliation
dont illc fut victime, en iot3, de la part de la Rou-
manie, ait conlribué à définir la politique roumaine.
On se souvient qu'alors que l'armée bulgare, afl'.ublie
par la guerre turque, était aux prisée avec les Serbes
et les Grecs, l'armée mumaine L'attaqua de dos, occu-
pant sans coup férir, dan» une expédition qu'aucun
journal parisien n<* taxa- dv v glorieuse », la Dobrutcha
bulgare. Depuis ce jour, la conscience roumaine
devait craindre la force bulgare I

Quoi qu'il en soit, les mauvais bergeis qui condui-
sent le peuple roumain ont accepté de lui faire suivre
la voie des sacrifices, OÙ l'ont, précédé d'autres petits
Etals, vassaux de leurs grands "protecteurs» : la Belgi-
que; la Serbie et le Monténégro. Nous nous garderons
comme toujours de prédire l'avenir. Nous ignorons le,
sort qu'il réserve à la Roumanie. Mais nous savons
que le ajfSnil sur lequel clic s'apprête à moidrr, est
trop dur pour ses dents I

BULLETINS OFFICIELS ALLEMANDS

Grand Quartier général, le aoiil

rht'tftre de la guerre à l'Ouest.

Dans .beaucoup tîu secteurs du front l'activité de l'artil-
lerie ennemie s'est accrue. Dans la région, de la Somme et
de ta Meuse la canonnade redevint de nuuveau très violente.
Au Mord de la Somme des attaques anglaises, entreprises
avec d'importantes forées, se rehouvolèrent entre Thicpval
cl Poziè-res. Elles ont échoué a*ec pertes sanglantes et abou-
tirent partiellement au corp^ fi corps, qui continué avec
acharnement au \ord d'Ovilleis. Plusieurs attaques a la
grenade furent rejelces au bois de Delville et au Sud lis! de
Guîllemont. Sur la rive droite de la Meuse Je6 Français atta-
quèrent entre l'ouvrage de Thiaurnunt el Fleury, uv^nême
que sur la montagne boisée. Lee vogues d'assaut s'effondrè-
rent dans le feu d'urhlleric, d'infanterie et de, mitrailleuses.
Au Sud et au Sud-Est de Saint Mihiel, de faibles poussées
ennemies restèrent sans succès ,

Trois avions ennemis furent abattus en combat aérien :
l'un au Sud d'Arras, deux près de Dapifume. Un quatrième
tomba indemne entre nos mains à t'Est de Saint-Quenim.

Théâtre de la guerre à t'Esl.

Ln situation est-en général sans changement.

En quelques endroits le feu d'artillerie fut'un peu plu*
vif. A l'Ouest du Stocliod, piés de> Rudka—Czenviszcze, il
y eut des combats d mfanleiie. Au Nord du Dnj'ettr de fai-
bloe attaques furent îepoussées et plus de 100 prisonniers
ont été fait*.

Dans les CarpaLhes des rencontres ont eu lieu avec des
avant-garjes lusso-roumaincs.

Près de Buisitlyn (a la Gnila—Lipa) un avion russe fut
obligé d'atterrir au cours d'un combat aérien.

Théâtre de la guerre aux Bail.uns.
Pas d'événement d'importance particulière.

al, la jij aoùl 1910.

Thiàtf* de lu guerre à l'Ouest.

Dans la région de la Somme l'aitillerie drveioppa de part
d d'autre une activité puissante et continue, des (iliaques
ennemies ne purent se développe! pendant la journée, par
Kinte de nos feux de barrage efficaces. Le soir et dans la nuit
de fortes attaque* débauchèrent de la liync d'QvilIcrs—
Pozièrea et entre Guîllemont et Muurepas, tandis que plus
loin, jusqu'à la Somme et au delà, jusque dans la région de
Chrlly, 1 ennemi prêt à l'assaut ml également retenu pen-
dant lu nuit dans ses tranchées. !Nous mainli-nom inlégrale-
inent nos positions. Au Nord d'Ovillers et de Pozicm nos '
biaves troupes ont de nouveau rejeté, dans un rude corps
a coups, les détachements anglais qui avaient "pénétré chez ■
nous sur quelques points.

Sur lu rive drorle de lu Meuse de nouvelles attaques fran-
çaises, préparées par une violente canonnade, conlie nos
positions entre le village et le bois du Chapitre, je sont de
nouveau effondrées. Au Sud-Est de Fleury l'ennemi lut
icjeté par contre poussée. »

Au Nord de la rivière tic l'Ancre et à l'Ouest de Mûl-
bau*fU deux avions ennemis furent mis hors de combat eu
duel aérien ; doux avions ont été abattus par feu antiaérien
au Nord de la Somme ; un cinquième dut-allerrir dans nos
lignes près île Soyécourl. \

Théâtre de Tu guerre à t'E»t.

Au Nord des Caipaliies aucun événement d'importance
particulière Des troupes allemandes ont enlevé d'assaut la
montagne jde Kukul. - .

Thcdtre de lu guerre aux UdUuns. ..

Ln situation est eu général sans chafigemeiit.

\ v • »

LA GUERRE NAVALE.

Berlin,,» août IfllG (Officiel).

Le s à août un de nos sous-maiius coula, dans la partie

ECplcnluonule de la Mer du Nord, un croiseur auxiliaire

anglais.

(Il s'agit évidemment du « Duke 0} Altiùny u, dont la
peite a été annoncée de source officielle Anglaise.) ■

BULLETINS OFFICIELS FRANÇAIS

P4ris*r21 août 1910, soir.
Au Nord de la Connue, nos troupes oui allumé vois 17 heures
les positions allemandes de la-iegiou de Maiin-pas et, ai<iC= avoa
enlevé d un seul clan la partie du village que l'ennemi occupait
encore et les Uaiiclicea avoismanlos, ont porlô leur ligne a deux
conta meures ju delfi sur un front d'environ deux kilomètres
s étendant de la voie terrée au Nord, du village-jusqu'à la
croupe 121 au Sud-L'sl- Nous avons (ait deux cents prisonniers
au cours do celte opération et capture une dizaine de mitrail-
leuses. Au Sud de la Somme, la lu Lté d'artillerie se poursuit dans
les secteurs d'Estrees et de Linons. Sur la rive droite de la
Meuse, l'ennemi a lancé plusreurs cunirc-atluqueB a la grenade
sur notre nouveau front entre Thiaumont et Fleury. Toutes ses
tentatives pni élo brisées par nos leux. Nous avons légèrement
progressé au delà de la lisière est de Fleury. Les combats do la
journée ont porté a trois cents, dont nuit officiers, le chiffre des
prisonniers faits depuis hier dans ce secteur.

Paris, 25 août 1016, 3 heures. Vf
Au Nord de la Somme, nos*treupes so sont consolidées pen-
dant la nuit sur le terrain conquis au Nord et au Nord-Ëst de
Maurepas. Au Sud du village, les Allemands ont lance une-
violente' contre-attaque sur le mamelon 121, occupé par nos
troupes, fauché par nos tirs d'arliilcrie et nos feux de mitrail-
leuses, l'ennemi n'a pu aborder nos lignes en aucun point et a
subi de lourdes pertes. Une soixantaine de prisonniers, dont deux
ofliciers, sont restés entre nos mains à la suite de celte attaque.
Le nombre total des prisonniers valides fait par nous dans ce
secteur, dcpflis hrer, dépasse trois cent cinquante. Entre l'Avro
et l'Aisne, la lutte dartillerie a été assez vive au coins do la nuil
dans les régions de Roye, Lassiyny et Moulin-sous-Toment Sur
la nve droite de la Meuse, grande activité dol déni artilleries
dans la riigion de l'ouvrage de ThiaumouL Vers deux heures une
IgntaUvo des Allemands conLre le village de l lcury a complète-
moul Cchooé En torcl d'Aprcmonl, un bombardement assez vif
de nos tranchées a cm suivi d'une tentative d'attaque qui a été

arrêtée nel pai nos tirs de barrage. Près de Chuuvoncoutl, un
coup de marri ennemi sur un de nos petits postes a édioué sous.

La 'juerre aérienne : Dans la journée d'hier un de nos pilotei
.1 abaLlu un biplan allemand qui s'est écrasé sur le soi près de

Grcmecey (Nord-Esl do Nancy).

J^ns, 25 nom 1910, loir.
Sur le front de ln Somme, nous avons poursuivi, su cours de
la journée, nos tirs d'artillerie sur les organisations allemandes.
Lo chiffre des prisonniers faits par nous dans les combats d hier
□lieint actuellement six cents. Huit nouvelles mitrailleuses ont Cté
retiouvees aujourd'hui dans la partie de Maurepas que nous
avons enlevée. Au Sud-Est de Saint-Mihiel, une tentative alle-
mande, dirigée au cours de la nuit sut la Croix-SainUcan, a été
antléc par nos feux Une autre attaque sur nos positions du bon
d Ailly a réussi a prendre pied dans nos éléments avancés, d'où
elle a été immédiatement rejeléc par notre contre-attaque. Canon-
nade habituelle sur le reste-du front

.Pans, 26 août 1016, 3 heuree.
Sur lo front de la Somme, dans la région au Sud de Maurepas,
la IuLle d artillerie a été violente hier en fin de journée el pendant
une partie de la nuit. Vers vingt-deux heures une forte recon-
naissance ennemie 0 été dispersée- par nos feux ver» la cote 121.
Les Allemands n'ont pas fait d'autre tentative. En Champagne,
a la suite d un intense bombardement, l'ennemi a attaque vers
W113.L el une heures trcnle nos positions a l'Ouest de Tahure en
deux endroits différents. Arrêté» sur un point par nos'Une de
barrage, l'attaque a pria pied ailleurs dans un polit saillant de
nuire ligne d ou nous l'avons refoulée peu après par une conlre-
atlaque a la grenade. Sur la rive droite de la Meuse, l'ennemi a
violemment bombarde la région de Tmaumont el de Fleury et a
monû a plusieurs reprises de vives actions offensive» sur le vil-
lage et sur nos positiojisi aux abords de l'ouvrage de Thiaumont.
Aucune de ces tentatives n'a réussi à aborder nos lignes. En
Lorraine,' nous avons pris sous notre fou une reconnaissance
'allemande devant Neuviller (Nord-Ouest de Badonviller). Nuit
relativement calme sur lo reste du front.

Lu guerre aérienne : Sur tout l'ensemble du front, notre avia-
tion s'est montrée hier particulièrement active et a livré a l'en-
nemi dé nombreux combats au cours desquels elle a nettement
marque sa supériorité. Dans la région de lu Somme, .trois appa-
'roiid allemands ont été ali.ilus, l'un par le eous-houlenant
Nunseisci', qui a descendu ainsi son onzième adversaire. ; la
douxiéiuc par l'adjudant Dorme, dont c'est à ce jour la septième
V te loir 0 , le troisième est tombé près du Eerlain. Trois avions
mil: aillés de Lrès près par nos pilotes ont atterri brusquement
avec dbs avaries- Près de Craonne, nos canons antiaériens ont
abaLlu irh fokker, Au Nord de Chtlons, vn fokker attaqué et
poursuivi pirjuo brusquement dans ses lignes et capote au sol.
Dans la région de Verdun, un avion allemand est abattu en flam-
mes ■ vers Mogeville. Deua, autres avions sérieusement touchés
descendent desemparés l'un dans ta forêt de Spincourl, l'autre
pics de lroameix. Dans la région de Ponl-Ù-Mousson un fokker
a Ole mis hors do combat D autre part, deux ballons captifs alle-
mands ont été incendiés par nos aviateurs, l'un au Nord.de
l'Aisne (région de Paissy), l'autre sur le front de la Somme, vers
Meènil-Siùit-Niceiio, Enlin, il sa confirme que le 23 août un bal-
ion captif allemand a été abattu par nos canons antiaériens et- est
tombe en flammes vers iïezonvaux, région de Verdun. La nuit
dernière un avion ennemi a jeté huit bombes sur Baccarat. Les ■
degàls matériels sont uisigïlifiants. On signale un blessé Léger.

BULLETINS OFFICIELS ANGLAIS

{Fronl occidental.)

_ Londres, U août 131e, 2 h. cl 10 h. 30 soir.

U-enncmi a fait la nuit dernière do vigoureux efforts pour ■
regagner te terrain perdu par loi entre la gare de GuillemuuL et
la Carrière; a lu 6uilo dune violente préparalion d'artillerie com-
mencée à 20 h. 45, il a tancé une puissante attaque d'infanterie
qui s'est avancée avec tani do résolution qu'elle a réussi, en
quelques endroits, à atteindre nos tranchées Un vit combat noua
a permis de rejeter Kg Allemands sur tous les points, en leur
faisant subir des pertes importâmes. Cet échec a été suivi d'un
nouveau bombardement intense, exécute à 0 h. 30 par l'artdleria
allemande, mais cette fois, aucune attaque d infanterie , ne s'est
produite Près de la redoulo Hohenzollcrn, l'ennemi a' également
bombardé nos lignes avec violence el tenté un coup de main qui
a complètement échoué ; l'infanterie allemande n'a pu en aucun
point parvenir jusqu'à nos tranchées. Au Nord-Ouesl de La
Bassée, un coup de niairi heureux uous a permis de pénétrer
dans les lignes ennemies

Cet après-midi, nous avons réalisé une nouvelle avance d en-
viron 300 mètre* au Sud de Thiepval ; 400 mètres de tranchées
et un grand nombre dt- .prisonniers sont restés antre nos mains.
Hier,. 02 nouveaux prisonniers, dont 2 officiers sont venus
s'ajouter _aux 164 signalés précédemment. Ceux, que nous avons
faits aujourd hui n'ont pas encore été dénombrés. Une ciiaquo
a la grenade contre nos nouvelles positions au Nord do Ba/eutin-
le-Pclil a èle aisément enrayée la nuil dernière. Ce soir, l'ennemi,
répondant au [eu de notre artillerie, a violemment bombarde noa
lignes.

FEUILLETON DE LA «G4ZLÏTC DUS ARDEHNES* 13

LA VICTOIRE

Pai Paul ACKEB.

ma^&^iS-'*-*:»- ---'■-'. .

André ne se meGa.it pas, au contraire. Pacot conseillait
de construire tout doucement, au Caluis même, avec leur*
propres moyens, un nouvel appareil ; on l'adupleraiL, on fe-
rait de petits essais sur le champ ;'on corrigerait, on amé-
liorerait. Ainsi on atteindrait le printemps, où l'on transpor-
terait l'appareil, bien au point, ù Reims, à Vrllacoublay ou
a LtampuB. Que de périls dans une précipitation inutile 1
^ Andie ne voulut rien entendre.

Les indemnités qu'il avait dû paver aux propriétaires des
pâtures. Cl l'interdiction bizarre que le maire avait lendue
de voler certains jours, le dégoûtaient du Catois. L'apparerl
fut expédié à Paris, chez un constructeur, et la, sous la di-
rection d Andie, qui non seulement activait par' sa piésence
l'ûtivrage, mais encore, du malin au soir, infatigable, aidait
les ouvriers, on changea le moteur contre un moteur plus
pui*sanl, on ajusta sur la tige d'acier l'hélice a axe vertical
denier^ lliélice à axe horizontal, et on disposa sous les ailes
ifites les panneaux amovibles. Un By&lème de débrovage um-
blablfl à celui des automobiles permettaient de produire ou
d'arrêter le mouvement, soit alternatif, soit simultané des
hélices.

Patol grognait contre ce travail qu'il appelait un travail
« au pus gymnastique », tout en y dépensant le meilleur de
son habileté el de son zèle, Rouard se contentait souvent db
suivciller. Andié s'aperçut très tôt que le séjour de Kouaru
a Paris avait réveillé en lui le goût d'y vivre.

En jouissant des plaisirs de lu capitale, Rouard B'éta>t
■préparé des regrets. Sans doute, l'aviation l'intéressait, maïs
celle dea meetings ou des circuits, en France ou à l'étranger,
qui assure une vie animée, et non celle qui se cantine entre
les quatre murs d'un atelier. Le etcur vide d'une passiom qui
lui allégeât l'exil du Catois, il était^ersuadé — car il no par-

tageait p.is la confiance d'André — qu'il faudrait y retourner
et s'y enterrer pour chercher, dans la solitude monotone, la
solution d'un problème insoluble. Alors ce serait l'auloiqne,
"puis l'hiver . dans ce village perdu, quelle tristesse 1 £1 com-
bien de temps cela durerait-il ? Non, il ne se sentait pas le
courage d'accepter une pareille existence.

— Tu sais, dit-il un jour à André, ne coinjHc pas sur moi
pour monter avec toi

— J'ai toujours eu l'intention de monter seul, répondit
André*. "

C'était vrai. Il avait toujours pensé qu'à lui seul appar-
tenait le danger. Mais une telle marque de mcfiunce.'en lui
révélant combien peu il communiquait sa foi à son collaoo-
raleur, lui causa une peine tris vive. Cependant il n'eu laissa
rien paraître. Il connaissait un peu Boulet, un aviateur cé-
lèbre qui, après avoir accompli de nombreuses performances,
avait loué près d'Elampes, à cûlé de l'école militaire, un
cha.mp d'expérience et d'excursions. Le ik août, l'appareil
s'y trouva garé.

André demeura toute une semaine avec houurd cl Pacot
dans une petite ferme située a deux kilomètres d'Llouipes et
que le propriétaire industiicux avait aménagée en hôtel.
Comme il se rendait chaque matin et chaque soir sur l'aéro-
drome, il se lia très vile avec ses voisins, les ofGc.ers de
l'école militaire, conquis par leur bonne humour et cette sim-
plicité avec laquelle, par tous les temps, sans appAt de ré-
OOmnenee ou de gloire, avec méthode et discipline, il* ris-
quaient leur vie. Là, une génération nouvelle utilisart pour
des héroismes nouveaux les vieilles qualités de la rar.r, quel-
que temps endormies, la gaiOlé insouciante, le san^-îroid
audacieux et 1 élégant mépris de .la mort.

— C'est des hommes, monsieur André, disait Pacvt, qui
clouent la bouche aux unlïrmlîlaristes.

André dînait souvent avec eux ; de longues conventatiom
prolongeaient la soirée. En se fortifiant de leur courage,
chaque jour, U comprenait mieux quel le magnifique réserve
d'énergje constitua l'armée. Lui, qui se croyait EUpéxi&x tiux
autres hommes, qu'a*'ait-il donc fuit qui méritât un 1 (elle
efitime de soi-même? Quand il entendait ceux-là parlei si na-
turellement des terribles nécessités de leur métier, el si
naturellement évoquer la mémoire des victimes : « X .. I ah I
oui, il s'est tué à Bue... Z...I ahl oui, ïl s'est tué à Verdun »,

confus, presque honteux d'être au milieu d'eux, sans la
faible auréole du moindre exploit, il ne brûlait que de Ifs
égaler et de les dépasser. Tous, ils avaient examiné son ap-
pareil, les uns élogreux, les autres laconiques, se rappelant
qu'ils étaient des pilotes, el non des inventeurs. Mais ce
qu'André se proposait ne-les étonnait pas, rien ne les éton-
nait plus ; il pouvait réussir..... il pouvait se démolir. Seul,
un contremaître de Boulet, un énorme garçon, loiijouia
suant, vêtu d'un tricot bleu, un foulard autour du cou, la
pipe à la Douche, répétait, sans qu'on sût au juste si c'était
admiration ou ruillerie : s Sacré appareil, sacré appareil 1 »
Le septième jour, comme l'atmosphère lui semblait pro-
pice, André, pressé d'agir, annonça ù Pacot qu'il voleiait, le
soir. En arrivant au champ, il reconnut, qui causait avec
Boulet, Gaston Le Dorât. Cette présence inopinée le con-
traria.

— Quel hasard I

— Oh 1 ce n'est pas un hasard, répondit Le Dorât. J'ai
desintéièts chez Boulet... je viens quelquefois... J'ai appris
que vous deviez essuyer aujourd'hui un vol sur place ;
alois.. ..

—- Ma mère ne se doute de rien P

— De rien D'ailleurs, ,je n'ai pas vu Mm* Crayan. En
tous cas, j'aurais gardé le silence.

— Merci,

André ajouta, par politesse :

— M1" Le Dorât est la.?

— Non.

— Non I A elle, non plus, vous n'avez rien dit de "mes
intentions ?

— Si.... mais....

— Mais quoi p....

— Excua»-moi ; cela ne l'intéressait pas.

— Ah 1 fit André, un peu froissé.

Décidément, Madeleine ne lui pardonnait pas d'avoir ac-
cul illi par une ironie dédaigneuse ses enthousiastes approba-
tions. Et, en effet, il aurait pu lui exprimer d'une façon
moins claire son sentiment : c'était une feanme, une jeune
bile, une amie des siens. Elle devait être Mon irritée, pour
que, si friande de tous les a évents a sensationnels, elle
shtât pas 1 ce vol, dont seule elle n'ignorait pas- la date. EUe
avait donc une aine iîère.

Il demanda : ~, «

— Elle est restée à Paris P

— Non, elle m'attend u Etampcs, chez des amis Voua
nous ferez, j'espère, le plaisir de dîner avec nous P

— Oh I ce soii, je tiens ù dîner avec Rouard et Pacot.

La journée s'achevait , les grands biplans de lioulcl icn-
Iraient dans leurs hangars, êt les quelques amateurs, qui
s'étaient offert un court voyage dans les airs, regagnaient
Elampes.

Sous l'abri métallique dont on avait relevé les tuiles,
Rouard vérifiait l'appareil Pacot appoita à André son chan-
dail et son casque. Le Dorât l'éloigna quelques instants, puis
revint.

— En somme, votre appareil, maintenant, c'est une
combinaison de l'hélicoptère et de l'aéroplane. Ça me sur-
prendrait qu'il marchât.

— Je le verrai bien, dit avec tranquillité André qui bou-
tonnait,son chandail.

Le Dorât se taisait : '

— Mon cher, dit-îl enfin, avec effort, comme s'il hé?ilait,
vous avez réalisé un type très original d'aéroplane... c'est
certain. Si j'étais vous — je vous le répète, car je considère
que c'est mou devoir — j'aurais établi deux ou trois m oids
— un seul même aurait suffi — et je l'aurai» présente à la
Commission militaire. C'est exactement ce que réclame l'ar-
mée, un appareil solide, léger, simple... de plus, pai un
record, vous prouviez ce qu'il vaut. Abandonnez-moi votre
vol sur place, il en est temps encore, et ôtez-moi votre iiélice
a axe vertical, vos doubles surfaces portantes. Vous engagez
un bon pilote, il promène votre marque sur des aérojiomea
CL, en novembre, vous exposez votre aéroplane au Salon de
l'aéronautique... Vous paierez un pou ou beaucoup de ré;
clame dans quelques journaux... je m'occupe de l'afïdire...
je la lance.... j'ai'dea anus au ministère.... aprûa vos essaie
devant la commission militaire, à Reims el à Villacoublay,
vous recevez des commandes... Alors nous constituons une
sociélé par actions et vous voila constructeur pour l'aimée,
une situation superbe... Vous me rendez service, je l'avoue,
el même un grand service... Mais a vous aussi, je surs utile,
très utile,,. Votre histoire de voi sur place... entre nous, ai
vous ne vous cassez pas la figure, vous aurez de la chance.

{A suivre.)
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