Goupil-Fesquet, Frédéric ; Vernet, Horace [Oth.]
Voyage D'Horace Vernet En Orient: Orné de seize dessins — Paris: Challamel, Éditeur, 1843

Page: 210
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les lames à Damas; c'est à Constantinople qu’on trouve les plus belles
poignées et les pins riches fourreaux, pour toutes espèces d’armes blan-
ches. Les Persans excédent aussi dans cette branche d’industrie et sur-
tout dans les incrustations de cuivre, d’argent, d’or ou de nacre et
d’ivoire sur les bois de fusils et de pistolets sortis de leurs fabriques. Ils
en couvrent aussi des coffrets en bois odorants. Nos armuriers français,
auxquels il est bon de restituer la part de justice qu’on craint souvent
de leur accorder, font aussi de très-brillantes montures où l imitation
des beaux modèles de l’Orient est parvenue au plus haut degré de per-
fection ; nous pouvons en juger par un sabre que nous avons sous les
yeux; il a été monté par Lepage, à Paris; le fourreau et la poignée,
admirablement ciselés, sont très-remarquables Les armes sont un sujet
de conversation aussi fréquent parmi les Orientaux que les bijoux et les
modes pour les dames levantines. Les Turcs ont un talent particulier
pour amener leurs discours sur ce point qui stimule puissamment leur
vanité. Souvent vous les voyez sortir du fourreau leurs sabres au milieu
d’un repas et se le passer mutuellement à travers la table. Ils déploient
une grâce extrême dans la manière de présenter cette arme a l’examen
d’un amateur; ils font pivoter la poignée dans la main de manière à ra-
mener la lame sous le bras en n’offrant que la poignée au curieux, ils
courbent alors la tête et saluent de la main, exprimant par là l’entier
sacrifice de leur personne (leur tête vous appartient).
Le 8, en arrivant chez notre hôte, M. Vernet trouve une délicieuse
petite lame de sabre et une giberne en velours cramoisi, brodée d’or et
de perles par les mains de la femme du général1. Ces marques de souve-
nir sont d’autant plus agréables à notre illustre compagnon de voyage,
quelles sont destinées à son délicieux petit-fils. Nous sommes présentés
à M. Catafago, père du jeune cavalier que nous avions rencontré la
veille. Autrefois vice-consul de France à Saint-Jean-d’Acre, rendu cé-
lèbre et puissant par son commerce et ses richesses; il est encore au-
jourd’hui consul d’Autriche; c’est un petit vieillard à la physionomie
vive et spirituelle tenant le milieu entre l’Européen et l’Arabe. Son cos-
tume qui se ressent aussi de ce double caractère, se compose d’une
pelisse grise bordée de fourrure blanche et d’un chapeau à trois cornes,
(souvenir de l’expédition française en Égypte) surmonté d’un magni-
fique cachemire de l’Inde, enroulé sous le menton et retombant sur le
dos. La maison que ce personnage occupe est charmante, et l’aimable

1 Dame grecque rachetée d’esclavage après l'expédition de Morée.
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