Revue égyptologique — 10.1902

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Les enseignes militaires des tribus, etc.

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plications du fait.1 Or, parmi ces différentes explications, il en est une, à laquelle on semble
n'avoir jamais prêté grande attention, et qui pourtant se trouve être, entre toutes, celle dont
l'examen des documents égyptiens nous permet le mieux d'étudier l'origine et de vérifier
l'exactitude.

«La plupart des Égyptiens» — écrit Uiodore de Sicile {Bill, hist., I, 86) — «donnent

à la déification des animaux les trois causes suivantes....... Comme seconde cause, ils

disent que les Égyptiens, à des époques reculées, ayant été vaincus par leurs voisins dans
de nombreuses rencontres à cause du désordre qui régnait dans leur armée, eurent l'idée de
faire porter un étendard (ouv6ïii*a) devant les différents corps de troupes. Les chefs portèrent
donc, fixées à l'extrémité de javelots (uauv(a), des images figurant les animaux que l'on vénère
aujourd'hui, afin que chacun pût reconnaître la compagnie à laquelle il appartenait. Grâce
à ce moyen, les Égyptiens purent éviter tout désordre et remportèrent souvent la victoire;
d'où ils conclurent que c'était à ces images d'animaux qu'ils devaient leur salut. Pour leur
en témoigner leur reconnaissance, ils instituèrent au nombre de leurs coutumes l'interdiction
de tuer aucun des animaux ainsi représentés et même, remplis de vénération pour eux, ils
leur décernèrent l'honneur d'un culte religieux.»2

Plutarque (Sur Isis et Osiris, 72) exprime une opinion analogue : «Parmi ceux qui
veulent attribuer à la déification des animaux une cause d'ordre politique, les uns disent
qu'Osiris divisa son immense armée en plusieurs sections (les Grecs diraient en as"/_sj: et
en TâSïi;). A chaque section il donna un signe distinctif (èziV^ji.ov) en forme d'animal. Plus
tard, chaque animal distinctif devint, pour la descendance de chaque section, l'objet d'un
culte et d'honneurs divins.»3

Les faits viennent en grande partie confirmer le dire des deux auteurs grecs. L'un des
exemples les plus caractéristiques est celui du dieu Thot, que les Grecs ont identifié avec
leur 'Ef|j.v;ç.

Le dieu Thot a comme animal sacré l'ibis '^s*; c'est même cet ibis qui, dans l'écriture
hiéroglyphique, sert à écrire le nom du dieu. Mais jamais, dans ce cas, l'ibis n'est employé
seul. Toujours il est figuré perché sur le signe V~^F. Ce signe représente la partie supérieure
de l'espèce d'étendard que l'on voit, sur les plus anciens monuments de l'Egypte, paraître
dans toutes les scènes belliqueuses.4 Cet étendard est, à ces époques lointaines, le signe de
ralliement de la tribu.

1 Sur les opinions émises par les auteurs grecs et latins au sujet des animaux sacrés de l'Egypte,
cf. A. Wiedemann, JSerodots ziceites Buch, mit sachlichen Erliiuterungen, Leipzig, 1890, pp. 272—280.

2 Asutipav Sè XÉyo'jaiv aÎTiav, oii to rzaXaiàv o\ xttr' A'iyjJtTov Sià rrjv àra!;!av tt)v h ~C> aTpaTojtsSo) TioXXaîç
u.a)(aiç ujio tûW reXrjaio^côptov 7]TT7j0svTEç ècevtfjirav a-jvOrj[j.a çopEtv OTÎ Twv TayjxaruiV ■ çaaîv oîv xaTaa/tEuâaavTa; Ei/iova;
tùv Çûuv a vuv tiu.Scu /.ai Tri^avra; bà aauvîwv tpopeïv touç rjyEu.o'vaç, y.aï oià toutou tou Tpo'rou yvwptÇEtv Sxaarov r,;
e"î] ouvTaÇEto; • u.£yâXa Sè <juu.JîaXXou.Év7]; aÙTOÎ; TÏj; Six toûtwv EÔtaÇCas :rpô; Trjv vîxrjv, oo'5«i t»j{ acoTrjpia; a'raa yEyovivat
™ Çwa • )(âp'v °3v «Otoî; toÙ; àvOpûjïO'j; àjroSouvai [3ouXou.svo'jç e!{ è'Oo; xaTaraijai tSSv EÎzaaOÉvTtov to'te u.r)3èv x.teivelv,
àXXà 0-Epou.Évouç aKovÉïiEiv t/jv 3tpoEîpjj(iév>]V bau&Eiav xal tiu^v (Ed. c. Mûller, Parisiis, 1878, t. i, p. 69).

3 Twv Si poiAojjLÉviov noXiTi/.Tjv Tiva XÉyEiv aÎTÎav, o! [j.Èv "Oaipiv iv t?j |J.EyàXrj arpaTiî çaaiv e!ç uipr) jtoXXà SiavEi- •
u.avTa Trjv Siivau.iv (Xo'^ou; xal tsKei; 'EXXrjvixCk xaXouoiv), irisrjua Souvai Çaiou-opcpa jcaatv, wv ÉV.asTov TÛ yévEi twv ouv-
veu./)Oévtojv tspôv yEvÉaôai zaî t!u.iov (Ed. G. Paiîthey, Berlin, 1850, pp. 126—127).

4 Principalement sur les massues et sur les boucliers votifs découverts à Abydos et à Hiéracônpolis
au cours de ces dernières années.
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