Institut Français d'Archéologie Orientale <al-Qāhira> [Editor]; Mission Archéologique Française <al-Qāhira> [Editor]
Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes: pour servir de bullletin à la Mission Française du Caire — 9.1887

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La stèle de Chalouf.

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LA STÈLE DE CHALOUF.

PAR

J. Menant.

Les anciens rois de Perse, suivant un usage traditionnel, avaient coutume d'ériger des
stèles et de graver des inscriptions dans les lieux où ils voulaient perpétuer le souvenir d'un
grand événement.1 C'est ainsi que Darius avait élevé plusieurs stèles sur les bords d'un canal
qu'il avait ordonné de creuser pour réunir les eaux du Nil à la Mer Rouge. La stèle, dite
de Chalouf, malheureusement très mutilée, est la seule qui puisse permettre de rechercher
aujourd'hui la pensée que le conquérant perse avait confiée au granit des Pharaons.

I

Jetons d'abord un coup d'œil sur les lieux où sont situés les monuments dont nous
aurons à nous occuper. Nous avons indiqué la position des stèles sur un croquis que nous
avons tracé conformément à la carte de la Compagnie du Canal de Suez. Nous nous y repor-
terons toutes les fois qu'il sera nécessaire.

Remarquons, pour le moment, le parcours d'un canal portant le nom de Canal de Néco,
et qui, partant de la branche Pélusiaque du Nil, se dirige à l'Ouest pour arriver, par un
cours sinueux, aux environs d'Ismaïlia. A partir de ce point, le canal tourne brusquement
vers le Sud, et après avoir longé les Lacs-Amers, il aboutit à la Mer Rouge dans les envi-
rons de Suez. Pendant ce dernier parcours, il prend alors le nom de Canal de Darius, ou
Canal des Pharaons.

Avant d'aborder l'étude des monuments dont nous allons nous occuper, il est utile de
se rendre compte de la géographie de l'isthme. Le littoral des deux mers a changé depuis
Néco et Darius. Le rivage de la Mer Rouge n'est plus aujourd'hui ce qu'il était dans l'anti-
quité. L'isthme a dû être couvert d'eau à une époque géologique appréciable par les dépôts
de coquilles si abondants dans certaines parties. Peu à peu, la mer s'est retirée par suite
d'un soulèvement dont on a constaté la trace et les progrès.

Dans les temps historiques, la Mer Rouge s'avançait encore jusqu'au seuil du Sérapéum
et formait un golfe allongé, le Golfe Héroopolite. Plus tard, l'accès s'est trouvé obstrué, et
le golfe est devenu un lac qui n'avait plus de communication avec la mer que par un canal
étroit. Lorsque le lac n'a plus été régulièrement alimenté par les eaux du golfe, son niveau
a baissé par suite d'une evaporation constante. D'un autre côté, les détritus de la croûte
ravinée des hauteurs environnantes en ont diminué la profondeur; parfois il advenait que le
vent, la tempête coïncidant avec une marée d'équinoxe, le flot de la Mer Rouge franchissait
la barre et remplissait momentanément le Golfe Héroopolite; puis le calme revenant bientôt,
la Mer Rouge rentrait dans ses limites; Févaporation recommençait et les dépôts salins alter-
naient avec les détritus des collines. On peut suivre ces alternances qui ont laissé sur le sol
des témoignages certains.2

Le littoral de la Mer Méditerranée présente un phénomène inverse; la mer a gagné

1) Rappelons ici les deux stèles 'que Darius fit élever sur les rives du Bosphore. Hérodote iv,
§ lxxxvii.

2) Conf. Ouvres Ritt, Histoire de VIsthme de Suez, p. 5 et 347.

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