Gazette des Ardennes: journal des pays occupés — Januar 1916 - Dezember 1916

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3* Année. — N- 289.

Tirage : 135,000 Exemplaires.

CliarleviUe. le 2 Novembre 1916.

Gazette

n bq

JOURNAL DES PAY8 0CCUPÉ3 PARAISSANT QUATRE FOIS PAR SEMAINE
• On s'abonne dans tous les bureaux de poste

LE DEUXIÈME ANNIVERSAIRE

DE LA

« GAZETTE DES UNES*

La « Gazette des Ardennes » entre aujourd'hui, i"
novembre 1916, dans sa troisième année. Long et labo-
rieux fut le chemin qu'elle a parcouru en ers deux sni
de guerre, et ceux de nos lecteurs qui l'ont connue dam
■a première enfance, avoueront qu'elle a démesurément
grandi I

Reppelon» qu'elle débuta par un tirage de 4-000
exemplaire!, pour atteindre 17.000-dès son troisième,
et aS.ooo dès son dixième numéro. Au bout d'un an,
elle tirait déjà à 70.000 exemplaires, chiffre qu'elle a
presque doublé au cours de sa deuxième année, attei-
gnant aujourd'hui un tirage régulier de i35.ooo.

Ces chiffres seuls démontrent clairement que la
« Gazelle » répond à un besoin et qu'elle a su gagner,
«n première ligne sans doute par .les précieuses listel
qu'elle publie (prisonniers, rapatriés, tombes de soi*
data, etc.), l'intérêt et la confiance de tes lecteurs.

Journal né de la guerre et publié par les soins dei
autorités militaires allemandes, elle n'a toutefois jamais
prétendu, comme l'affirmait dernièrement une agence
française, dans une note qui fit le tour de la presse,
« représenter l'opinion publique du territoire occupé. >r
Elle laisse ces petits moyens de supercherie aux fabri-
cants de son édition imitée, et aux éditeurs de la fa-
meuse «( FeXdpost », qui cache sa provenance sous les
couleurs allemandes et eoui l'aile de quelque vague
aigle impérial. La « Gazette » n'a jamais caché qu'elle
est rédigée entièrement par des Allemands et qu'elle
est une entreprise de caractère et d'organisation mili-
taire. Ceux qui s'appliquent à la dénigrer n'ont pas la
même franchise.

Nous avons, i plusieurs reprisai déjà, signalé les
campagnes menées contre la « Gazette des Ardennes »
par*la presse parisienne. Ces campagnes périodiques
ne nous émeuvent pas, quoique les moyens dont elles
usent soient presque toujours des plus discutables. En
aomme, la méthode est simple. L'introduction de la
■ Gazette » en France non occupée ayant été, au préa-
lable, strictement interdite, la propagande officielle
dit et redit t tout propos au public français que
ee journal, qu'on lui défend de lire, n'est qu'une
« feuille boche immonde ». Ceux-là même qui, dans
les rédactions parisiennes de troisième ordre, ont pour
mission de propager le mol d'ordre, ont-ils jamais lu
un seul numéro de cette « Gazette » qu'ils s'appliquent
à discréditer P "

Si elle était « méprisable » au point qu'ils disent,
le meilleur moyen d'en convaincre le peuple français
aérait de la lui donner à lire 1 Mais la presse parisienne
connaît son public. Elle sait qu'il est bon enfant, d'une
crédulité facile. Et elle en abuse, sans que l'adversaire
•oit en état.de répondre.

La «Gazette des Ardennesn, journal allemand, pour-
rait faire comme les journaux français, qui ne publient
pas les communiqués officiels de l'adversaire. Mais les
autorités mfljtaires allemandes ne craignent pas de don-,
ner à lire à 11 population occupée les versions officielles
française et anglaise de la situation militaire. En pu-
bliant intégralement, avec la plus icrupuleuse exacti-
tude, ces communiqués toujours très détaillés et parais-
sant deux fois par jour, la « Gazette des Ardennes a
n'offre-t-clle pas à ses lecteurs toute possibilité de for-
mer ou de corriger leur jugement sur la situation t

C'est là un fait que la presse parisienne se garde
bien de porter a la connaissance de ses lecteurs. Ou,
lorsqu'elle le fait, c'est encore en altérant la vérité.
Citons le « Journal » du 26 octobre, deuxième page,
première colonne, où nous lisons à propos de la
- Gazette » :

« Elle contient, outre les communiqués des ompirei

centraux, les communiqués alliés avec quinze jours de
retard (c'est le « Journal » qui souligne I), des citations
des journaux français de l'année dernière et la liste
des prisonniers français détenus en Allemagne, »

Nos lecteurs jugeront comme il convient cette ap-
préciation servie au public parisien. Ils savent que, si
les communiqués français paraissent, non pas avec
quinze jours — ce qui est un pur mensonge 1 — mais
bien avec quatre jours de retard, c'est uniquement
parce que nous tenons à les découper dans les journaux
parisiens, pour éviter toute inexactitude.

- Il y a, certes, l'appréciation des faits politiques et
militaires qui, dans la « Gazette des Ardennes » n'est
bal la même que dans I* « Echo de. Paris » pat1 exemple.
Mais jusqu'ici la « Gazette » allemande croit s'être
moins souvent trompée que ses grands confrères de
Paris. Peut-on lui reprocher sérieusement de ne pas
croire aveuglément toutes les fantaisies boulevardiè-
res sur la défaite prochaine de l'Allemagne ? Peut-on
attendre que ce journal, rédigé par des hommes con-
naissant vraiment le peuple allemand, sa confiance,
sa force matérielle et morale et son i léal de labeur,
affirmé par prèi d'un demi-siècle de paix et de pro-
grès, débitent sur ce peuple, qui est le leur, les
mêmes insanités que certains vaudevillistes qui inon-
dent de leur ignorance furibonde les colonnes de la
grande presse boulcvardièrc P

En somme, quelle est, réduite à sa plus simple ex-
pression, la thèse générale de la h Gazette des Arden-
nes a P C'est que la grande coalition, issue de la poli-
tique d'encerclement d'Edouard VII et de ses disciples,
ne viendra jamais à bout du peuple allemand et de ses
alliés. Telle est notre intime conviction, que les faits
ae chargèrent de'confirmer jusqu'à ce jour. C'est le
point de vue allemand, certes, mais est-il pour cela
forcément anti-français ?

Si l'on identifie la France avec sa politique de
l'heure présente, alors il pourra sembler tel I Mais est-
on bien sûr que cette politique, qui est l'aboutissement
fatal des alliances anti-allemandes, conclues par les
gouvernements précédents, soit la bonne? Nombreux
ont été, avant la guerre déjà, les Français qui en pré-
voyaient l'issue funeste. Et aujourd'hui encore, est-ce
l'intérêt bien compris de la France de poursuivre cette
guerre jusqu'à l'épuisement complet f

Que ceux dont l'incurable illusionnisme croit encore
à l'écrasement de TAlIemagne persistent jusqu'au sui-
cide dans leur folie meurtrière I Nous écartons de noui
cette terrible responsabilité. Ce faisant, nous avoni
conscience de sertir non pas l'intérêt de J'ÀHcm.igne
seule, mais celui de l'Europe entière^

Car nous sommes de ceux qui veulent croire en un
avenir dégagé des haines malsaines et des funestes
partis-pris. Les erreurs, les mensonges et les calomnies
répandues à foison contre le peuple allemand provo-

3uent notre riposte, qui ne tombe, cependant, jamais
ans le ton outra noier de I» presse parisienne.
C'eat là tout le sens de nos polémiques, qui s'effor-
cent de réagir contre les pires légendes de haine qui
empoisonnent le monde. Car nous croyons que la
haine n'est pas une base possible pour l'avenir des peu-
ples de l'Europe.

Aussi noua sommes-nous toujours efforcés, en dépit
des dures nécessités découlant de la guerre, de créer un
lien de meilleure compréhension entre la population
française « occupée-» et le peuple représenté par les
loldats de l'armée occupante. Beaucoup de bons Fran-
çais, collaborateurs de notre « Gazette régionale n, nous
ont secondés franchement, et nous les en remercions.

Nous comprenons qu'à l'heure actuelle, la France
officielle n'apprécie pas plus cet effort d'apaisement
qu'elle ne partage nos jugements sur la situation mili-
taire.

Mais le jour viendra, où le peuple français éprouvera
le besoin de se débarrasser dea préjugés haineux, dont
Il fut trop longtemps nourri «t qui l'entraînèrent ver»
cette guerre fatale. Ce jour-là, qu'il soit proche ou
lointain, nos lecteurs ae souviendront de la « Gozefla
des Ardennes », et ils se rendront compte que, tout en
étant un journal de guerre, elle n'a pai perdu de rua
la paix qui, malgré tout, renaîtra un Jour!

BULLETINS OFFICIELS ALLEMANDS

Grand Quartier général, le 31 octobre lî'IC.

Théâtre de la guerre à l'Ouest.
Groupe d'arntée du Kronprinz Hupprechl de Bavière.

Le temps peu favorable limita L'activité de combat sur la
Somme.

Des détachements ennemis, avançant contre noa positions
au Mord-Est et à l'Est de Lesbœufs, furent repoustas par notro
feu. L'attaque d'une compagnie française contre La Maison-
nette échoua ; des détachements ayant taillé de pénétrer à la
grenade dans nos nouvelles tranchées au Sud de Biarhcs,
échouèrent de même. '

Une attaque d'importantes forces françaises contre
Ablaincourt cl des deux côtés de la route de Chaulnes-Lihons
nc_put re développer sous no* feux défensifs.

Groupe d'armée du Kronprinz allemand.

Dans la région de la Meuse la journée fut également plus
celme que les précédentes; dans la région de Saint-Miluel
seulement la canonnade réciproque se fit plus vive.

Théâtre de la guerre à l'Est.
Front du feldmaréchal Prince Lèopold de Bavière.

A l'aube les Russes attaquant, après une courte pré-
paration par un feu d'artillerie renforcé, noire position à la
Schtscliara, près de Kraschil. Ils furent repoussé* avec pertes
sanglantes. ,

Au Nord-Ouest de Bcreslcczko, au Styr supérieur, dea
combats sur le terrain à l'avant de nos positions se terminè-
rent à noire avantage.

Sur la riye Est de la Narajovka des troupes turques en-
levèrent d'assaut plusieurs positions avancée» de l'ennemi au
iNord-Ouest de Molochov. Plus au Sud, des régiment* alle-
mands s'emparèrent d'importantes positions de hauteur a
l'Ôuest de Folw. Krasnolesie et repoussèrent des conlre-
attaques des Busses.

A officiers, 170 hommes afa. mitrailleuses sont capturés.

Au Sud-Ouest de Staniilav une poussée de détachements
russes resta sans succès.

Front du général de cavalerie Archiduc Charlét.

Calme sur le front en Transyhanic. Dans les montagne»*
frontières méridionale* les combats continuèi-jnt malgré un
fort brouillard et les lourmenles de neige imerm.ltentea.

Au Nord de Campolung et près do Boerzcny au Nord
sVOrsova, les Roumains tentèrent on vain de reprendre de»
hauteur» qui leur avaient été enlevées. .

Depuï» le 10 octobre, l'armée du générai d'infanterie von
Falkenhayn a capturé i5i officier», 9.920 homme» et enlevé
aux Roumain» un butin comprenant, outre beaucoup de
matériel, 37 canon», 47 mitrailleuses et 1 drapeau.

Théâtre de la guerre aux Balkan»^.
Groupe d'armée du feldmaréchal von Ma<,kcn*en.
Dans la Dobroudja la situation est sans changement.
Front de Macédoine.

Après un buccci initial de» détachements «erbes furent
" rejetés, dan» la partie Est de la boucle de la Cerna, par une
•outre-poussés de l'infanterie bulgare, dans leurs positions
de départ, en subissant de lourde» pertes.

Grand Quartier général, le 1" novembre 1910.

. Théâtre de la guerre à l'Ouest.

Groupe d'armée du Kronprinz Rupprecht de Bavière.

Le temps s'élant éclairai, une vive activité d'artillerie
a repri» dans ; limeurs secteur» da la région de la Somme.
t>«r.i li soirée les Anglais panèrent à l'attaque, partant de
la région de CourceletW et, aveo d'importante» force», de

la ligne de Gucudceourl-Lesboeuf». Au Nord de Coure»*
latte, l'attaqua ne progressa pa» »ou» noa feux défenaifs ;
à l'Ouest du Transloy elle «'effondra avec d'importantes
pertes, à quelque* endroit» aprèa corps à corps.

-Groupe d'armée du Kronprinz allemand.

Sur la rive Est de la Meute, la lutte d'artillerie ne fut vîv»
que par moments.

Théâtre de la guerre à l'Eut.
Groupe d'armée du ftldmuréchal Prince Léopold de Bavière.

Contre les position» enlevées par nous, le 3o octobre,
sur la rive. Est de la Narajovka le» Russes dirigèrent au
crépuscule, après une forte préparation d'artillerie, de vien
lente» eont/e-alla que» cinq foi» répétées, qui échouèrent
avec pertes sanglante».

Les troupe» turques maintinrent également le terrain
gagné contre de fortes attaque» et rejetèrent, à un endroit,
par une rapide contre-poussée, l'adversaire qui avait
pénétré.

A la Bistryc/a Solotvinska de» troupes auitru-hongroise!
repoussèrent par leur feu des détachements ennemi».

Front du général de cavalerie Archiduc Charte».

En Transylvanie la situation générale eat sani change-
ment.

A l'Ouest da la route de Prédéal, de» régiments austro-
hongrois remportèrent un important succè» : ils pénétrèrent
dan» la position ennemie et s'emparèrent de 10 canon» d'in-
fanterie et do 17 mitrailleuses.

Au Sud-Est du col de la Tour-Rouge noire attaque a
progressé.

Théâtre de la guerre aux Bulletins.
Groupe d'armée du feldmaréchal von Mackensen
Aucun événement d'importance essentielle.

, Front de Mmcédotne.
t>ans la boucle de la Cerna et entre les lac» de Bulkovo
et de Tahiuos l'activité d'artillerie a de nouveau augmenté.,

BULLETINS OFFICIELS FRANÇAIS

Pans, '2Q OLlobro 1Q1C, soir.
A» Nord de la Somme, une tentative d'attaque ennemie *ur la
(crans du boni Labé (Sud do uouchuvcsne») s cte aisonicoi
«poussée. La Juttc d artillerie continue- tics vive dau» la lûgioa
de Sailrj-Sailliaé) ainsi qu'au Sud de la Sommé'dan* la lajftsfl
Vermandovdlcri-Chaulne». Sur le Iront du Verdun, la jouniae a
ete marquée par de violentes réactions do l'ennemi A quatra
reprise» différente» lea Allemands ont attaque le» poiîti ai qua
non* leur avona enlevée* dan» U région de Douaumoiit. , BA
at à U h. 3U, deux attaque* dirigées sur le lojt el sur nul i tri .t
à l'Est ont été bridées par nos ttrè daiUllcrie fl d'il
maigre la bombardement intense dont eues ont ils ifrécédecv et
accompagnée». Ver» 15 h. 30 une troisième attaque 1res piaasântS)
a débouche des bois d'Hardaumont. Prise* sou» le feu île aee
batterie» *t de no* niilrailleuse^, les quatre vagues d assaut Jont
ails filait composée ont da rei'luor en désordre en suuuîam de*
perte* im port aille». Quelques éléments isolo»| qui a'tLaieiil appro-
cha» de noire première ligne, ont elé faits prisonnier*. U11ÛU une -
euau-ièroe tentative but nos tranchées au Sud du bois du Chaui-
• four a «ubi_ également un complet échec, Notro front a été nite>
graiement maintenu. Le nombre total des prisonniers décompta*
Ju»qu'à présent dépassa cinq mille. 11 convient d'y ajoute* | luaietâji
eanlaiaea de blesses recueillis dan* nus ambulances. Paitout
ailleurs journée calme.

Pans, 27 colobro 1016, 3 hourc».
Sur le Iront de la Somme, canonnode intermittente. Nos II-»
erai'Lulerio ont fait exploser un dépôt do munition» dai>* ta région
Cenermont-AbUmcourt. Au Nord de Verdun, nous avoiiâ effectue
staudant la nuit, des opération* da détail dan* 1» Métaux t rQaïaai
et au Sud du tort de Vaux. Nous avons fait uno centaine de
■Tisonniers et réalisé quelques progrès au cours de tel actions,
L'eimeuu a violemment QO" positions dans la u-giou

4e Douaumont al du tli^^JjSidi a signaler sur -la resta du
8r*nt.

FEUILLETON DE LA mGAZUTTE DES AlWErWES*

^SORTE-SAISON

(Croquis de Toussaint)

C -t l'automne. La feuille tombe. Le vent qui siffle
n 1 ble aux plaintes d'un mourant, Novembre arrive
en fri* oonanli comme -un gctit vieillard. Le soleil,
fuyant, dans les cicitx irrités a quitté, pâle, et vieilli,
I aulii du sagittaire.

Lee heures pleuiant les rapides étés qui peuplent
d" parfuma et de murmures la forêt solitaire, préci-
pit Trt leur -vol dans l'infini mystère, vers le gouffre
sjl m 1 où les ans s'enfuient. l.n terre muette et voilée,
dans ae» premiers frissons, sent venir l'hiver.

La feuille tombe. . . . Une pluie niguë fouette lea
viln-s, lounttt par intervalles, un ailenoa de mort. Lea»
1 ' ia' , j lient avec douleur ou courbent tristement la
tête ; les oiseaux des champs ae serrent frileux dans
ira buissoue. *

Connue un voile de tristesse, le crépuscule aom-
iu< noe à tomber sur la nature entière. C'ost bien la la
son d'autoince avec ses tonalités grises, pleines de l'im-
mense inéluticolle dee choses ; là-haut dam le eiel, de
jTxa nuagi-i roulent, mettant sur toutes choaea une
teinte uniforme et désolée.

Sur la-route solitaire qui serpente comme on loua;
ruban clair entre pacagea déserta et bol» aux ton» rouU-

lés, le voyageur triste et pensif, enveloppé dans aa
mante ae hAte....

Tout à coup, une cloche à la plainte affaiblie, telle
■ne voix de prière et de mélancolie, dan» le lointain,
rlbre très lentement. Une autre cloche lui répond, puis
trois, puis quatre____; fuyant le joug de leurs tourel-
les, lea carillons retentissent tristement. Sans cesse,
leur voix domine la rafale, leurs mélodieux accords,
euppliant pour les morts, montent vers lea cieux. Elles
ehantent l'hymne sacré de la Toussaint... Toussaint I
Mte des morts, féte des saints I

Hiver, déclin, mort des choses I En oc jour une pen-
sée commune rapproche tous les peuples pour un mo-
ment ; l'homme oublie ses haines. C'est la trêve univer-
selle du souvenir. ,..

Le culte des morts est aussi virux que la race humai-
ne ; ai haut que nous remontions dans l'histoire, noua
U trouvons déjà établi dans le cœur de l'homme.

Lea générations primitives envisageaient la mort,
Bton comme une dissolution de l'être, mais comme un
aimple changement d'existence. Elle» pensaient que
Time du mort restait dans le voisinage des vivants,
poursuivant à cité d'eux une txifteace mystérieuse ;
mais cette ime avait certaine» «xjgedcaa ; si près de»
rivant», «lie ne voulait pas éltc oublie1 d'eux ; elle exl-
sjeail des hommages, des soins spéciaux. De volontaires
qu'il» étaient tout d'abord, ces hommages, ces soins
ttevinront obligatoires et prirent la forme de rites. C'est
ainsi que se serait établi le culte de» morts.

Ches le» ancien», 11 y avait un jour consacré à ce

•ulte. Cher les Latins, les fêtes des morts ae nommaient
m fsralia » ; comme de nos jours, elles se passaient en

Eli in air et les tombes étaient le rendez-vous de toute
. population. Pendant toute la journée c'étaient lea
même* théories funèbres, le même défilé de pèlerins
•e rendant au champ du repos avec des couronnes et
•les prières.

Le» anciens croyaient qu'à certains jours de l'année,
lea âmes des défunts quittaient leurs sépultures et reve-
naient dans les maisons, où elles avaient habité de leur
vivant.

Cette croyance existe encore en Bretagne, ce pays
été la tradition. La croyance à une sorte de survie maté-
rielle et souterraine est manifeste chez les Bretons :
par exemple on voit encore sur les anciennes tombes
bretonnes, de» trous en forme de calice et dans ccr-
tains village» de Bretagne, une écuelle est placée près
•le chaque tombe, l'écuellfl même qui avnit servi au
défunt de son vivant. ,

Ne nous moquons point de ces lointaines survi-
vances : « C'ejt peut-être à la vue de la mort, dit Pus tel
de Coulanges, que l'homme a eu pour la première fois
l'idée du surnaturel et qu'il-voulu espérer au delà de
ee qu'il voyait. La mort fut le premier mystère ; elle
mit l'homme sur la vuio des autres mystères ; elle éleva
aa pensée du visible, du passager à l'éternel, de l'hu-
main au divin.... «

Les cloche» de la Toussaint mêlent leurs voix sour-
des aux sifflantes rafalea, tandis que la formidable che-
Viuchée des peuples continue à faire trembler le sol

«V la vieille Europe 1 Des torrents de sang et de larmes
eontinuent à couler et cliaque jour les cimetières s'a-
grundissent de nouvelles tombes I

En ce jour de Toussaint, pensons à ces hé: os obs-
curs, fauchés à la fleur de l'âge et qui ont eu la douce
Illusion de mourir pour la défense de la Patrie ; pen-
sons 1 oeux qui dorment pêle-mêle dans l'immense
ossuaire ; pensons à ceux dont les deux genoux s'usmt
1 prier darts les cimetières ; pensons à ceux qui tom-
beront encore dans le sillon sanglant broyés par la
mitraille, avant qu'un Deus ex machina vienne hâter

le dénouement de la trop longue tragédie 1.....

, Au delà du tombeau, combattants et victimes, sol-
dats, âmes austères et cœurs solides, ignorés sublimes
dont les jours sans soleil furent sans lendemains...»
vous nous restez fidèles.......

Pour vous en ce jour de Toussaint, les cloches son-
nent lente» et sourdes......

Et toi vieux clocher, tu chuchotes le nom de ces
•très sans nombre, jadis bercés par ta vieille chanson
at qui, hélas 1 ne reviendront plus.

Vieille tour, émergeant des pierres »épulcrales, qui
noua montre l'exur d'un geste solennel, que penser de
ces jour» pleins de fiel } Faut-il être stoïque P Où nous
f*ut-fi quand même croire en ton peste auguste et re-
garder U edcl t Aujourd'hui ton grave alruln doit pleu-
reur I Sonnes glas !

Pour tous ceux morts su champ d'honneur, sonnes
su>tes sourdes, roulez, roulez lentes et lourdes 111....

Un Français.
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