Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 29.1903

Page: 421
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1903_1/0461
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
CORRESPONDANCE DE BELGIQUE

l manquait à l’exposition de Bruges un épilogue et des
critiques. Après avoir, quatre mois durant, concentré sur
elle l’attention des amateurs de l’Europe entière, mis en
puissant relief la signification de ces maîtres dénommés
les « Primitifs » et nettement accusé le rôle des peintres
dits brugeois, elle a fermé ses portes, laissant à tous le
souvenir d’une manifestation d’art comme, de longtemps
sans doute, il ne sera donné d’en revoir. Mais ses enseignements demeurent. Bien
mieux qu'une admiration passagère, elle a marqué le point de départ d’un renou-
veau d’études et de comparaisons allant bien au delà d’une simple revue de cir-
constance. On se souviendra à Bruges du Ilot des visiteurs, faisant, par son
mélange cosmopolite, revivre les jours où la vénérable cité se glorifiait du titre
de Venise du Nord. Il est douteux, en effet, qu’au temps de sa plus haute pros-
périté commerciale l’ancienne résidence des ducs de Bourgogne ait connu l’ani-
mation de l’été de 1902. C’est un événement peut-être unique dans l’histoire et,
en somme, très impressionnant, que cette résurrection temporaire d’une ville
morte, par la seule puissance de l’art.

Qu’à Bruges même beaucoup de personnes s’en soient félicitées, c’est chose non
douteuse. Certains faits, en revanche, amènent à croire que, pour nombre
d’autres citoyens, l’exposition fut une manifestation plutôt importune, et que
plus d’un se sera rallié à cet avis d’un journal rédigé en flamand : que l’exposi-
tion était conçue et organisée par des étrangers pour des étrangers. Comme en
Italie le forestière, l’« étranger » est trop souvent encore, en Belgique, l’homme
d’une autre ville que celle qu’on habile. Pourtant, il faut le rappeler, l’exposition
fut redevable d’une grande partie de son succès à la participation d’étrangers, ce
qui est à la fois très honorable pour ceux-ci et très flatteur pour notre amour-
propre national. Et c’est même chose notoire que quantité d’amateurs belges aient
mis un moindre empressement à répondre à l’appel des organisateurs que les
collectionneurs du dehors.

Mais Bruges même possède encore un précieux ensemble de productions des
maîtres que son nom évoque devant l’histoire, et s’il fallut, pour les obtenir, payer
des redevances à certains établissements et aux hospices, on put voir, eu somme,
sur les parois de l’Hôtel provincial, les plus précieuses d’entre les merveilles
détenues par ses musées et ses églises.
loading ...