Gazette des Ardennes: journal des pays occupés — Januar 1916 - Dezember 1916

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2- Année. — N» 218.

Charleville, le 2 Juillet 1916.

Gazette

HH6S

JOURNAL DES PAYS OCCUPÉS PARAISSANT QUATRE FOIS PAR SEMAINE

On s'abonne dans tous les bureaux de poste

DU JUGEMENT IMPÉRISSABLE

L'Histoire des peuples, comme la vie dei homme*,
est, dans ses variations continuelles, un éternel recom-
mencement. Dans la grands lutte actuelle où, en marge
des batailles sanglantes, nous voyons l'insinuante phra-
séologie d'un groupe l'acharner à discréditer l'adver-
saire qu'il ne parvient pas à vaincre, en écrivant sur
le drapeau de sa guerre d'intérêts tout matériels 1m
grands mots de h Droit » et « Civilisation », il est bon
de jeter parfois un regard vers le passé. Nous y trou-
verons les plus lumineux enseignements. L'Histoire de
France ne se charge-t-cll* pas de déjuger, à chaque
page presque, l'aveugle politique dont 1« peuple fran-
çais subit aujourd'hui les sanglantes conséquences }
Pour savoir quel est le parti qui lutte aujourd'hui pour
l'avenir et la liberté de l'Europe, il suffit de connaître
cette histoire.

Citons un témoignage qu'aucun Français ne reniera.
Dans le « Moniteur » officiel de la première République,
nous trouvons une page écrite en pluviôse de 1 année IX
(9 février 1801J, et qui porte le titre : « L'Angleterre,
ennemie de l'Europe, a En voici les passages essentiels :

k Les alliés de l'Angleterre onl toujours été set
victimes. En récompense de tout leur dévouement, ils
n'ont jamais eu à attendre d'elle que le poste le plus
périlleux dans la mêlée.... Dans tous les siècles, la
politique de ce peuple de commerçants a été la même.
11 vilipende le sang des peuples alliés. Apres le succès,
il s'en attribue k lui seul le mérite. Apres la défaite, il
en rejette la responsabilité sur les autres....

« L'Europe n'a pas un moment à perdre. Je ne puis
comprendre le malheureux enthousiasmé pour l'Angle-
terre qui a parfois égaré les peuples. Ne devrait-on pas
enfin juger ce pays non d'après les écrits de ses
apologistes, mais d'après les actes de sa diplomatie ?...
Je ne veux pas m'arrêter à prouver que l'hégémonie
des mers n'est pas autre chose que la rêve d'un fol
orgueil. Grotius, Vatel et d'autres grands écrivains ont
traité à fond ce thème qui ne saurait être épuisé en peu
do mots. La mer appartient à tous, parce que, sans lire
l'œuvre des hommes, elle est accessible à tous. Elle doit
être seulement une route, un trait d'union entre les
différentes parties du globe.

k H faut enfin imposer des limites à l'expansion de
cette puissance usurpatrice dont sont tributaires les
souverains de l'Inde et qui considère les roi» et les
prinr-*»* dp. l'Enrflne, cpTimw se* jalarjéi.... C'est un
fait-remarquable et attesté par le* plus anciens monu-
ments de l'histoire que ks peuples qui ont tuoeetsive-
aient dominé sur l'Inde, étaient les plus riches du
monde. Ce vieux et fertile pays renouvelle a tout
moment ses richesses. C'est lui qui alimente l'orgueil
et le luxe des tyrans de la mer. On doit par conséquent
tôt ou tard affaiblir ces derniers au cœur de leurs
richesses et de leur force véritable. Ce but important
De pourrait être atteint que si l'Egypte ouvrait un jour
la route commerciale du vieux monde k tous les peuples
européens. Alors, les richesse* de l'Inde deviendraient
leur bien commun. Or, toutes les spéculations commer-
ciales du ministère anglais «ont dirigées contre un tel
plan qui avait déjà été réalisé par Alexandre le Grand
quand il relia l'Europe et l'Asie dans la ville portant
son nom. ... Ne voit-on pas l'Angleterre, domina-
trice de l'Inde, chercher une nouvelle proie dans la
conquête de l'Egypte ? Si l'Angleterre réussissait k
prendre pied au Caire et dans l'isthme de Suer comme
elle l'a déjà fait au Cap de Bonne Espérance et à
Gibraltar, ta tyrannie arrogante ne connaîtrait plue de
bornes ; le commerce et les mers deviendraient à tout
jamais ses esclaves.... »

Et l'auteur de ces lignes conjure tous les peuple»
de se coaliser contre l'Angleterre, de lui fermer

leurs ports pour l'empêcher d'écouler ses produits....

«Si l'Angleterre, ajoute-t-il, repousse les voeux du
continent, elle sera bientôt châtiée et les jours de son
déclin ne tarderont pa« k suivre ceux de sa grandeur.
Que les neutres persistent dans leur système.... et
leur indépendance sera garantie. Dès que l'Angleterre
aura poussé le premier cri d'angoisse, le continent
trouvera le repos et deux mondes seront vengée.... »

Cette page, qui est une lumineuse justification de
1a cause que défendent l'Allemagne et ses alliés, a été
dictée par le général Napoléon Bonaparte, Premier
Consul de la première République, futur Empereur des
Français.

BULLETINS OFFICIELS ALLEMANDS

Grand quartier général, 1* 29 juin 1916.
Théâtre de la guerre à l'Ouest.

Sur le front anglais et à l'aile nord du front français la
situation d'ensemble est essentiellement lâ mime que le jour
précédent ; les poussées de patrouille» ennemies et de déta-
ohements d'infanterie plus Importants, de même que les
attaques au gai ic sont multipliées. Partout l'adversaire cet
rejeté ; les vagues le gaz rcaLèrent sans résultat. La lutte
d'artillerie a atteint partiellement une grande violence.

Sur notre front au nord ds l'Aisne et en Champagne,
entre Aubérive et les Argonnes, les Français entretinrent un
feu plus vif ; ici aussi des attaques de moindre importance
furent facilementrepoussées.

Sur la rive droite de la Meuse, au nord-ouest de l'ouvrage
de Thiaumont, de petits combats d'infanterie ont eu lieu.

Théâtre de la guerre à l'Est.

Des attaques russe?, exécutées par quelques compagnies
entre Dubatowka et Smorgon, échouèrent sous nos feux de
barrage.

Près de Gncssitchi (au sud-est de Ljuhtcha) un détache-
ment allemand prit d'assaut un point d'appui ennemi s. l'est
du Njemen, Gt prisonniers a offleiers et 56 hommes et prit
3 mitrailleuses et 3 lance-bombes.

Théâtre de ta guerre aux Balkans.

Rien de nouveau.

Grand Quartier général, 30 juin 1910.
Théâtre de la guerre à l'Ouest.

Hier encore et au cours de le, nuit, nos troupes repous-
sèrent de* attaque* anglaises et français*)*, siar plusieurs
points, antre autres, près de Richebourg, 'par une prompte
contre-attaque. Les attaques ennemie* au gaz continuèrent
sans résultat. . La forte activité de l'artillerie se maintient
sans Interruption.

Des détachements français avançant au sud-aat de Te-
llure, prèa de la Ferme « Maison* de Champagne », furent
rejetés avec perte* eanglantea.

Sur la rive gauche de la Meuse, nous avons fait des pro-
pre» à la cote 3o4. Sur la rive droite du fleuve, aucune ac-
tion d'infanterie n'a eu lieu. Le lofai des prisonniers faits
Ion de nos succès du 23 Juin et dans notre défensive contre
Us gronder contre-attaques françaises s'élève à 70 officiers et
1,200 hommes.

Le capitaine Boelcke abattit, dans la soirée du 97 Juin,
pria de la forme de Thiaumont, son dix-neuvième avion
ennemi, le lieutenant Parscbau, au nord de Péronne, se
19 Juin, son cinquième. Dan* la région de fioureuilles
(Argonnes) un biplan français fut descendu par nos tirs de
défense.

Thédlre de la guerre à l'Est.

A part un combat avantageux pour nous au nord du
lac d'Ilsen, au *ud-oue»t de Dûnaburg, rien d'essentiel k
signaler de la partie nord du front.

Groupe d'armée du général von Linsingen.

Au sud-est de Linicwka des contre-ntlaques des Russes,
Oui bu té* à nouveau par nos troupes hors de leurs positions,
restèrent sans BUCpès. Nous avons fait plus de 100 prison-
niers et pris 7 ni lirai lieuses.

Théâtre de la guerre aux Balkans.
La situation est sans changement.

BULLETINS OFFICIELS FRANÇAIS

Paris, 24 juin 1916. soir.

Sur la rive gauche de ls Meuse, la journée a été relativement
ealrue sauf dans la région de la cote 3u4, où noa positions ont été
bombardées par un tir lent et continu.

Slit la rive droite, bombardement intense de nos lignes dans
1* secteur de la cote 321 au nord-est de la cote de Froide-Terre
et dans les bois du Chapitre *t du Chenois.

La. lutte a continué ce mu un aui aborda du village de Fleury
dont l'ennemi eal parvenu à occuper quelque» maisons.

Pas do changement dans le» autres secteur» de la rive droite
où l'on ne signale aucuns action d'infanterie.

Journée calme sur le reste du front.

Paris, 25 juin 191(1, S heure».
Sur la rive gauche de lu Meuse, uno attaqua allemande sur nos
tranchées de» pentes sud du Mort-Homme a été arrêtée par
SjO» (eux.

Sur la rive droite, le» combats ae sont pourauivi» au cour» de
la nuit dan» le secteur de l'ouvrage de Thiaumont ou nos contre-
attaque* nous ont permis d'enlever quelque» élément» de tranchée
à l'ouest de l'ouvrage. Dans te village da Fleury, nous avons
réalisé quelque progrès a la grenade. Le bombardement s'est
maintenu violent dans les autre» lecteur» de la rive droite »an#
■Ction d infanterie.

En Lorraine, au nord-est de Pont-a-Mousson, une forte recon-
naissance ennemie a été dispersée dan» le bois Cheminot.

Dans les Vosges, une tentative d'attaque de nos positions de
la vallée de la Favo a complètement échoué.

, La guerre aérienne : Dan» la nuit du 24 au 3s) de» avions
allemands ont isncé des bombe» sur Lunèville, Baccarat et Saint-
Dïé. Les dégât» matériels sont peu importants. Des enfants ont
été blessés à Saint-Dié. Il est pris acte en vue de représailles.

Paria, 25 juin 1916, soir.

Sur les deux rives de la Meuae, on ne signale aucune action
d'infanterie au cours de la journée.

Sur la rivo gauche, intense activité de l'arUllcrte dan» les
régions de la cote 304, du Mort-Homme et de Chattancourt.

Sur la rivo droite, le bombardement a redoublé de violence I
partir de 17 heures dans les secteurs de Froide-Terre et de Fleury.

Aucun événement important à signaler sur le reitc du front en
dehors de la canonnade habituelle.

Pari», 26 juin 1915, 3 heurea.

En Argonnc, une tentative.de l'ennemi dirigée sur un de no*
petits postes à la Fille-Morte a été repoussec à coups de grenades.

Sur la rive gauche de la Meuse, duel d artillerie particulièrement
vif dan* la région du Mort-Homme.
■ Sur la rive droite, une attaque allemande prononcée cette nuit
sur nos positions à l'ouest de l'ouvrage de Thiaumont a complè-
tement échoue aou* nos tir* de barrage et noa feux d'infanterie
Au coura d'une opération locale entre le bois du Fumin et le
Ghenois, noua avons enlevé quelques éléments da tranchées enne-
mies. Dans le* autres secteurs ou ne signale que des actions
d'artillerie.

Nuit calme sur le reste du front.

BULLETINS OFFICIELS ANGLAIS

(Front occidental.)

Londres, Z4 juin 1910, II heures soir.
Hier encore, les aviateurs allemands ont montré de l'activité.
Ko» éelaireur* ont attaqué et chassé un* Tcconnaisssnce de *ht
aéroplane» qui essayaient de franchir noa lignes. Un de nos
appareds, se rapprochant du sol jusqu'à 900 pieds, a tire A coupa
de mitrailleuse »ur de» prolonges et en a fait fuir les attelage* en
panique. Fendant la nuit, nos tranchées des parages de Givenchy
et k l'ouest d* Messmes ont été soumise» a un bombardement
Intermittent. Noa patrouille» ont fait au nord-est d'Arras deux
prisonniers. Aujourd'hui, notre artillerie a été plua active qu'A
rorclnalr* sur tout 1* front. Las batteries allemande* ont riposté
en «anonnant no» position» dan» le voisinage du bois d'Autfauillc,
ée ïtansart at d'Ypre». Au nord de la redoute Hohenzollern, A peu
de distance devant no» tranchées, les Allemanda ont fait éclater
an* min* qui n'a p»» aausé da dégâts. L'émission d* gaz par Isa
Allemand» au sud-ouest de Messines signalée hier provenait an
réalité d'un bombardement avec des obus chargé» de gai.

Londres, 25 juin 1910, 3 heures.

Hier soir, après un court bombardement, l'ennemi a tenté un
raid sur nos tranchées au nord-est do Looa. Il a été repoussé,
lsissant trois morts sur le parapet. Au nord de la rivière du Douve,
des travailleurs ont essayé de cisailler nos fils d* 1er, d» ont été
repoussés laissant deux morts. Aujourd'hui, notre artillerie a
continué avec activité »on action sur tout le front. 11 y a eu d*a
duels d'artillerie »ur plusieurs points et un bombardement violent
prés du Ncuville-Sainl-Vaast, au »ud de Vally et *u nord de la
route d Yprea A Mcnin. Vers le bois do Thiepval et A HameL
l'ennemi a bombardé violemment avec des mortiera de Iranchéea
et de l'artillerie. Près d Hulluch, nous avon» détruit un mortier d*
tranchées. Depuis hier aûir, l'ennemi a fait exploser quatre mine*,
deux en face d'Hulluch, un» au sud de la route d* Bèthune A la
Basaée et une au nord de Neuvc-Cbapelle. Ce» mine* n'ont pa*
causé de pertes. Dans l'après-midi, nou* avons détruit cinq
ballons- saucisses.

EN FRANCE

AUTOUR DE VERDUN.

Les derniers succès allemanda autour de Verdun ont ému
l'opinion en France. A ce sujet, on mande do Pana au ■ Corriere
délia Sera » ;

a L'avance rapide de* Allemands duns les derniers com-
bats qui se sont livrés près de Verdun a vivement impres-
sionné. Certes, les Français peuvent être rassurés quant i
la bravoure de leur armée et A la vigilante de se* chefs,
mais on ne doit pas se dissimuler toutefois que l'ennemi a
progressé plus rapidement que l'on ne s'y attendait. Sans
aucun doute, le cercle autour de Verdun — position qui a
d'ailleurs perdu actuellement l'importance militaire qu'elle
avait au début de la bataille (I) — se resserre toujours da-
vantage. Malgré le* déclaration* rassurantes des critiques
militaires concernant les conséquences de l'abandon de
Verdun, celui-ci n'en causerait pas moins une irritation pro-
fonde en France....» *

d L'offensive allemande prise il y a trois jours, à l'est de
la Meuse, est formidable. A aucun moment de la bataille
pour Verdun, nos adversaire* n'ont employé de moyen*
aussi puissants que ceux dont ils font usage cette fois. Le
nombre des pièces de tous calibres qui, sans relâche, bom-
bardent nos positions, est considérable......

b II est encore impoasible, A l'heure actuelle, de préciser
les avantages remportés par nos adversaire* sur nos vail-
lants défenseurs, dont le* exploits, s'il* étaient contés,
émouvraient jusqu'aux larmes et qui n'ont pas dit leur der-
nier mot. La situation est sérieuse, car le terrain gui répare
noire ligne de résistance principale de la place de Verdun ett
maintenant limllé, très limité..........

(Coup de ciseaux du censeur.)

■ La tâche imposée à no* années héroïques, dont on no
dira jamais assez haut les magnifiques prouesses, est pres-
que surhumaine. Les positions que tiennent les Allemanda
sont, à coup sûr, meilleures que celles où nou* sommes ins-
tallés, et puis,' pour rappeler la parole d'un général qui
s'est illustré à Verdun : « Une bataille est .bien difficile à
livrer quand on a une rivitre à dos. » Or, l'armée française
a la Meuse derrière elle, à quelques kilomètres......»

Dana le mémo numéro du même journal, le lieutenant-colonel
Roussel écrit:

« Notre ligne du secteur oriental est écornée il les abords
du plateau de Souville se trouvent A découvert. Rien ne tert
de cacher ce qui existe, ni de se mettre un bandeau sur les
yeux. Il convient au contraire de regarder de sang-froid
une situation qui, sans cire compiornise, devient sérieuse,
et se garder de rien exagérer dans aucun sens. Car on ne
gagne pas plu* à se gaver d'optimisme qu'à broyer du
noir sans raison.

On a dit — et les communiqués russes le répétaient
encore hier matin — que des prélèvements importants de
troupes avaient été faits sur le front français pour parer à
l'offensive de firousailoff. Je n'en crois pas un mol, ou c'est
alors que le kxonprina ferait sortir de terre les bal ai lions
avec lesquels il aou* attaque. A chaque instant, il jette dan*
la fournaise de* forces nouvelles, comme les 70,000 homme*
d'avant hier. Est-ce 11 la façon de faire d'un homme qui
aurait été obligé de se dégarnir P....

Après la prise de Vaux, celle de Thiaumont n'est plu*

FEUILLETON DE LA tGAZETI B DE* ARDENTES*

LA GUERRE FATALE

Par le Capitaine DANKIT

Du côté anglais, le* quais apparaissaient littéralement
nous de monde : les jardins qui montaient en terrasse en
armrc de ViLtoiia-Embrankment, le* vastes bâtiment» de la
gare de Charing-Cross, les terrasse» du Board-of-Trade
[.Ministère du Commerce), du National-Club, du Cecil-Hùtei,
du Savoje-Ilùlcl, du New-Scotland-Yard (Préfecture de po-
lice), du vaste Palais de Sommersey, du Temple, du Collège
de Siun, les embarcadère* de Waterloo et de Westminster,
ta terre-plein de l'Aiguille de Cléopâlre, tout était recouvert
d'une foule tellement épaisse que l'ou ne distinguait plus
Il verdure des massifs du dallage des quai» ; et on ne pou-
vait «empêcher de songer, en voyant le» batterie* d'artille-
rie française se ranger en face de ce grouillement humain,
sur la rive droite et devant l'entrée des ponu, a l'effroyable
QsSMacre qui se fut accompli là, si une volonté Impitoyable,
un ai. te de folie ou un coup de désespoir eussent déchaîne
l'orage des canons.

L'apparition des pantalons rouges à l'entrée des pont*
a^n I produit un effet extraordinaire ; la rumeur de l'émeute
e&oit tue soudain ; le resserrement de la masse populaire
sur le Palais du Parlement semblait •'être arrêté ; le* deux
partis qui s'apprêtaient à se déchirer, le peuple trop pauvre
et l aristocratie trop riche, ressemblaient, à 00 moment, 4
deux bêles sauvages prête» à se déchirer dan* leur cage,
mais que b k ue uu domnteur fait reculer maîtrisées et crain-.
fcec*.

Sur tout le développement des quais do la rive droite, le*
bataillon» de» II' et V corp* s'étaient massés, l'armo au
pied ; les batterie* alternaient avec les régiments ; les monu-
ments publics, les hôtels, les gares étaient occupés et mis eû
«»t de défense ; le palais de Lambeth et l'hôpital Saint-
Thomas, qui regardent le Parlement, le San ger»-Amphithéâ-
tre, le* stations de Waterloo, de Ooods et du Pont de Londree,
la grande usine de poteries Doulton, l'hôpital de Bethléem

recevaient des garnisons variant de une compagnie à un ba-
taillon. C'était l'achèvement de ls main-mise de l'armée sur
Le Londre* de la rive droite.

Pas un soldat français ne franchit le fleuve.

Le généralissime, en donnant cet ordre formel, avait
voulu précisément laisser à l'émeute le champ de bstiillc
de la rive gauche ; il était certain que nulle preasiun ne
aérait supérieure à celle-là pour forcer la main du Gouver-
nement anglais, et il eut jugé Imprudent, avec les seule»
force» dont 11 disposait oc jour-là — deux divisions et demi
ayant été laliaéec à la liaière *ud de la ville — de s'enfoncer
plu» avant.

Cependant l'Immense pavillon britannique à la tripla
•voix Bottait toujours *u sommet de la haute tour de Victo-
ria et on pouvait *e demander d'où allait partir l'initiative
st'uxte solution. Le généralissime allait-il envoyer une som-
mation au Gouvernement, ou ce dernier allait-il arborer la
drapeau parlementaire P

Le Parlement britannique était en aéance, car le phare
électrique qui brillait depuis plusieurs heure* au-dessus de
la tour d* 1 Horloge, s'allumait quand le u Speaker » décla-
■mit la séance ouverte et s'éteignait dé* qu'elle était levée.

Ce ne fut ni de Westminster, ni du Quartier Général fran-
çais que partit l'Initiative de* négociations.

Elle vint d'un côté d'où personne ne l'attendait.

Ver* une heure et demie du soir, une grande barque
à fond plat, de celle* qui s'attachent au flanc de* bateaux
dragueurs pour recevoir i* grève et les boue* du fleuve, se
détacha de l'embarcadère ds 8alnt-Paul et actionnée par
•nielque» rameur», se mit à remonter lentement le ileuve. La
marée montante aidait au mouvement. Cette barque portait
k l'avant un large drapeau blanc et une trentaine d'homme*
s'y tenaient «erré» le» uns contre les autre*.

C'était la délégation que le Conseil Métropolitain envoyait
au général français : et il était curieux da constater que le*
représentant* de ce peuple, le premier du monde par sa ma-
rine, n'avaient trouvé pour s'embarquer à celte heure histo-
rique, qu'un misérable bateau de boueur.

Avaient-ils l'intention de s'affranchir du contrôle du Gou-
vernement anglais P Voulaient-ils, par leur démarche, signi-
fier qu'ils représentaient à eux seul* le capitale, ou bien
■'evatent-U* pu, k travers le* flot* inoompreisibles du peu-

^gagner Westminster et se faire jour Jusqu'au Parlement*
ne le sut, mais quand Ils débarquèrent sur la rive droite,

Frès du pont de Westminster, le commandant Montaigne, de
état-msjor du généralissime, portant le brassard blanc, les
reçut, les encadra dans un piquet de cuirassiers qu'il avait
■mené avec lui et les conduisit à Saint-Georges-Cireus, où
était installé depuis midi le Quartier Général.

I* général Jeannerod les reçut et écouta leurs offres de
■egociatious.

Ils se chargeaient d'assurer la sécurité de l'armée fran-
çaise dans la capitale, pourvu qu'elle fût immédiatement
ravitaillée : chaque matin, en effet, on trouvait des cadavre*
d'hommes, de femmes et d'enfunU morts de faim dans tous
les quartier* de l'Kast-End et la situation ne pouvait plus se
prolonger quarante-huit heures ; si l'armée française cou-
pait le* communications avec le Nord et arrêtait ainsi le*
maigre* approvisionnements qui arrivaient encore do oe
«ôté, c'était la fin, et le* délégués ne répondaient plus de*
extrémités auxquelles pouvait se porter une pareille multi-
tude d'affumés.

Le Président de* TradcB-Unions, qui avait pris le nom de
Wat Tylcr, en souvenir du célèbre forgeron qui ovait fait pé-
11 é ter dans Londres l'insurrection victorieuse des paysans
an i38i, prit ensuite la paroi a :

— Ce n'est pas nous, dit-il, qui avons cherché cette
guerre : c'est Chamberlain, le génie malfaisant de lu vieille
Angleterre ; aprts les hontes du Transiaal, il a cru relever
lo prestige de l'Impérialisme en ■'attaquant k la France :
nous ne demandions, nous autres, que du travail, et nous
en avions assez de la guerre précédente : que les Vpper ten
thousnnds paient les frais de celle-ci : ils sont assez riche*
pour cela ; quand vous aurei évacué notre sol, nous sau-
rons régler nos comptes avec eux et inaugurer un nouvel
ordre de choses : en ce moment il n'y a pas de temps à
perdre en négociations : nos femmes, nos enfants ne peu-
vent plus attendre.

Le généralissime comprenait l'anglais : il avait laissé le»
délègues parler sans les interrompre Quand ils eurent fini,
U leur demanda dans leur langue de qui Ils tenaient leur*
pouvoirs.

— Du peuple, répondit le Président des Trade-Unions.

— Pouvez-vous en justifier P

Et comme ils ne répondaient point :

— Le Lord-Maire au moins, l'élu des aldermen, eet-tl
pormi vous ?

Le Président des Trade-Unions eut un sourire ironique.

— Non, gronda-t-U, il n'a pas voulu venir sous prétexte
qu'il avait prêté aerment au souverain en entrant en fonc-
tion» ; c'est un lord, c'est-à-dire un repu comme les autre* ;
U Un faut la manteau d'hermine et le collier d'or pour qu'il
consente à se déplacer ; son affaire à lui est de faire circuler
la 0 loving cup » (coupe d'amour) dans la salle du festin et
non do prendre la défense de* misérables de Londres : c'est
nous, nous seuls, qui les représentons.

— Alors, fit le général en s« levant pour montrer que
l'audience était finie, je ne puis traiter avea un pouvoir qui
u'existe pas ; mon Gouvernement ne peut reconnaître que le
Gouvernement actuel qui siège à Westminster : rien ne peut
Itra conclu en dehors de lui.

— Et le Roi P demanda Wat Tyler, le reconnaissex-
tou» P

— Orte* oui, et un trailé ne sera valable qu'avec sn rati-
fication ; mol» je dois vous dire que depuis ce matin, Wind-
sor est occupé par mes troupes. 11 serait donc inutile d'y
chercher le Roi.

Et comme les délégués sa regardaient abasourdi* :

— Ce n'est pas tout, ajouta le général, sachez que presque
toys vo* cuirassés et croiseurs ont été coulés hier dans lé
détroit par nos sous-marins : j'en ai reçu la nouvelle, II y
a deux heure* à peine, et vous allez en recevoir la confirma-
tion bientôt ; l'acte de désespoir auquel «'est livré l'amiral
Rawson en venant de PorUmouth s* Jeter sur les renfort»
français qui m'étaient envoyés, n'a donc servi qu'à achever
l'anéantissement de votre pays comme puissance navale.
Qusnt à l'armée de votre Field-Morshal, prise entre ce» ren-
forts et moi, elle sera écrasé» avant troia Jour* : portez ce*
nouvelles au Parlement; il pourra désormais délibérer en
connaissance de cause.

Les délégués se disposèrent à partir, atterrés.

— Un dernier mot, ajouta le général ; des approvisionne-
ments considérables de vjvrci sont déjà embarqués et n'at-
tendent que mon ordre à Calais et à Boulogne pour franchir
le déroit : de» qu'un traité ou môme un simple armistice
aura été conclu, le* bâtiments qui les portent entreront
dans la Tamise et vous ravitailleront gratuitement. La
France s'est toujours montré* généreuse dans les guerres
qu'elle a soutenues ; elle ne renoncer* pa» à ses tradition),
même vis-à-vis d'un peuple qui l'a attaqué* au mépris le
plus absolu du droit I

'(A suivre).
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