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2' Annôe. — N- 215.

JOURNAL DES PAYS OCCUPÉS PARAISSANT QUATRE POIS PAR SEMAINE
Oïl s'abonne dans Ions les lmreniix de poste ■

NOUVEL APPEL

DES PEUPLES ASSERVIS PAR Ll RUSSIE

La*« Gazcttt des Ardennes » t publié, eu tète de ton
n' aoo un premier « Cri d* détrttte des peuples asservis par
la Jiunw >. La presse suédoise Tient de ie faire l'interprète
d'un nouvel tppel à lt conscience du monde civiliié. Voici
ce document :

Noua habitants de lu Finlande, des province» bal-
tiquci et de la Lithuanie, noua, Juifs, Ukranien», Ru-
thènes, Mahométana, Géorgiens et relouais ioum.ii à
li domination russe, nous nous somme* edretseï au
premier homim du plus grand paya neutre, où la
liberté est considérée comme la base la plus noble de la
Constitution : au président des Etats-Unis. Noua lui
avons crié notre détresse et lea maux incommensurable!
que la Russie nous infligea, et nous avons imploré
■on aide.

Il ne noua a pas encore répondu. Nous ne le pres-
sons point, noua savons qu'il ne lui est pas facile de
trouver la juste voie. Mais nous ne doutons pas que cet
homme, désigné et appelé entre tous a être le défenseur
d» l'humanité st de la justice, ne nous refusera pas son
accours.

£t nos efforts tendront précisément à lui faciliter
son intention, qui ne saurait être mise en doute.

C'est, pourquoi nous nous adressons maintenant k
tous nos frères de sang, disséminés dans 1« vaste uni-
vers, et principalement à ceux qui ont quitté la patrie
russe asservie, ou dont les parents sont partis et
ont trouvé accueil et liberté dans un nouveau monde.

Tous ceux qui sentent comme nous, qui savent ce
qui s'est pasié jadis et ce qui se passe encore aujour-
d'hui en Russie ; tous ceux qui abhorrent la servitude
nationale et l'oppression religieuse, la calomnie dis-
simulée et-Ia corruption ouverte, le* massacres et les
violences faitea à l'innocence, le pillage et la destruc-
tion effrénée, l'abandon volontaire des pauvres et des
miséreux, — tous ceux que ces choses Indignent, nous
les supplions d'adhérer a. notre ligue et de participer i
notre œuvre. Notre but est simple : nous voulons,
ouvertement et sans crainte, que l'humanité apprenne
la vérité sur notre sort !

Nous reproduirons, à oet effet, des documents et
des correspondances témoignant de l'oppression ter-
rible à laquelle, peuples étrangers de la Russie, nous
sommes soumis. Nous invitons les nôtres à propager
partout ces nouvelles, par la parole et l'écriture, pour
démontrer ainsi pourquoi notre situation est insup-
portable. Nous avons aussi confiance en l'esprit de
justice, dont les nations alliées aujourd'hui k la Russie
ont souvent fait preuve. Elles ignorent que la Russie
abuse de cette alliance, pour commettre sous son igide
des crimes inqualifiables sur ses propres sujets', et pour
poursuivre l'extirpation et l'anéantissement des peuples
étrangers asservis par elle.

C'est pourquoi nous avons le devoir d'aider au
triomphe de la vérité.

Dès que celle-ci se sera imposée, des forces s'éveil-
leront dans le monde entier pour nous secourir. Pour
cela, aidez-nous I

Nous crions à tous .nos frères de race dans le monde,
k tous ceux qui ont dans les veines notre sang, k
tous ceux qui sont nos amis : Unissez-vous à nous 1
Protégez notre ligue. Formez une alliance qui embrasse
l'univers et aidez-nous dans notre œuvre de délivrance!
La Ligue des peuples étrangers de la Russie.

Grand Quartier général, iï juin 1S1C.
Thi&ire de la guerre i l'Outil.
Sur la rire droite de la Meuse nos troupe», ayarît i
téta le Ht* régiment d'infanterie bavaroise l Koenig i> et le
régiment bavaroii d« la garde, se lancèrent, après une pré-
paration d'arlilleria efficace, 0 l'attaque sur la hauteur de
[froide Terre-a et plus à.l'est, dépassèrent le fort cuiraisé
de Tlnaumont, qui fut prit, enlevèrent ensuite la plus grande
partie du village de Flcury et gagnèrent également du ter-
rain au sud du fort de Vaux.

Jiisqu'id IG73 prisonniers, dont 60 officiers, ont été
rassemblés aux points de concentration.

Sur le reste du front, par endroits, vive action d'ar-
tillerie, de patrouilles et de l'aviation. ,
Prèa do Haumonl un monoplan de combat français fut
abattu en lutte aérienne ; le lieutenant Wïntgens descendit,
.près de Blamont, son septième avion ennemi, un biplan
français. .

• - rhédlre de la guerre à l'Est. . E

Des poussées partielles russes furent rejetées au sud
d'IUuxt et au nord de Widsy.

Une escadrille d'avions allemands attaqua la gare de
Poloczany (au lud-ouest de Molodeczno), où l'on avait
observé des chargemcnls de troupes ; des bombes furent
également-jetées sur les installations de chemin de fer de
Luninicc,

Le groupe d'armée du général von Limingen
porta son attaque en avant jusqu'à la ligne générale de
Zubilno—Wejyn—Zwinîacae et au delà. De violentes contre-
attaques ennemies échouèrent. Le chiffre des prisonniers
russes augmente constamment.

L'armée du comte de Bolhmer
n'a livré que de petits combats entre détachements avan. es.
Théâtre de ta guerre aux Balkans.
Rien de nouveau.

BULLETINS OFFICIELS FRANÇAIS

Fans, 19 juin 1910, soir.

Entre l'Avre et l'Oise, doux deLachemcnls ennemi?, après un
vif bombardement, ont tenté d aborder nos lignes. Ils ont été
repousses a coups de grenades.

Sur la rive gauche de la Meuse, lutte d'artillerie intermittents.

Sur 1» rive droite, lo bombardement a été violent au nord de
l'ouvrage de ïluaumont et dans les secteurs de Y aux-Chapitre el

•■de éwyille. _:-*•«•--ai*.- " ■■

Jouruéo calme sot le reste du front.

; Pari», 20-juin MU, 3 heures".

Sur la rive droite do la Meuse, les Allemands ont attaqué par
trois, fois au cours de la nuit nos positions au nord-ouest de la
coto 3C1. Toutes les tentatives de l'ennemi ont été brisées par nos
feux de mitrailleuses et nos tirs de barrage. Le bombardement a
été intense dans la région du bois do Vaux-Chapitre, ainsi que
dans le secteur do Challancourt sur la rive gauche de la Meuse.

Dana Ion Vosges, un coup de main dirigé par l'ennemi sur une
■ape avancée de la région de Michelbach (sud de ThannJ a échoué.

La gutrre aérienne : Une escadrille ennemie a lancé de nom-
breux projectiles sur un village au sud de Verdun où se trouvait
un camp de prisonniers allemands. Plusieurs de ces derniers ont
été tués ou blessés.

•BULLETINS OFFICIELS ANGLAIS

{Front occidental.)

Londres, 19 juin 1916, 11 heures soir.
La nuit dernière et aujourd'hui, il n'y a a signaler aucune opé-
ration d'infanterie allemande sur notre Iront. L'artillerie allemande
s'est montrée assez calme, sauf au sud-est de Neuville-Samt-Vaust,
où eue a bombarde violemment nos tranchées. Arraa a été bom-
bardée hier soir, et pendant la journée, il y a eu quelques bom-
bardements dans les parages de Bccourt, Ihie.pvai et Hulluch.
A l'est de Souciiez, duel de- mortiers do" tranchées Aujourd'hui,
notre artillerie a dispersé les travailleurs ennemis a l'ouest d Uul-
luch «t, dans la même région, une mine- allemande ne nous a causé
aucun dommage, mais a détruit un petit poste allemand, Le fait
saillant de la journée d'hier u été une recrudescence marqflée de

coml;
bgnei

il* des aviateurs ennemie. Il y a eu vin^t-topl combata
i», au court deequcle un aéroplane allemand a été abattu
nos lignes, près de pouIlCDl el son équipage fait prisonnier
le voisinage de Lena, lieux de nos appareils de combat ont
lé deux Fokkers, obligeant l'un à atterrir avec des avaries
allant l'autre a 1.000 métrés d'altitude, le faisant s'écraaer
; sol. Un aéroplane ennemi a été abattu près de Wingles ;
autres ont été forcés d'atterrir avec des avaries. Nos avia-
ont.attaqué et dispersé de forles reconnaissances qui ont
aé nos lignea ; un rie nos pilotes dit avoir vu deux aéroplanes
Utila louchéi par nos canons antisvions A la suite du
«t aérien, deux de nos appareils ont été abattus dans les

Réponse à M. Galli

Un correspondant occasionnel, interprète dans un
camp de prisonniers français en Allemagne, nous
envoie cette lettre ouverte:

Dansée « Malin m du G mai M. Galli, député de Paris,
dani un article sur Ici traitements respectifs des prisonnière
de guerre français cl allemands, dit entre autre ; •

« À la mîmt époque nos troupiers, ceux de Maubeuge
et de Longwy traversaient l'Allemagne, après les capitula-
tions des deux places, sous les injures et sous les buées. »

Monsieur Galli, vous ôtei -— permettez-moi de vous le
dire — ou un naïf qui croit tous les coules à donnir debout,
ou bien un. ... niais restons polis ! -

Moi-même j'ai vu arriver un dimanche soir dans une
ville de Westphalie le premier envoi de plusieurs milliers de
prisonniers de Maubeuge, el une partie de la population était
allée devant les portes de la ville, où leur camp était établi,
pour les voir défiler, car c'étaient les premiers prisonniers
de cette guerre.

Eh bien, Monsieur Galli, si l'on vous a djt. que ces pau-
vres soldats sans défense ont été hués, alors on vous a
menti-l

J'ai assisté à ce-triste défilé et j'ai vu beaucoup de
femmes et pas mal d'hommes essuver une larme, à la vue de
tant de découragement qui passait sous nos yeux. Pas un
mot ni un seul cri d'injure ne se fit entendre, mais pas mal
de : rt Ah, ces pauvret garçons, ce qu'Ut doivent itre mal-
heureux-! »

Dans les rues de cette vijle, on voyait journellement
passer des troupes de io, ao, 5o ou plus de prisonniers de
Maubeuge, se rendant au travail qu'ils demandaient tant
pour échapper à l'ennui du camp, mail jamais je n'ai en-
tendu un mot désagréable pour ces territoriaux que l'on
regardait plutôt d'un oeil bienveillant, et auxquels on es-
sayait de passer des paquets de tabac, des cigares, de? ciga-
rettes ou du chocolat. Souvent des enfants essayaient
de baragouiner les quelques mots de français qu'ils avaient
appris a l'école el ces essais, qui certainement prouvaient
qu'ili n'étaient pas bail de la population, faisaient rire de
plaisir les territoriaux.

Un jour, en me promenant avec ma femme aux porte*
de le ville, j'ai causé avec un soldat français, qui travaillait
avec des camarades k la réparation de la route. 11 se plai-
gnait de sa malchance d'être des départements occupés et
"de ne pas recevoir de paquets de ehei lui, qui auraient un
peu changé son ordinaire. A ma quoi lion, ii ses camaradei
ne partageaient pas leurs paqueti avec lui, il me répondit :

« Non, Monsieur, jamais je n'ai rien reçu d'eux, malgré
mes prières réitérées, jnais heureusement me» gardes sont
de braves g*ns, ils me donnent souvent det cigares, des
d Buttcrbrot a t-sandwiches) et ils sont meilleurs camarades
pour moi que mes camarades de régiment. »

Et quant à la bile qu'ils le faisaient, je peux vous citer
certain banquier de Lille qui, en janvier iqi5, avait déjà
augmenté de 6 kilos- depuis septembre, et souvent nous
avons ri ensemBle des effets arrondissants de sa vie de re-
pos et de sagesse-, qui commençaient à lui peser.

Dans mon rôle d'interprète j'ai causé avec plus d'un mil-
lier de prisonniers de Maubeuge, et tous m'ont exprimé leur
élonncmenl de la réception bienveillante qu'ils trouvaient
partout de la part-du public.

I^a médecins, chargés de recevoir les convoii de blessée
étrangers, me priaient souvent de venir avec eux à la gare
pour leur servir d'inLerprètc et à toute heure de la nuit et
du jour je me tenais à leur disposition, car j'avais
pitié d* ces pauvres diables de blessés, auxquels un
mot aimable dnui leur langue maternelle, en pays ennemi,
mettait du- baume aur le cœur. Souvent ces pauvres garçons
m'ont demandé à leur arrivée : « Pardon, Monsieur, c'ett ici
la forteresse où l'on va nous fusiller ? »

Monsieur Galli, voui et certains journalistes-députés eL,
députés-journalistes, vous dcvriei sentir sur vos consciences
un gros poids pour avoir écrit des articles qui ont à ce point
obicurci l'esprit de la population de France. Pour quelle
raison voulez-voui rendre le coeur gros à toulea les mères
de familles, à toutes les fiancées et à tous les parents des sol-
dais français prisonniers en Allemagne ?

Pourquoi voulex-voui icmer une haine néfaste ?

Je vais vous le dire, Momieur Galli, écoutex-moi bien :

Le « Mai in n, journal anglais paraissent en îrançaii, a
besoin de ce genre d'articlei pour réchauffer cette haine,
peut-être déjà mourante de désespoir, afin que le peuple
de France oublie que c'est lui qui se laigne i blanc dans
cette lutte gigantesque et inutile, que. les Anglais prolongent
tout en se tenant a l'écart, autant que posilble.

Ils désirent empêcher que le peuple français l'en aper-
çoive et dans ce but le ■ Matin a vous commande dei arti-
cles haineux et mensongers qu'il paie bien, sans ic soucier
de tout le-chagrin qu'ili soulèvent dans tant de cçcura de
mères ou de fiancées.

En écrivant ces contre-vérités, vous faites tort à votre
pays, Monsieur Gâlli, auquel vous demande! de nouveaux
sacrifices, inutiles comme Ici précédeOTi.

Et lorsque viendra le jour dea comptes à régler, ce
jour-la, Monsieur Galli, voua voulez sam-doute pouvoir dire
i vos électeur! : « C'eit moi qui al aidé voi fils en captivité,
c'est moi qui leur ai procuré des douceurs pendant cette
triste époque de leur vie, Je suis donc seul digne de voe
voix, n

Ce jour-là les prisonnière vous diront leur opinion v*t
apprécieront mieux voe « mérites » que leun famille» n*
peuvent le faire à présent.

Et le peuple français saura v#ui remercier, roui et voe
collèguei journaliste!, minant vos mériiej, quand il leur*
la vérité toute entière I

Autour de la Guerre

le coMrre secret.

Le aa juin, au soir, le hui» clos de la Chambre des dé-
puté! a prii fin. L'Agence Hâves n'a pas encore communiqué
intégralement le texte de l'ordre du jour volé. 11 représente

cependant un vote de confiance tel qu'on pouvait l'attendre,
en raison de l'opinion presque générale de la presse iur
l'inopportuniii d'une crise.

L'ordre du jour fut adopté, dons son ensemble, par 444
voix contre 8o, la partie de l'ordre du jour accordant la con-
fiance au gouvernement, par Ho voix contre 07.

la danse des milliards. ,

De M. Jean Finol, dam la ■ lie eue » (ancienne t Revue des flf-
oues a) ces chiffres comparatifs :

Que celte guerre se prolonge pendant trois ans et nom
arriverons a un montant de pertes inconnu dans le pané. U
se soldera par cinq à six centi milliard*. Comment réaliier
alon ion recouvrement P

D'après lei calculs dei sociologues et dea statisticiens, lei
conflits arméi, depuii Napoléon I" jusqu'à nos jours, n'ont
pas entraîné, dam leur ensemble, I» moitié des dépenses
absorbées par la guerre actuelle.

Les guerres napoléoniennes, proprement dites, qu'on
considère comme le* plus sanglante» dans l'histoire du passé,
n'avaient cependant .consommé qu'environ 70 milliard! de
francs. Elles ont duré vingt ans.

FEUILLETON DE LA tGAZETTB DE6 AHDENNBS» 41

LA GUERRE FATALE

Par le Capitaine DANR1T

Tel était l'ordre très succinct qui parvint au 1" bataillon,
et une vive curiosité s'empara de tous : aucun chasseur ne
voulut être mis de côté comme fatigué el U fallut obliger
quelques blesséi du 11, renlréi dam le rang, à rester au
bivouac.

Le petit sergent Jcannière et le caporal Auvray, blessés
tous deux, accoururent tout exprèi de l'ambulance où U
fallut les renvoyer.

— Pei de iac, c'est évidemment l'osiaut du Palais de

Cristal, dit le commandant Couturier____, le coup de chien

final I____

Et le bruit en courut aussitôt dans tout le bataillon : lea
assauts de nuit devenaient décidément à la mode.

Alors, convaincu lui aussi que l'heure était venue où on
allait aborder lei collines et où il allait avoir besoin d'indi-
calioni pour trouver Maud Carthy, Raoul Petitet le décida
à aborder Paul Evain.

Le silencieux chasseur venait d'extraire de ion sac lei
quatre a pains recuits u qui remplaçaient les vingt-quatre
petits pains de guerre de jadis et les plaçait dans sa musette
avec des saillisses Boissunnet et des sacheta de sel, riz
et café : il y joignit lei qutnxe morceaux de aucre qui»
avaient été distribués en vue de l'effort à produire, le sucre
étant, comme chacun sait, un adjuvant musculaire de pre-
mier ordre

— Vous savez que nous allons monter là-haut, Evain, et
vous vous douiez peut-être que Je m'intéresse, non pour
moi, mais pour le commandant d'Argonne, à uno personne

dont vous connaissez la villa____car celle photographie eit

de vous.

Louis Dhùrr jeta ur^ coup d'ceil sur l'épreuve que Petitet
lui montrait.

— Je me propoiais de vous en parler, moi aussi, sergent,
je vous conduirai k Hope'i Villa ians me tromper, k condi--
Jion que le bataillon donne sur le reven qui regarde Penge,
c'est-à-dire sur le côté droit de l'éperon par rapport h nous,'
car la villa est au-dessus du débouché du tunnel de la ligne
de Brixlon.

— Mais alors, c'est dons la direction du tir de nos bat-
teries. .. .

— Je le crains.

— Quand nous serons là-haut.... si nous y arrivons l'un
et l'autre, je compte sur vous pour me guider.

— Absolument, je luis tout à lui.... donc tout à voui 1
Mais la surprise de tous fut complète lorsque l'uvont-

garde de la brigade, évitant la troveisée de Croydoii, se
dirigea vers l'Ouest...

Où pouvait-on bien aller par là P

Le plui grand silence avait él6 recommandé pendant la
marche ; lo nuit était claire, mais le brouillard était retombé
el il semblait qu'on marchât dans de lu fumée.

A 11 heure» du ioir, la brigade traversa la Tamise, sur le
pont du chemin de fer de Kingston, le pont d'Ilmnplon-
Xourl élant détruit ; toutes lei rues de Kingston étaient dé-
ferles, el telle» était l'ignorance du but, qu'on ne connut
-que le surlendemain le nom de la grande ville où l'on avait
passé le fleuve. *

Au delà c'était une campagne Lasse et plaie et l'on ces-
sait de marcher entre des maisons, comme on l'avait fait
sans discontinuer jusqu'à la Tamise.

A 1 heure du matin, on traversa à Feltham une stution
de la voie ferrée venant de la gare de Victoria, une des plus
importantes de la rive gauche de Londres.

Un détachement du 4' bataillon, qui formait 1 avant-garoc
avec le lieutenant Brenct, occupait la gare et Icr chasseurs
étaient occupée à faire descendre d'un train, qui avait élé
arrêté là par les huisards, une quarantaine d'hommes; en
redingote, la plupart déjà vieux et à l'air fort respectable
d'ailleurs. Le train qui les transportait venait de Londres ;
»am doute c'étaient de riches habitants du Wcil-End qui
fuyaient-l'émeute ; l'interruption de leur voyage semblait
vivement les conlrarier,

Comme il est d'usage en pareil cas, ils devaient être
gardés-à vue jusqu'à la lin de l'opération, et on les enferma
dans une salle d'atlente.

A 3 heures du malin, on se retrouva devant la Tamise
qu'on avait laissée sur la gauche depuis Kingston et le
généial de Nancourt donna une heure de repos à la co-
lonne en faisant doubler par huit, pour diminuer sa lon-
gueur : pendant cette halte, il réunit les commandants de
bataillons, le capitaine commandant l'artillerie lourde tt
leur apprit où ils étaient.

44 kilomètres avaient été franchis et on était à deux
milles à peine de Windsor.

.Windsor ! la résidence royale 7>ar excellence, le palais le
plus fastueux et !c plus respecté de toute l'Angleterre!

— C'est la réponse au désastre d'avant-hier, expliqua le
général. Le Roi est là : je n'espère pai le prendre dans son
lit, car noui serons éveulés en approchant dei remparts tt
il aura le tempi de fuir, mais le fait leul de mettre la main
lur Windsor où jamais n'a paru un soldat étranger, le fuit
de chasser de chez lui ce souverain, comme il r chassé le
vieux Kruger de son pays natal, fera regretter à Lord Robert!
d'avoir ainsi découvert la capitale et son Roi en même temps.
11 n'y u au pu lui s en ce moment qu'un régiment de gardes à
pied qui compte cl deux régiments de gardes à cheval (Horie-
Guards) qui ne comptent pas.

— Par ou entrerons-nous P demanda le commandant
Bonnefoy, du 16" bataillon ; toutes les portes doivent élre
fermées et gardées, les muraille! très hautes, l'escaUd»
Impossible P

— Par lu brèche que nous ouvriront nos qualre 126 :
dans_ces murailles de pienc ce sera l'affaire d'une heure, le
point en n été fixC sur le plan accompagnant l'ordre du
généralissime.

Puis le pi'in'r.il donna les ordres d'exécution
Quatre botaillons allaient repasser sur la rive droite de la
Tuiiuie, l'.u le p- nt d'Albeit, que Ij cavalerie venait de re-
connaître et qui était intact; les quatre pièces de iao lui-
vrnient, car le château s'élevait sur une colline haute d'une
trentaine de mètres de l'autre côté du fleuve, et on ne pou-
vait arriver de plain-pEcd-tur l'enceinle que par le parc.

La cavalerie pendant ce temps allait par la rive gauche
opérer l'enveloppement du village d'Eton el du collège bâti
dam la prairie, pendant que Ici deux bataillon! restants,
longeant la Tamise et gagnant le pqpt du chemin de fer,
compléteraient l'investisaement du village même de Wind-
sor, dont toutei les issues seraient gardées.

A 4 heures, on repartit : le-fleure fut franchi lans en-
combre et la colonne d'attaque atteignit aani être éventée
le Mausolée de Fragmore, dansée Petit Parc ; mais en débou-
chant devant la face Ouest de l'enceinte, elle fui reçue à
coups de fusil : on sut plus tard que les n teuf-teuf i dei trac-
teun automobile! des rao avaient atLiré l'attention des lenti-
nellca postées sur la tour de Clarence.

Sans donner le temps aux défenseurs de le reconnaître,
le 4' bataillon ie jeta aussitôt au pied des murailles pour en
faire le tour et trouver une iasue, mail les qualre portes
d'Henri VIII, de Saint-Georges, de Georgei IV et de la reine
Elisabeth étaient fermées ; on mit aussitôt les pièces de lao
en batterie ; le jour était venu, mail le brouillard ne Se
' dissipait point et U fallut poster les pièce» à quelques cen-
taines de mètres seulement dei murailles ; encore tirèrent-
elles su jugé. Mail le point choisi pour faire brèche entre
la tour d'Henri III et la tour du Diuble avait été bien choisi,
'car la muraille de ce côté n'était point étayèe par le palais
lui-même et elle s'abattit tout d'une pièce au bout de trente
coups à peine. <

Absolument abasourdis par cette attaque inatlendue, les
Horse-Guards qui avaient cru bien faire en 1 embarrassant de
leurs chevaux et qui »'entassaient dans la cour, se rendirent
dèi que lei chasseuri hiiséi iur le rempart commencèrent k
tirer sur eux.

Seuls les grenadiers retiréi dans l'aile Est, du côté dea
appartements royaux, tinrent toute la matinée et_ ce fut cer-
tainement leur résistance qui donna su Bol le temps de fuir :
il fallut prendre pièce à pièce le» grandi appartement», les

sppartements de 1a Reine et le donjon, cette merveilleuse
tour elliptique- qui domine la cour du palais de 45 mètres et
du sommet ds laquelle, par le» tempe clairs, on voit douze
coin lés à la fols et le dôme de Ssint-Paul de Londres.

IA suivre).
 
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