Revue égyptologique — 10.1902

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Le mot Hî^l^l 93

la place d'une dizaine de rames, soit 6 mètres, le navire aurait plus de 30 mètres de long.
Jamais un bateau aussi long n'a été représenté sur les monuments égyptiens, même aux
époques de civilisation intense, et les navires de Kâ-mâ-ka, destinés à naviguer sur la mer
Bouge, n'avaient que 20 ou 22 mètres de long.1

Il me semble donc de toute évidence que ces figures ne représentent pas des navires.
M. Toer y a vu des forteresses entourées d'un rempart, et il a considéré la rangée de traits
comme figurant une sorte de glacis. Ce dernier détail me paraît improbable, les Egyptiens
n'ayant jamais employé de hachures dans leurs représentations.

Je crois que ces prétendus navires représentent, avec moins d'adresse dans le dessin
et plus de gaucherie dans la perspective, la même chose que le signe k^j. La courbe re-
présenterait une partie du pourtour du Mm, tout ce qu'un spectateur placé en face peut
saisir d'un seul coup d'œil; les traits figureraient une palissade, interrompue devant une
porte s'ouvrant entre deux édifices fortifiés; la présence des palmiers sur le talus s'expli-
querait tout naturellement, ainsi que l'étendard surmonté de l'emblème ou du totem de la
tribu habitant le Mm.

Les textes mythologiques font souvent allusion aux fl "^^^J^ ou kôm d'Horus et de
Set, à leurs luttes les uns contre les autres, à leur répartition entre vainqueurs et vaincus.
Je crois qu'il y a là le souvenir, transformé en légende mythique, de certains faits histo-
riques dont les boucliers commémoratifs et les massues gravées de la première et de la
seconde dynastie nous ont retracé des tableaux plus précis. Ces guerres de Mm à Mm, de
tribu à tribu, d'étendard contre étendard, de totem contre totem me semblent constituer
l'histoire de la lente et pénible unification de l'Egypte. L'étendard de tribu, qui se nomme
(jH^J^- et qui devint plus tard l'enseigne de nome, ne tire-t-il pas son origine du nom
du Mm, kj^j^k^j» sur lequel il flottait et qu'il symbolisait? N'en est-il pas de même

du terme (j"^^ j > cim' désigne l'insigne des corporations d'artisans? Quand nous voyons,
sur les boucliers et sur les massues, l'étendard de la tribu de l'Épervier ^\ précédant les
étendards de ses alliés, les Mm de et de rO, et les conduisant à la bataille; quand
nous voyons les vaincus pendus aux étendards des Mm de et de Ci=0 vaincus
eux aussi; quand nous voyons l'Épervier belliqueux planer sur les scènes de carnage et
amener des prisonniers au roi qui combat sous sa protection; quand nous voyons Pharaon
s'identifier avec le totem de la tribu conductrice et victorieuse et porter en tête de son
nom le titre de ^^; quand nous le voyons enfin, après avoir été un instant vaincu par
j*, P , devenir vainqueur à son tour de tous ses adversaires, de tous les clans hostiles
conduits par Set '^j, ajouter à son titre de <^ celui de et prendre le nom fière-
ment significatif de Q||3^3^'=^|ir, «Celui qui s'est levé comme le soleil, avec les
deux sceptres, et qui a réuni en sa^^'përsonne les deux étendards-fofem de et de '^j»,
ne devons-nous pas considérer ces scènes, non comme de pâles et froides allégories reli-
gieuses, ainsi qu'on le fait généralement, mais bien comme des peintures vivantes et passionnées
des guerres terribles qui ont ensanglanté l'avènement de la puissance pharaonique et dont
cinquante siècles de paix intérieure n'ont pas effacé la mémoire?

1 Ibid., p. 87.
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