Grand-Carteret, John
Les moeurs et la caricature en France — Paris, 1888

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LES MOEURS ET LA CARICATURE EN FRANCE

chauffage de la salle des séances jouant aux rois de France des tours de
fumiste. Jusqu'à sa mort, Cham continuera à semer cette menue monnaie
de l'histoire; l'exercice militaire dans les lycées lui permettra d'habiller les
maîtres en Prussiens pour que les élèves aient toujours la revanche sous
les yeux , les livres et les écrits des officiers supérieurs lui donneront l'occa-
sion de constituer un « corps de généraux à plumes » : ici viendront les cartes
postales ad usum conciergoriim ; là le timbre sur les reçus que les belles-
petites trouvent par trop indiscret. Et cela pendant que Joseph Prudhomme,
dont nous ne pourrons décidément pas nous défaire, continue à étonner le
monde par la profondeur de ses pensées : « La Bastille, mon enfant, » dira-t-il
à son fils, « on y allait pour des crimes d'État ; aujourd'hui on y va pour
six sous. »

Ainsi donc, comme sous le second Empire, l'histoire des premières
années de la République pourra être reconstituée avec ces séries de petites
vignettes dans lesquelles se retrouvent, éternelles marionnettes delà comédie
humaine, tous nos personnages d'autrefois, le collégien toujours farceur, le
chasseur toujours bredouille, le «collignon,» toujours horrible, qui répond,
maintenant, au «Mais marchez donc, » du bourgeois, par ce prétexte ayant
plus que jamais cours : « Pavage en bois, monsieur, défense de brûler le
pavé. »

On ne saurait à nouveau entrer dans ces détails qui avaient leur intérêt,
précédemment, alors qu'il s'agissait de caractériser un genre particulier à
notre époque, ou de montrer de quelle façon l'image au jour le jour avait
interprété certaines grandes questions européennes.

Actuellement, il suffira d'esquisser les principaux points, les différentes
formes de la caricature politique et les personnages qui ont été le plus
vigoureusement empoignés par l'estampe.

C'est de 1871 à 1879, surtout, que cette caricature a eu sa plus brillante
période. Après les terribles événements de la guerre et de la Commune, la
France devait se trouver dans des conditions à peu près identiques à celles
de 1848 : la République était bien proclamée, mais il fallait l'organiser et,
au milieu de toutes les attaques des partis monarchiques, au milieu de leurs
tentatives de fusion, ce n'était point chose facile. Comment s'entendre parmi
cette véritable cacophonie de concertants? Comment tomber d'accord sur la
forme du gouvernement quand on discutait jusqu'à son principe? — Cette
division, cette incertitude qui dura pendant trois ans pour aboutir à une
nouvelle tentative de résistance de la part des opposants, amena dans l'es-
tampe des modèles sans nombre de têtes et de coiffures, la reproduction
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